France

Marseille : Opposition des salariés au déménagement d’Orange, stigmatisation des quartiers populaires

Olivier Neri, secrétaire général de la CGT Télécoms 13, dénonce la fermeture du site de Saint-Mauront, qui a été officialisé par un communiqué de la direction en janvier. Selon un sondage réalisé par la CGT, 60 % des salariés travaillant sur le site voudraient revenir.

« Les idées d’extrême droite ne sont jamais du côté des travailleurs. » Sur les grilles du siège d’Orange, situé à Saint-Mauront à Marseille, Olivier Neri, secrétaire général de la CGT Télécoms 13, accroche une banderole. Les sympathisants arrivent progressivement, certains portant des chasubles rouges et des drapeaux aux couleurs du syndicat. Ils croisent des collègues, visages fermés, qui viennent chercher leurs affaires.

Le syndicat CGT Télécoms 13 dénonce la fermeture du site de Saint-Mauront.
Le syndicat CGT Télécoms 13 dénonce la fermeture du site de Saint-Mauront. – M. Durand/20Minutes

En janvier, la direction a officialisé le déménagement de la quasi-totalité des employés travaillant sur ce site par le biais d’un communiqué. Le motif avancé : l’insécurité dans ce quartier du 3e arrondissement de Marseille, considéré comme le plus pauvre d’Europe. Sur un millier d’employés, seule une poignée de techniciens et de prestataires continuent de venir sur ce site devenu « fantôme ».

Isolement des employés

Isabelle, venue chercher du matériel de bureau, ressent cela comme une injustice. Après dix ans à Saint-Mauront, elle se retrouve « baladée » entre différents sites de coworking et « locaux de repli qui ne sont pas adaptés ». Avec un cabas présentant le logo de l’entreprise, elle décrit une situation « invivable » qui s’éternise. « Orange ne va pas trouver rapidement un site pour tous les employés », murmure-t-elle. D’autant que les locaux, récemment rénovés pour 34 millions d’euros, offraient des commodités telles que parking et restauration collective, souligne la CGT.

Une de ses collègues, également nommée Isabelle, partage son sentiment. Elle a travaillé ici en 1997, puis depuis 2018. « Maintenant je suis en télétravail à 100 %, cinq jours sur cinq. Je ne le vis pas bien », confie-t-elle en distribuant des tracts du syndicat. « On n’a plus de communication avec nos collègues, on est isolés ».

« Les employés n’ont jamais été visés »

Avant le déménagement définitif, deux périodes de fermeture provisoires avaient déjà eu lieu. La première en novembre, quelques jours après la mort de Mehdi Kessaci, en raison d’une « montée des tensions dans le quartier » causée notamment par des « bagarres entre dealers » au métro, confiant les employés, ainsi qu’« une fusillade » présumée le 23 octobre. La seconde fermeture a eu lieu après que des impacts de balles aient été découverts sur la façade du site et dans une salle de réunion en début janvier. Dans le premier cas, la préfecture de police a confirmé à 20 Minutes qu’un vol de trottinette aurait dégénéré. Dans le second, trois jeunes Marseillais de 19, 20 et 21 ans, inconnus de la justice, ont été interpellés fin janvier pour ces dégradations. Leur audience est prévue le 24 mars prochain, selon Ici Provence.

Le site de Saint-Mauront, situé au pied du métro National, est ouvert depuis 1974. Il se trouve à quelques mètres de la cité Félix-Pyat, un des points névralgiques du narcotrafic à Marseille. Sur les grilles des locaux d’Orange, des flèches blanches indiquent la direction d’un « charbon » à proximité, ouvert 24 heures sur 24, comme il en existait 89 à Marseille en 2025 selon les chiffres de la préfecture.

« Ce ne sont que des incidents extérieurs auxquels Orange n’est pas mêlé. L’entreprise et les employés n’ont jamais été visés. Nous avons toujours eu de bonnes relations avec les habitants du quartier », témoigne Isabelle, tracts en mains. « On n’a jamais eu de problème, confirme Renée, retraitée ayant travaillé à Saint-Mauront durant vingt ans, entre 2005 et 2025. Les gens arrivaient en métro, en bus, en voiture… Il y avait tout ce qu’il faut pour travailler. »

« Ghettoïsation du quartier »

La CGT, minoritaire chez Orange, dénonce une fermeture brutale qui donne « une image déplorable » du géant des télécoms. « Nous n’accepterons pas la stigmatisation des quartiers populaires », assure Olivier Neri devant les nombreux participants rassemblés. Il critique un discours « digne de l’extrême droite » et une instrumentalisation du « sentiment d’insécurité ». « C’est très politique : si à chaque incident il y a fermeture d’une entreprise, il ne reste plus de tissu social nulle part », déplore-t-il, rappelant que l’entreprise a fermé « dix sites en dix ans ». Selon un sondage mené par la CGT, 60 % des employés travaillant sur le site souhaiteraient revenir. De nouvelles actions sont prévues.

« La fermeture d’un site comme Orange, qui génère activité et vie sociale dans un quartier comme Saint-Mauront, renforce l’idée même de ghettoïsation », soutient le sénateur communiste des Bouches-du-Rhône, Jérémy Bacchi, présent en soutien au rassemblement. « Cela envoie aussi le signal que l’autorité publique ne peut rien faire face à la logique du narcotrafic », ajoute-t-il, pointant la situation des habitants qui ne peuvent pas déménager eux.