Le conflit au Moyen-Orient ne doit pas faire craindre un choc pétrolier.
Le détroit d’Ormuz, large d’une cinquantaine de kilomètres, est crucial pour le passage d’environ 20% du pétrole consommé dans le monde. Selon les Gardiens de la Révolution, il est « de facto fermé » et certains pétroliers, tels que Hapag-Lloyd, Maersk et CAM-CGM, ont annoncé qu’ils suspendaient « jusqu’à nouvel ordre » tous les passages de navires par ce détroit.
Ce détroit, large d’environ cinquante kilomètres, situé entre l’Iran au nord et le sultanat d’Oman au sud, est essentiel pour le commerce mondial, étant le passage obligé d’environ 20 % du pétrole consommé à l’échelle planétaire.
Il constitue également un point stratégique pour le gaz naturel liquéfié et le transport de marchandises. Les Gardiens de la Révolution ont déclaré qu’il était « de facto fermé ». Un blocus total représenterait pour l’Iran un tir dans le pied.
Toutefois, actuellement, les assureurs augmentent leurs primes, certains pétroliers font demi-tour et les armateurs montrent de l’hésitation. Des entreprises telles que l’allemand Hapag-Lloyd, le danois Maersk et le français CMA-CGM ont déjà indiqué qu’elles suspendaient « jusqu’à nouvel ordre » tous les passages de navires par le détroit d’Ormuz.
Ces décisions transforment radicalement les routes commerciales, avec une hausse des prix à prévoir.
Un baril de pétrole à 100-150 dollars ?
À l’ouverture des marchés en Asie, le Brent de référence a grimpé de 13 %, atteignant environ 80 dollars. Vendredi, la veille de l’attaque israélo-américaine sur l’Iran, le prix était de 73 dollars. Les analystes évoquent maintenant un prix de 80, voire 100 dollars si le blocage se prolonge.
Pour donner un point de référence, la dernière fois que les prix du brut ont dépassé la barre des 100 dollars, c’était au début de la guerre en Ukraine, contribuant à un cycle inflationniste prolongé.
Dans le scénario extrême d’une paralysie durable d’Ormuz — jugé peu credible, mais pas impossible — certains envisagent un baril entre 120 et 150 dollars.
Iran, un poids paradoxal sur le cours du pétrole mondial
Pourquoi l’Iran a-t-il un tel impact sur le marché du pétrole ? Parce que c’est un producteur significatif : environ 3 millions de barils sont produits chaque jour, le plaçant dans le top 10 mondial. De plus, l’Iran détient les troisièmes réserves mondiales. Toutefois, ce poids est paradoxal : en raison des sanctions, environ 80 % de ses exportations sont destinées à la Chine, loin d’un marché mondial diversifié.
Ainsi, son impact direct est limité… sauf en ce qui concerne le détroit d’Ormuz. Ce que les marchés craignent surtout, ce n’est pas que l’Iran produise moins, mais que le transport de pétrole du Moyen-Orient vers l’Occident soit compromis.
L’Irak, le Koweït, le Qatar et les Émirats… tous dépendent de ce point critique qu’est Ormuz.
Un nouveau choc pétrolier ?
En 1973, l’embargo arabe avait multiplié le prix du baril par quatre en quelques mois, provoquant une récession mondiale. Aujourd’hui, trois raisons expliquent pourquoi cela ne semble plus probable :
- La part du pétrole dans la consommation mondiale est descendue en dessous de 30 %, contre 56 % en 1973.
- L’offre s’est diversifiée : mer du Nord, Alaska, schiste américain, les États-Unis sont devenus exportateurs nets, amortissant ainsi le choc.
- Les pays possèdent des stocks stratégiques couvrant 90 jours d’importations, une leçon directement tirée de 1973. La planète n’est donc plus aussi vulnérable, mais elle reste exposée.
Selon certaines projections, une augmentation de 10 % du prix du baril pourrait entraîner une baisse de 0,15 % du PIB mondial l’année suivante.
L’impact dépendra donc de la durée du conflit. À court terme, une hausse des prix du pétrole se traduit directement par une pression inflationniste : carburant, transport, énergie. Pour les ménages et les entreprises en Europe et en Asie, la facture va augmenter.
Les économies les plus exposées sont celles des importateurs nets : l’Europe, l’Inde, l’Asie du Sud-Est.
Politiquement, pour l’Iran, faire grimper les prix du baril pourrait servir de levier contre Washington, alors que Donald Trump a promis à son électorat des prix énergétiques bas et que les élections de mi-mandat approchent.
Cependant, si le conflit persiste, la nature de la situation pourrait changer. Un embrasement plus large serait susceptible d’entraîner des ruptures majeures dans les approvisionnements : engrais, plastiques, alimentation, et provoquer une rapide augmentation des prix à l’échelle mondiale.

