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Guerre en Iran : Les raisons pour lesquelles Téhéran n’attaque pas la Turquie et ses bases américaines

Depuis le début des ripostes iraniennes suite aux frappes américano-israéliennes, la Turquie est épargnée par les missiles, ce qui est considéré comme « trop risqué » par des analystes. Lundi, Ankara a démenti des rumeurs sur une « base militaire américaine en Turquie a été touchée », en affirmant qu’il n’existe aucune base « appartenant à des étrangers » et qu’il n’y a eu « aucune attaque contre notre pays ».


Depuis le début des réactions iraniennes suite aux frappes américano-israéliennes, un pays n’a pas été ciblé par les missiles : la Turquie. Selon des analystes contactés par l’AFP, cela est jugé « trop risqué » en raison de l’importance diplomatique de la nation dirigée par Erdogan.

L’Iran avait averti qu’en cas d’attaque de la part de Washington, il frapperait ses intérêts régionaux, ce qui aurait théoriquement pu inclure la Turquie, membre de l’OTAN accueillant des troupes américaines sur certaines de ses bases.

Depuis le début du conflit samedi, l’Iran a tiré des missiles et des drones dans un large périmètre, visant Israël, l’Irak, la Jordanie et les six États du Golfe, tentant ainsi d’atteindre des intérêts américains. Cependant, la Turquie et certains sites sensibles situés sur son territoire, comme la base aérienne d’Incirlik, près d’Adana (sud), utilisée par les forces américaines dans le cadre de l’OTAN, sont restés à l’écart. La base de Kurecik, qui abrite un radar du système d’alerte précoce capable de détecter le lancement de missiles iraniens, suscite également des tensions, bien qu’Ankara ait toujours nié que ce système soit utilisé en faveur d’Israël.

« Dans le passé, des responsables iraniens ont désigné Kürecik comme une source de mécontentement, mais à ce stade, attaquer un pays de l’OTAN comme la Turquie serait un pari encore plus risqué pour eux », a déclaré Gönul Tol de l’Institut du Moyen-Orient à Washington.

Ces bases sont néanmoins d’une grande sensibilité pour Ankara, comme l’a démontré l’arrestation de trois journalistes turcs samedi, accusés d’infraction à la « sécurité nationale » après avoir diffusé des images de la base d’Incirlik peu après le début des frappes sur l’Iran.

Lundi, Ankara a fermement démenti des rumeurs sur les réseaux sociaux affirmant qu’une « base militaire américaine en Turquie a été frappée » : il n’existe aucune base « appartenant à des étrangers » et il n’y a eu « aucune attaque contre notre pays », ont insisté les autorités.

Contrairement aux frappes visant des pays du Golfe, une attaque contre la Turquie ne serait pas un « simple message » aux dirigeants, mais « un pari stratégique au prix fort pour l’Iran », a averti Arif Keskin, spécialiste de l’Iran à l’université d’Ankara.

« Une action militaire dirigée contre la Turquie risquerait de déclencher une réponse similaire de la part d’Ankara et pourrait faire basculer le conflit au-delà des limites gérables ». Attaquer un membre de l’OTAN pourrait en outre déclencher les mécanismes de défense mutuelle de l’Alliance, « augmentant considérablement le coût stratégique » de l’opération, a insisté M. Keskin.

Pour Serhan Afacan, directeur du Centre d’études iraniennes (IRAM) à Ankara, l’Iran semble penser qu’aucun des États du Golfe ne réagira, ce qui ne serait pas le cas avec la Turquie. « L’Iran n’a pas intérêt ni l’intention de cibler quoi que ce soit en Turquie. Les risques seraient extrêmement élevés pour lui sur le plan politique et militaire, et cela refermerait l’une des dernières voies de négociation potentielles », a affirmé le chercheur.

Au contraire, « l’Iran continue de ménager le potentiel rôle de médiateur que la Turquie peut jouer pour la désescalade. La cibler saperait cette possibilité alors que le dialogue reste crucial », a-t-il détaillé pour l’AFP. La Turquie a déployé des efforts diplomatiques discrets mais intenses pour éviter le conflit, mais depuis samedi, elle souhaite maintenir une position neutre.

« Le choix de l’Iran de ne pas attaquer la Turquie ne relève pas de la bonne volonté mais d’un calcul stratégique extrêmement complexe », a conclu M. Afacan.