High-tech

« Un PC à 399 euros perdra 200 euros, alerte d’un géant chinois »

Les prix des produits électroniques grand public vont augmenter en raison de la crise de la RAM, et aucun retour à la normale n’est prévu avant 2028. L’industriel interviewé a indiqué qu’un PC, initialement vendu 399 euros, sera affiché à 599 euros dans quelques mois.

La crise de la mémoire vive est à son comble. Entre l’accaparement des ressources par les géants de l’IA et des coûts de production record, les prix pour le grand public s’envoleront. Un retour à la normale n’est pas anticipé avant 2028, contraignant les fabricants à abaisser leurs spécifications techniques.
La crise de la RAM perdure // Source : Frandroid

Lors du MWC 2026, j’ai eu l’occasion de m’entretenir longuement avec un responsable d’un grand industriel chinois au sujet de la crise actuelle de la RAM, provoquée par les investissements massifs des entreprises d’intelligence artificielle.

Selon son analyse, l’augmentation des prix amorcée en octobre 2025 n’est que le début d’un bouleversement qui impactera l’ensemble du marché des smartphones, des tablettes et des PC. Tout est concerné, et il faudra attendre 2028, au mieux, pour un quelconque retour à la « normale ».

NDLR : trop près des dossiers sensibles actuels, notre source a souhaité garder l’anonymat afin de ne pas s’exposer à des problèmes.

L’intelligence artificielle : le nouveau « vampire » du silicium

La source du problème réside dans un changement stratégique radical des géants de la technologie. Des entreprises comme OpenAI, Google ou Microsoft ne se contentent plus d’acheter des puces finies. Elles sécurisent désormais la matière première dès la source : les galettes de silicium. « OpenAI, par exemple, n’achète pas des modules finis, ils achètent sur galette de silicium qu’ils stockent chez les fondeurs et se servent dedans quand ils en ont besoin en s’occupant eux-mêmes de l’encapsulage. »

En s’accaparant ainsi les capacités de production dès l’amont, ces entreprises assèchent littéralement le stock disponible pour l’électronique grand public et, surtout, en profitent pour spéculer. C’est du scalping à grande échelle.

Pour aller plus loin
La crise de la RAM va provoquer des faillites en cascade, et ce n’est pas n’importe qui qui l’explique.

Les fondeurs chinois : un second souffle en trompe-l’œil ?

Face à des fondeurs historiques comme Samsung qui peinent à maintenir le rythme, tous les regards se tournent vers la Chine. Deux entreprises, dont CXMT, se distinguent comme le seul « second souffle » possible pour une industrie devenue fragile.

Ce sont elles qui pourraient relancer la production en instituant de nouvelles usines. Cependant, ce type de projet coûte environ 5 milliards de dollars et nécessite un délai de deux ans, comme nous l’explique notre contact chinois. Aucune nouvelle infrastructure majeure n’est attendue avant 2027. En résumé, le problème reste insoluble pour le moment.

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CXMT, géant chinois de la RAM // Source : CXMT

La situation est telle que les barrières géopolitiques s’effritent. Comme nous le rappelle notre source, des géants américains comme HP n’ont eu d’autre option que de signer des contrats de ravitaillement à long terme avec l’entreprise chinoise CXMT, et ce, malgré les restrictions imposées par le gouvernement américain.

Cependant, cet optimisme doit être nuancé. L’industriel que nous avons consulté émet de sérieuses réserves quant à la capacité des fondeurs chinois à apparaître comme des sauveurs mondiaux.

Premièrement, rien n’assure que ces fondeurs pourront maintenir ces niveaux de production de manière rentable à long terme.

De plus, il y a la question de la préférence nationale. En cas de tensions extrêmes, ces entreprises donneront la priorité à la demande intérieure chinoise et aux besoins de leur propre secteur de l’IA avant d’envisager l’exportation vers l’Europe ou les États-Unis.

Des prix qui ne reviendront jamais au niveau de 2025

Il ne faut pas espérer retrouver les prix agressifs d’autrefois. Notre contact souligne que l’industrie estime que la période post-Covid affichait une rentabilité trop faible. Pour les fabricants, le tarif pratiqué durant la crise sanitaire est désormais considéré comme le nouveau « juste prix », celui qui garantit leur équilibre financier. Les 32 Go de RAM à moins de 100 euros appartiennent au passé et il faudra s’en souvenir avec nostalgie, car cela ne devrait pas se reproduire de sitôt.

Un impact brutal pour le consommateur dès la rentrée

Pour le consommateur final, l’impact général de la crise de la RAM sera visible dans les mois à venir. L’industriel interviewé illustre cette augmentation avec des chiffres : « un PC que je vendais 399 euros, va prendre 200 euros demain. Quand je parle de demain, cela concerne la rentrée des classes. Nous allons procéder par étapes, mais au final, il sera vendu avec les mêmes spécifications à 599 euros dans quelques mois. ».

Pour aller plus loin
La fin des PC entrée de gamme ? La crise de la RAM pourrait atomiser le secteur d’ici à 2028.

Vers un retour en arrière technologique ?

Pour limiter l’explosion des coûts, les fabricants envisagent une solution radicale : le downgrade. Alors que le marché s’orientait vers une généralisation de 16 Go de RAM pour un fonctionnement optimal de Windows 11, un retour en arrière se profile.

« Nous réfléchissons peut-être à proposer des PC avec 8 Go / 256 Go ou 8 Go / 512 Go. Le retour aux ports microSD est également une option à l’étude. », confie l’industriel. Après des années d’efforts pour inciter les clients à opter pour des machines plus performantes adaptées aux besoins de Windows 11, cette régression technique sera difficile à justifier pour le grand public.

Nous avons également évoqué la solution Linux. Ce système libre tend à se démocratiser. Avec lui, on n’est plus soumis aux exigences de Windows. De plus, aucune licence à payer. Cela pourrait être une stratégie intéressante pour contenir les prix, à condition que les consommateurs soient prêts à adopter ce système, longtemps perçu comme une niche réservée aux geeks.