France

Obésité : Anaïs de « La vie en gros » parle de ses débordements alimentaires.

Anaïs Le Ménahez a effectué un tour de France de 3.000 kilomètres de mars à août, sensibilisant plus de 2.000 personnes à la grossophobie. À 29 ans, elle a perdu 45 kg avant de tout reprendre l’année d’après, moment qui l’a conduite à consulter dans un centre spécialisé de l’obésité.


À 33 ans, Anaïs Le Ménahéze s’impose comme une figure emblématique de la lutte contre la grossophobie, notamment grâce à son association « La vie en gros » et ses voyages à vélo. Entre mars et août, elle a parcouru 3.000 kilomètres à travers la France avec sa poule Plume, sensibilisant plus de 2.000 personnes lors de son parcours.

Le 4 mars, à l’occasion de la journée mondiale de lutte contre l’obésité, elle a accepté de répondre aux questions de 20 Minutes à propos de son parcours.

À quel moment avez-vous commencé à rencontrer des problèmes avec votre poids ?

Dès l’enfance, on m’a rapidement fait savoir que j’étais en surpoids. Cette situation s’est aggravée à la fin de mon adolescence et m’a accompagnée tout au long de ma vie. J’ai souvent été touchée par l’effet yo-yo [régimes et reprises de poids], ce qui m’a entraînée vers un trouble du comportement alimentaire connu sous le nom d’hyperphagie boulimique. Ce n’est pas identique à la boulimie, car il n’y a pas d’effets compensatoires [vomissements, laxatifs, etc.], entraînant logiquement une prise de poids plus importante. Ces épisodes étaient marqués par une perte de contrôle face à la nourriture.

À 29 ans, j’ai perdu 45 kg, mais j’ai tout repris l’année suivante. À ce moment-là, je me suis dit qu’il devait y avoir un autre problème, étant donné que j’avais pratiqué du sport toute ma vie et que je faisais attention à mon alimentation.

C’est à ce moment-là que vous avez consulté ?

Oui, je me suis dirigée vers un centre spécialisé dans l’obésité, envisageant même une opération bariatrique. J’y ai rencontré une équipe pluridisciplinaire – kinésithérapeute, endocrinologue, nutritionniste, psychologue, etc. – qui s’est avérée très compétente. Ils m’ont expliqué que l’obésité est une maladie chronique [comme le définit l’Organisation mondiale de la santé], ce qui implique que je risque de vivre avec toute ma vie.

Ces professionnels de santé, intéressés par mon histoire, ont également diagnostiqué mon hyperphagie boulimique. Ils m’ont fait part de ce diagnostic avec les bons mots, au bon moment, ce qui m’a beaucoup déculpabilisée. Grâce à cela, j’ai réalisé que l’opération n’était pas nécessaire. Rapidement, j’ai compris que je ne devais pas être la seule à ignorer que l’obésité est une maladie chronique.

Quel est votre état d’esprit après cette prise en charge ?

Je suis passée en mode combat contre l’obésité. Aujourd’hui, trois ans plus tard, je préfère parler de « vivre avec », que ce soit avec ou sans perte de poids. Pour moi, décentraliser cette quête de perte de poids permet éventuellement d’en perdre davantage que si je me concentrais uniquement sur cela.

J’ai décidé de me mobiliser en organisant des apéros à vélo à travers la France pour sensibiliser aux préjugés à l’égard des personnes en surpoids. Mon frère m’a alors lancé le défi de le rejoindre à Lourdes et j’ai trouvé cela très amusant de relier Nantes à Lourdes. Pour relever ce défi, je suis partie en septembre 2023, parcourant 80 kilomètres par jour, en collaboration avec l’Apop (l’Association pour la Prise en charge et la Prévention de l’Obésité en Pédiatrie), ce qui a donné lieu à un film.

Avez-vous trouvé un équilibre aujourd’hui ?

Je suis encore dans une certaine ambivalence : parfois ça va, et parfois c’est plus difficile. Je ne suis pas totalement en acceptation, car cela reste une maladie que je n’ai pas choisie. Cela ne m’empêche pas de pratiquer du sport et de mener à bien mes projets, mais j’éprouve tout de même des douleurs physiques. De plus, la société me rappelle constamment cette étiquette [d’obèse], par exemple, je peine à trouver des vêtements dans lesquels je suis à l’aise.

Avec l’association « La vie en gros », je m’adresse aux professionnels qui ont encore des préjugés et qui connaissent mal cette maladie. C’est mon combat pour la faire reconnaître comme telle.