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Elections municipales 2026 : Sportifs sur les listes, plus-value ou coup de pub ?

En 2020, Sidney Govou était présent sur la liste de Marie-Hélène Mathieu à l’occasion des élections municipales à Saint-Didier-au-Mont-d’Or (Rhône). L’ancien demi de mêlée du CABBG Guy Accoceberry est devenu colistier d’Alain Juppé à Bordeaux en 2008.


Dommage que la sélection du poste de sélectionneur de l’équipe de France ne se fasse pas par vote. Avouez qu’il aurait été impressionnant de voir Zinédine Zidane faire campagne et parcourir les marchés dès l’aube. Son ancien coéquipier lors de la Coupe du monde 2006, Sidney Govou, aurait pu lui donner quelques conseils. L’ex-joueur de l’Olympique Lyonnais a une bonne expérience dans l’art de démarcher les citoyens pour leur présenter un programme électoral.

En 2020, le septuple champion de France était candidat sur la liste de Marie-Hélène Mathieu (divers droite) lors des élections municipales à Saint-Didier-au-Mont-d’Or (Rhône). « Je n’avais pas pour objectif de recruter une figure locale très célèbre, un sportif de haut niveau, relate la maire, qui brigue un nouveau mandat en 2026. Lors d’un tirage au sort où Sidney était présent, le président du club de football m’a dit : « Tu devrais le prendre sur ta liste », et j’ai répondu « Je ne sais pas si ça l’intéresse ». Sidney, en plaisantant, avait alors dit « si, si ». Plus tard, nous nous sommes rencontrés, il était prêt à figurer sur la liste, et surtout en position éligible. »

Ainsi, quelques mois plus tard, l’ancien international français s’est retrouvé au conseil municipal de ce village de 7 500 habitants. « Je suis passionné par de nombreux sujets et, même si je ne le dis pas souvent, j’adore la politique, confie Sidney Govou. Pour moi, la mairie, ce n’est pas seulement de la politique, c’est un domaine différent. C’est quelque chose qui me plaisait, puisque j’étais souvent au village, j’avais terminé ma carrière, j’allais acheter ma baguette, prendre un verre au bistrot et discuter avec les habitants. »

### « La politique et le sport se nourrissent l’un l’autre »

À l’instar de Sidney Govou, de nombreux sportifs de haut niveau s’engagent de plus en plus à l’échelle locale. Pour ces élections municipales, à Bordeaux, l’ancien footballeur Johan Micoud a rejoint la liste de Philippe Dessertine (sans étiquette). Encore actif, le gardien Lionel Mpasi figure sur la liste de Sarah Vidal (divers gauche) à Rodez. À Romans-sur-Isère, la maire sortante Marie-Hélène Thoraval (divers droite) est accompagnée de Pierre Latour, récemment retraité des pelotons. À Toulon, David Gérard, ancien rugbyman et actuel sélectionneur de la Roumanie, est n°2 sur la liste de Laure Lavalette (sans étiquette mais soutenue par le RN).

« À mesure que le spectacle sportif est de plus en plus médiatisé, il n’est pas surprenant de voir des athlètes de haut niveau figurer sur des listes électorales, et souvent à des postes élevés, explique Marina Honta, sociologue à l’université de Bordeaux. Les élections politiques sont souvent une question de symboles et de communication. Les athlètes de haut niveau possèdent un capital symbolique particulièrement fort. Le monde du sport et celui de la politique ont toujours été interdépendants, se nourrissant mutuellement. »

Avoir des sportifs reconnus sur une liste n’est pas un phénomène récent. En 2008, l’ancien demi de mêlée du CABBG (futur UBB) Guy Accoceberry est devenu colistier d’Alain Juppé à Bordeaux. « Il était venu me chercher parce que la ville avait été très mal classée par *L’Équipe* en ce qui concerne la gestion du sport à Bordeaux, se souvient-il. De plus, sur la liste d’en face avec Alain Rousset, il y avait Serge Simon, pilier de Bègles. C’est certain qu’il y a toujours un effet de communication à associer une figure locale connue. »

### « Pas dans une politique de l’affichage »

Avec leur notoriété, les anciens professionnels s’engageant dans des campagnes électorales sont-ils uniquement utilisés comme une vitrine, un coup de pouce pour dynamiser une campagne ? « Je ne suis pas dans une politique de l’affichage, répond directement Marie-Hélène Thoraval à propos de l’implication de Pierre Latour. Évidemment, je sais que son nom a du poids. J’espère que cela pourra convaincre certains, même si je n’en suis pas certaine. Pierre, c’est quelqu’un que je connais depuis près de quinze ans, que j’ai toujours suivi et encouragé. »

Guy Accoceberry, qui a été conseiller municipal pendant deux mandats, s’est lui-même senti « un peu utilisé », même s’il a toujours douté que son image puisse apporter un plus à Alain Juppé lors de sa campagne. David Gérard, étonné qu’on ait pensé à lui dans un domaine qu’il ne maîtrisait pas, n’a pas ressenti de surexposition depuis son intégration à la liste de Laure Lavalette, alors qu’il est promis à un poste d’adjoint aux sports si sa tête de liste est élue :

« Quand tu entres dans un milieu comme celui-ci, où tu sais qu’il faut se montrer méfiant car ce milieu exige de la prudence, tu commences à voir tout le monde avec un œil critique, à essayer de comprendre. Mais je n’ai pas perçu d’aspect néfaste, comme si on me prenait pour un bouclier, en disant “regardez, il est là.” Il n’y a pas de surexposition de qui je suis. »

### Des valeurs très recherchées

Derrière tout cela, se cachent des présupposés sur les valeurs que portent les athlètes de haut niveau, telles que la réussite, le travail, l’abnégation, l’esprit d’équipe, le goût de l’effort, et la réalisation d’objectifs… Autant de principes forts recherchés par les politique, comme l’indique Marina Honta : « Il peut exister une tentation, de la part des têtes de liste, d’instrumentaliser l’image de l’athlète. Avoir un athlète reconnu peut renforcer l’humanisme, élargir son électorat, donner une image dynamique, et permettre de s’inscrire dans la compétition politique. Les sportifs ne sont pas dupes : ils savent que celle-ci repose aussi sur leur notoriété. Cependant, je suppose que s’ils acceptent d’être là, c’est en toute conscience. »

Ils sont également conscients de l’environnement nouveau dans lequel ils évoluent, un positionnement politique qui peut avoir des répercussions durables, même si tous ces anciens professionnels affirment que les élections municipales dépassent la politique. Celles-ci relèvent d’un engagement local où les frontières politiques sont floues. « À notre niveau, ce qui compte, c’est rassembler le maximum de personnes autour d’un projet pour la commune, précise Marie-Hélène Mathieu. Et toutes les sensibilités sont les bienvenues. »

« Honnêtement, je n’ai jamais pensé à être catégorisé, soutient Guy Accoceberry. Il m’a rassuré en me disant qu’il n’attendait pas que je prenne une carte de son parti. Il faisait appel à moi pour mes compétences dans le domaine sportif et pour ce que j’y avais accompli. »

### Les sportifs cantonnés au sport

Pour les sportifs, la question de la légitimité à occuper une fonction inconnue en cas d’élection de la tête de liste se pose, même s’ils restent généralement dans un domaine qu’ils maîtrisent bien : le sport, la vie associative et la jeunesse. « J’ai découvert beaucoup de choses en étant au conseil municipal, se rappelle Sidney Govou, très actif en début de mandat avant de laisser son poste de côté à cause de son métier de consultant. Je n’ai pas eu d’impact sur ce que je ne connaissais pas, il est essentiel de rester à sa place. »

« Chacun a ses domaines de compétences, en plus de ses intérêts, ajoute David Gérard. Je suis passionné de sport, entraîneur d’une équipe nationale de rugby, et si je m’implique, c’est dans un domaine que je comprends. Je ne vais pas me lancer dans des carrières dans d’autres secteurs, d’autres personnes sont bien plus compétentes que moi. »

Avec l’objectif à terme de redonner ses lettres de noblesse au sport, souvent sacrifié au gré des budgets, comme c’est le cas à l’échelle nationale après les Jeux olympiques de Paris 2024. Si la présence de sportifs de haut niveau peut aider à sanctuariser l’engagement de la ville dans le sport, ils sont certains d’y avoir gagné quelque chose.