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L’Iran sera-t-il absent de la Coupe du monde ?

Shawn Rezaei, un footballeur amateur de 58 ans, a exprimé des doutes sur le sort de la « Team Melli » en raison de la situation actuelle en Iran, déclarant que « tout est en suspens ». Mehdi Taj, le patron de la fédération de football iranienne, a évoqué un possible boycott du tournoi en Amérique du Nord en raison des tensions, affirmant que « ce qui est sûr à l’heure actuelle c’est qu’avec cette attaque et cette cruauté, on ne peut pas envisager avec espoir la Coupe du monde ».


Sur un terrain de football à Los Angeles, Shawn Rezaei s’exprime en farsi pour inciter ses coéquipiers à mieux presser leurs adversaires. Cet Irano-Américain espère répéter ces encouragements dans trois mois lors de la Coupe du monde pour soutenir l’équipe nationale iranienne. Cependant, avec les frappes récentes des États-Unis et d’Israël sur l’Iran et le décès du guide suprême Ali Khamenei, ce passionné réalise que l’avenir de la « Team Melli » est incertain. « Il y a beaucoup d’agitation en Iran en ce moment (…), donc tout est en suspens », déclare ce footballeur amateur de 58 ans.

Tout comme la majorité des autres immigrants du Arya FC, son club local, il se réjouit de l’accueil de deux matchs de la « Team Melli » en juin dans sa ville. En effet, Los Angeles, parfois appelée « Tehrangeles », compte près de 200 000 Irano-Américains, en faisant le cœur de la diaspora persane. « Il y a eu une grande effervescence au sein de la communauté persane lors du tirage au sort », raconte à l’AFP cet employé de restaurant, qui aimerait emmener toute sa famille au stade.

Cependant, la guerre au Moyen-Orient menace ce projet. Dès le lendemain des premières frappes américano-israéliennes, le président de la fédération de football iranienne, Mehdi Taj, a envisagé un boycott du tournoi qui se déroulera en Amérique du Nord. « Ces événements ne resteront pas sans réponse (…). Mais ce qui est sûr à l’heure actuelle, c’est qu’avec cette attaque et cette cruauté, on ne peut pas aborder la Coupe du monde avec espoir », a-t-il déclaré samedi à la presse iranienne. Ces menaces sont minimisées par M. Rezaei, qui est convaincu que la République islamique vit ses derniers jours.

La mort de l’ayatollah Khamenei représente « l’événement le plus grave survenu ces 47 dernières années, et ce régime a subi énormément de dommages. Il n’y survivra pas », affirme le quinquagénaire, qui a quitté l’Iran en 1984. Si le pouvoir s’effondre, il espère voir émerger « une nouvelle équipe, qui représentera vraiment le peuple iranien » et derrière laquelle il sera facile de se rassembler.

La dernière Coupe du monde, qui s’est tenue au Qatar en 2022, a révélé une fracture entre la sélection nationale et ses supporters. L’Iran était alors secoué par des manifestations populaires déclenchées par la mort de la jeune Mahsa Amini, arrêtée pour un voile jugé inapproprié. Bien que la « Team Melli » ait refusé de chanter l’hymne national lors de son premier match, un geste perçu comme un soutien aux manifestants, les joueurs l’ont ensuite chanté de manière hésitante lors des autres rencontres.

Certains fans ont considéré cela comme une capitulation politique et ont célébré les défaites de l’équipe, soupçonnée de collusion avec le régime en place. « Il n’y a pas 100 % de soutien derrière l’équipe et mentalement, je pense que cela a un impact sur les joueurs », déplore Mehran Janani, un autre membre du Arya FC.

Cet ingénieur hésite à se rendre dans les tribunes pour cette Coupe du monde. Il craint que les tensions politiques, exacerbées par la répression sanglante d’un nouveau soulèvement populaire en janvier, dont le bilan est de plusieurs milliers de morts, n’éclipsent la fête sportive. « Même si le régime tombe, je ne suis pas sûr qu’il y aura assez de temps pour que la nouvelle équipe soit prête à offrir un bon football », redoute cet Irano-Américain de 58 ans. « Cette Coupe du monde risque d’être gâchée pour l’Iran. » Ses coéquipiers espèrent que la « Team Melli » jouera sous la bannière d’un « Iran libéré », mais ils sont prêts à l’encourager quoi qu’il arrive.

« C’est le peuple qui soutient cette équipe, pas le régime », insiste Sasha Khoshabeh. Ce kinésithérapeute de 44 ans rêve de voir l’Iran franchir la phase de groupes. Cet exploit a toujours échappé à la sélection nationale, mais il semble accessible cette année, dans un groupe où l’équipe affrontera l’Égypte à Seattle, ainsi que la Nouvelle-Zélande et la Belgique à Los Angeles.

Après 34 ans d’exil, M. Khoshabeh compte réserver un accueil chaleureux à son équipe de cœur pour lui donner l’impression de jouer à domicile. « C’est un rêve qui devient réalité. Je peux déjà vous dire que le stade (…) sera composé à 80 % d’Iraniens », anticipe-t-il. « Donc j’ai hâte. »