International

Frappes en Iran : « Les Iraniens n’ont plus de cartes »

Au troisième jour des frappes sur l’Iran, « on estime que l’Iran a déjà consommé 500 à 600 missiles, sur un stock estimé entre 1.000 et 3.000 ». Elizabeth Sheppard Sellam indique qu’« une estimation d’une période à sept à dix jours a été avancée, durant laquelle les Américains pourraient frapper sans être gênés ».

Combien de temps l’Iran pourra-t-elle continuer à réagir à l’attaque américaine et israélienne subie depuis le week-end ? Au troisième jour des frappes, « on estime que l’Iran a déjà utilisé entre 500 et 600 missiles, sur un stock évalué entre 1.000 et 3.000 », déclare Stéphane Audrand, consultant indépendant en risques internationaux. « Ils ne pourront donc pas tenir très longtemps dans ces conditions. »

« Les renseignements israéliens ont évalué à 1.500 à 2.000 le nombre de missiles iraniens, avec une préoccupation particulière pour les missiles à têtes multiples, qui sont beaucoup plus compliqués à intercepter », ajoute Elizabeth Sheppard Sellam, maîtresse de conférences à l’Université de Tours et directrice du programme Politiques et Relations internationales. « Mais au-delà du nombre de missiles, il est également important de considérer le nombre de lanceurs, qui sont maintenant une des cibles principales des frappes américaines et israéliennes », souligne-t-elle.

« Cela n’a pas démarré aussi fort que ce que l’on pouvait craindre »

Dans le même temps, les forces iraniennes ont également déployé leurs drones Shahed. « Ils ont réussi quelques actions initiales avec ces drones, comme frapper un radar américain, mais cela ne suffit pas à changer le rapport de forces », précise Stéphane Audrand. « Que peuvent-ils faire d’autre ? Miner le détroit d’Ormuz ? Cela pourrait en effet paralyser le trafic maritime, mais cela compliquerait également leurs propres exportations. » De son point de vue, « les Iraniens manquent réellement de options… »

Les deux experts s’accordent à dire que, bien que la réponse iranienne ait causé des dommages dans la région, elle a été « moins forte que prévu ». « On observe par exemple qu’ils ne sont pas capables de lancer 90 missiles ou projectiles simultanément », note Elizabeth Sheppard Sellam. « Clairement, cela n’a pas débuté aussi intensément que ce que l’on pouvait craindre », renchérit Stéphane Audrand.

« Entre les brouillages et les missiles anti-aériens, il n’y a pas grand-chose qui passe… »

« Au cours des vingt dernières années, l’Iran a tenté de développer une sorte de puissance de dissuasion à faible coût, avec des milliers de dispositifs peu coûteux et rustiques, parés à être efficaces, comme des missiles balistiques et de petites forces navales », analyse Stéphane Audrand. « L’idée était de pouvoir lancer une avalanche de projectiles sur la région en cas de guerre, visant à détruire les terminaux pétroliers, les bases américaines, submerger Israël de missiles et bloquer le détroit d’Ormuz pour empêcher tout accès », poursuit-il.

Cependant, « personne n’est resté passif et, depuis le milieu des années 2010, tous les pays de la région ont considérablement renforcé leur défense antiaérienne », observe l’expert. « Ce que l’on constate depuis le week-end, c’est qu’entre les brouillages et les missiles anti-aériens, très peu de choses parviennent à passer, et lorsque c’est le cas, les dégâts ne sont pas non plus considérables. Ainsi, cette stratégie de missiles et de drones à bas coût ne produit pas de résultats significatifs. »

La protection israélienne, une architecture à différents niveaux

Certains missiles iraniens ont cependant réussi à passer, causant des pertes civiles en Israël, notamment à Bet Shemesh, où une frappe a causé 9 morts, 46 blessés et 11 disparus. « Une défense antiaérienne n’est jamais efficace à 100 %, que ce soit en Israël ou aux Émirats, souligne Elizabeth Sheppard. Toutefois, l’architecture de protection israélienne, qui vise à intercepter tous types d’effets, des roquettes aux drones en passant par les missiles de croisière et balistiques, fonctionne tout de même avec une certaine efficacité. »

Bien que l’on parle souvent du Dôme de Fer israélien, qui protège le pays des tirs de roquettes et de missiles à courte portée et dont le taux de succès est supérieur à 90 %, il existe aussi la Fronde de David et les systèmes Arrow 2 et Arrow 3 pour les missiles balistiques exoatmosphériques. « On peut également mentionner le Iron Beam, un système laser pour les drones, ainsi que les batteries Thaad et Patriot envoyées par les Américains », ajoute Elizabeth Sheppard Sellam. « Sans oublier la présence américaine, notamment avec le porte-avions Gerald Ford, qui joue également son rôle. »

Cependant, elle met en garde, « l’interception peut être dangereuse, car on a constaté des décès dus à des débris tombant du ciel, en particulier lors des frappes iraniennes sur des zones urbaines. »

Les Américains vont-ils devoir aller piocher des stocks de munitions ailleurs ?

Si l’Iran risque de se retrouver rapidement à court de munitions, qu’en est-il des Américains ? Donald Trump a évoqué une campagne de quatre semaines, ont-ils les ressources nécessaires pour la soutenir ? « Les Américains ont déjà tiré plusieurs centaines de Tomahawk et, honnêtement, on ne sait pas combien de temps ils peuvent continuer », s’interroge Stéphane Audrand. « Ils pourraient potentiellement avoir besoin de prélever des stocks dans d’autres régions, peut-être dans le Pacifique, ce qui soulève des questions vis-à-vis de la Chine. »

« Une estimation d’une période de sept à dix jours a été proposée, durant laquelle les Américains pourraient frapper sans être perturbés, au-delà de laquelle ils pourraient effectivement avoir besoin d’autres stocks », confirme Elizabeth Sheppard Sellam. « Cependant, s’ils ont attendu aussi longtemps avant de frapper, c’était également pour planifier ces questions de munitions et éviter de se retrouver à court. » De plus, « lorsque Trump annonce une campagne de quatre semaines, cela ne signifie pas quatre semaines avec le même volume d’attaques, ni avec les mêmes types d’armements de précision », précise Stéphane Audrand.

Si la campagne devait se prolonger au-delà de ces quatre semaines, « cela pourrait devenir effectivement compliqué », admet Elizabeth Sheppard Sellam. « D’autant plus que, nous constatons qu’au troisième jour, les opérations progressent déjà rapidement. »