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Succession du Guide suprême iranien Ali Khamenei : qui sera choisi ?

Un triumvirat a été constitué peu après l’annonce de la mort du Guide suprême iranien, composé du président iranien Massoud Pezeshkian, du chef du pouvoir judiciaire Gholamhossein Mohseni Ejeï, et de l’ayatollah Alireza Arafi, qui aura pour mission d’assurer la transition jusqu’à la désignation du nouveau guide suprême par l’Assemblée des experts. Selon Jonathan Piron, le système d’élection du nouveau Guide suprême est opaque et il sera très difficile de déterminer qui sera candidat à la succession d’Ali Khamenei avant l’annonce officielle.


Peu après l’annonce du décès du Guide suprême iranien, un triumvirat a été formé. Ce dernier est constitué du président iranien Massoud Pezeshkian, du chef du pouvoir judiciaire Gholamhossein Mohseni Ejeï, et de l’ayatollah Alireza Arafi. Les membres de ce « Conseil de direction intérimaire » ont pour mission d’assurer une transition en attendant la désignation d’un nouveau guide suprême par l’Assemblée des experts.

Avant d’examiner les éventuels successeurs d’Ali Khamenei en tant que guide suprême, il est pertinent de rappeler le fonctionnement de la république islamique d’Iran.

### Comment nomme-t-on le Guide suprême iranien ?

La République islamique d’Iran se fonde sur une idée développée par l’ayatollah Rouhollah Khomeini dans les années 1970 : la Velayat-e Faqih, signifiant « gouvernement du juriste religieux ».

Conformément à cette doctrine, un grand spécialiste du droit islamique devrait diriger le pays.

Dans le chiisme majoritaire en Iran, le dirigeant légitime de la communauté musulmane est le douzième imam, Muhammad al-Mahdi, qui aurait disparu au IXe siècle, et dont le retour est attendu. En son absence, Khomeini soutient qu’un État ne peut être légitime que s’il est dirigé ou supervisé par un religieux hautement qualifié et reconnu pour sa piété. Cette exigence de qualification religieuse a été allégée en 1989 lors de la recherche d’un remplaçant à Khomeini, Ali Khamenei étant alors désigné bien qu’il n’était qu’un « hojatoleslam » et non un « marja », le rang le plus élevé dans le clergé chiite.

Le Guide suprême combine alors les fonctions politiques et religieuses. Son rôle consiste à protéger l’Islam, maintenir la justice et prévenir toute dérive contraires aux principes religieux. Cette idée a été intégrée dans la Constitution iranienne après la révolution de 1979, faisant du Guide suprême la plus haute autorité du pays, au-dessus des autres institutions. Ainsi, la légitimité du régime repose principalement sur son autorité religieuse.

Il est aussi important de noter que le Guide suprême n’est pas élu démocratiquement. Sa désignation et sa supervision relèvent de l’assemblée des experts, Majlis-e Khobregan, composée de 88 théologiens élus au suffrage universel.

Cela étant précisé, plusieurs noms sont déjà évoqués pour succéder à Khamenei. Les premières personnes mentionnées furent citées par l’ayatollah Khamenei lors de la guerre de douze jours : Gholam-Hossein Mohseni-Ejei (actuel membre du conseil intérimaire formé le 1er mars), Hassan Khomeini ainsi qu’Ali Asghar Hejazi, dont la mort a été signalée par Israël lors des frappes du 28 février.

### Mojtaba Khamenei

Tout d’abord, il y a son fils, Mojtaba Khamenei.

Pour la sociologue belgo-iranienne, il est peu probable que Mojtaba accède à la fonction de guide suprême. « Il a très peu d’aura. Et il est très peu apprécié par le Clergé ». Une opinion partagée par Jonathan Piron, spécialiste de l’Iran. « Il faut quelqu’un qui arrive à faire consensus auprès des différentes factions, qui soit proche des services de sécurité et reconnu par le corps armé des Gardiens de la révolution, et cela n’est pas le cas pour Mojtaba. Il y a aussi le risque d’une dynastie religieuse qui pourrait se mettre en place, ce que la plupart des membres du comité des experts ne souhaitent pas ».

### Gholam-Hossein Mohseni-Ejei

Gholam-Hossein Mohseni-Ejei est un homme politique et religieux iranien qui dirige le pouvoir judiciaire depuis 2021. Il est une figure emblématique du camp conservateur le plus intransigeant et fait partie des représentants de la ligne dure du régime iranien.

Ancien procureur général, il a également été ministre du Renseignement entre 2005 et 2009, une période marquée par un renforcement du contrôle politique et sécuritaire. Sa carrière s’est déroulée au sein des cercles les plus sensibles de l’État, à la croisée du judiciaire et des services de sécurité.

En 2021, il est nommé à la tête du pouvoir judiciaire par le Guide suprême, Ali Khamenei, succédant à Ebrahim Raïssi, devenu président. Cette nomination témoigne de la confiance dont il bénéficie au sommet du régime et renforce son influence dans un système où le pouvoir judiciaire est clé pour la consolidation de l’autorité politique.

Depuis sa prise de fonction, il défend une ligne axée sur la fermeté judiciaire, la lutte contre la corruption et la préservation des « valeurs révolutionnaires », tout en étant régulièrement critiqué par les organisations de défense des droits humains pour la sévérité des répressions et le manque d’indépendance du système judiciaire.

### Ali et Sadeq Larijani : une famille peu appréciée

Ali Larijani, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale, est souvent écarté par les experts. « Il ne s’agit pas d’un haut dignitaire chiite, une condition nécessaire pour prétendre au titre de Guide suprême », précise Jonathan Piron.

Sadeq Larijani, son frère, ancien chef du pouvoir judiciaire et proche des Gardiens de la révolution, est souvent cité comme une personnalité qui pourrait accéder, grâce à son statut religieux, au rang de Guide suprême. Son nom a circulé longtemps, mais sa nomination donnerait trop de pouvoir à la famille Larijani, qui est considérée comme trop pragmatique par une frange dure du clergé.

### Hassan Rohani, Hassan Khomeini : deux potentiels candidats trop modérés

Hassan Rohani, ancien président de la République islamique d’Iran, et Hassan Khomeini, petit-fils de Ruhollah Khomeini, sont jugés trop modérés. Jonathan Piron estime qu’ils « ne seront pas supportés par le système quoi qu’il arrive ».

### Reza Pahlavi, le contestataire

Le prince Reza Pahlavi est le candidat le moins probable à devenir Guide suprême, surtout en raison de son absence d’Iran. Firouzeh Nahavandi souligne qu’il est apprécié par la diaspora mais aura du mal à revenir tant que les Gardiens de la révolution sont fidèles à l’actuel régime. « Tant qu’il n’y a pas de défection des corps armés, je ne vois pas comment il pourrait revenir », ajoute-t-elle. Piron partage cet avis, indiquant qu’un effondrement du régime serait nécessaire pour qu’il retourne.

Pour le moment, aucun nom n’a encore été annoncé par le triumvirat. Selon les experts, la désignation du nouveau Guide suprême pourrait intervenir dans les prochains jours, démontrant la volonté du régime iranien de maintenir sa légitimité. Jonathan Piron souligne la difficulté de prédire les candidats au successeur d’Ali Khamenei avant l’annonce officielle.

Dans tous les cas, les experts expriment leurs inquiétudes quant aux personnalités avancées. « Ce n’est pas une bonne nouvelle pour la population iranienne. Ce ne sont pas des modérés ».