Prévenir plutôt que guérir : Jalila Ben Khelil plaide pour l’équité en santé.
Lors de l’Africa Press Day, qui s’est tenu à Nairobi les 4 et 5 mars 2026, des experts de la santé ont souligné la nécessité de repenser les systèmes de soins pour garantir un accès plus équitable aux traitements. La professeure Jalila Ben Khelil a affirmé que la prévention doit être placée au cœur des politiques de santé, en insistant sur l’importance du dépistage précoce et de l’éducation sanitaire pour réduire les inégalités en santé.
Réunis à Nairobi les 4 et 5 mars 2026 lors de l’Africa Press Day, des experts internationaux de la santé ont appelé à repenser les systèmes de soins afin d’assurer un accès plus équitable aux traitements. La session, intitulée “La santé dans l’équité : qui a accès et qui ne l’a pas ?”, modérée par Matthieu Galais, directeur général de Roche Tunisie et Libye, a mis en lumière les défis structurels qui limitent l’accès aux soins, notamment pour les populations les plus vulnérables.
Parmi les intervenants figuraient la professeure Jalila Ben Khelil, présidente du comité de protection des personnes en Tunisie, le spécialiste en télémédecine Saad Chaacho, ainsi que l’entrepreneure Joanna Bichsel, fondatrice de Kasha Global au Kenya.
Les discussions ont souligné que pour réduire les inégalités en santé, il est nécessaire de miser à la fois sur l’innovation technologique et sur des investissements structurels dans la prévention et les soins primaires.
La prévention, un investissement rentable
Dans son intervention, Jalila Ben Khelil a souligné l’importance d’adopter une approche globale pour faire face à la charge croissante des maladies chroniques, tout en évitant l’opposition entre prévention et soins hospitaliers.
Elle a précisé que les systèmes de santé doivent renforcer la prise en charge des patients tout en investissant en amont pour réduire l’apparition des maladies. “Il ne faut pas opposer la réanimation à la prévention : les deux sont indispensables”, a-t-elle affirmé.
La spécialiste a également insisté sur le concept de retour sur investissement, affirmant que les dépenses en prévention réduisent significativement les coûts à long terme. Elle a rappelé que les données internationales indiquent que prévenir une maladie coûte moins cher que de la traiter à un stade avancé.
Pour atteindre cet objectif, Jalila Ben Khelil a identifié quatre leviers prioritaires, en commençant par le renforcement des soins de santé primaires. Cela inclut le dépistage systématique des maladies, un accès continu aux médicaments essentiels et une meilleure coordination entre les différents niveaux de soins.
Elle a également souligné l’importance d’établir des protocoles standardisés afin d’assurer une prise en charge équitable des patients, peu importe leur lieu de résidence.
L’accès financier, un enjeu central
Au-delà des infrastructures, Jalila Ben Khelil a souligné la nécessité d’améliorer la couverture sociale afin de limiter les dépenses directes des patients.
Selon elle, un patient ayant une couverture médicale adéquate est plus enclin à se faire soigner à temps, évitant ainsi des complications coûteuses et souvent graves.
Elle a également plaidé pour le développement de programmes de prévention à grande échelle, notamment dans la lutte contre le tabagisme, la promotion de l’activité physique et l’éducation sanitaire.
“Les patients doivent comprendre leur maladie pour mieux la gérer”, a-t-elle insisté, en mettant en avant le rôle essentiel de la sensibilisation contre les maladies non transmissibles.
L’experte tunisienne a aussi évoqué l’importance de la coordination entre les différents niveaux du système de santé, citant des programmes de santé publique qui assurent la continuité des soins entre les structures de première ligne et les services spécialisés.
Cette approche intégrée permet non seulement d’améliorer la qualité des soins, mais aussi d’optimiser l’utilisation des ressources disponibles.
Enfin, Jalila Ben Khelil a réitéré que la prévention doit être au cœur des politiques de santé. Selon elle, le renforcement du dépistage précoce, l’éducation sanitaire et l’amélioration de la continuité des soins sont essentiels pour réduire les inégalités en santé.
La télémédecine pour réduire les déserts médicaux
De son côté, Saad Chaacho a mis en avant le potentiel de la télémédecine pour améliorer l’accès aux soins dans les zones reculées. Il a présenté un programme déployé au Maroc, utilisant des unités médicales connectées qui permettent aux patients d’accéder à des consultations spécialisées à distance.
Selon lui, la télémédecine représente un outil efficace pour compenser le manque de médecins dans certaines régions et réduire les inégalités territoriales.
Ce programme a permis de prendre en charge plus d’un million de patients en combinant consultations de médecine générale, télé-expertise et dépistage de maladies chroniques.
Des solutions innovantes pour améliorer l’accès aux traitements
Joanna Bichsel a de son côté souligné l’importance des partenariats entre acteurs publics et privés pour améliorer l’accès aux médicaments, en particulier pour les traitements coûteux.
Elle a cité plusieurs exemples de patients ayant bénéficié de traitements grâce à des solutions de financement innovantes et un accompagnement personnalisé.
Selon elle, l’intégration des services (du diagnostic au traitement) constitue un levier crucial pour réduire les inégalités d’accès aux soins.
À l’issue de la session, tous les intervenants ont partagé le même constat : pour améliorer l’équité en santé, des investissements stratégiques sont nécessaires, notamment dans la prévention, les soins primaires et l’innovation.
Les discussions ont ainsi montré que la santé ne doit pas être considérée uniquement comme une dépense, mais comme un investissement pouvant générer des bénéfices sociaux et économiques durables.

