Longtemps accro à la cocaïne, une étudiante en médecine devient patiente-experte.
Charlotte a arrêté ses études de médecine et a sombré dans la drogue, comme l’ont découvert ses parents en avril 2025. Son dernier rail de cocaïne remonte au 1er décembre 2025, date à laquelle elle a décidé de ne plus être le « monstre » qu’elle décrit.
Longtemps, Charlotte a rempli tous les critères de la fille idéale : bonne élève, souriante, extravertie et entourée d’amis. Après avoir obtenu son bac, elle brille dans ses études de médecine et hésite entre devenir oncologue ou chirurgienne orthopédique, souhaitant suivre les traces de son grand-père. Pendant plus de cinq ans, elle réussit haut la main ses examens, entretient une relation avec son petit ami de lycée et profite de la vie parisienne dans son appartement du 5e arrondissement. Une vie apparemment parfaite et bien ordonnée.
Cependant, durant cette période, l’étudiante lutte contre l’anorexie. Les crises de boulimie et les épisodes de dépression s’accumulent, entraînant la fin de sa relation. En décembre 2024, après une tentative de suicide qui nécessite une hospitalisation, la jeune femme fait une mauvaise rencontre : la cocaïne, dont elle déclare être tombée « immédiatement amoureuse ». « J’étais en soirée, je voyais ces gens avachis sur le canapé, totalement drogués, ils avaient l’air à côté de la plaque et à la fois tellement heureux, j’avais envie de goûter à ce bonheur ». Un sentiment que Charlotte désire expérimenter encore et encore.
Les effets de la drogue sont fugaces mais réels. « Avec la cocaïne, j’avais enfin confiance en moi, je me sentais vivante, euphorique… », se remémore la jeune femme de 25 ans. Dès le lendemain de sa première prise, elle en consomme tous les jours sans exception, faisant de cette habitude son premier geste au réveil, vers 6 heures du matin. Encore aujourd’hui, elle peine à estimer la quantité qu’elle absorbait tant les rails s’enchaînaient. « Je prenais ça pour un médicament », insiste-t-elle.
Bien qu’elle évoque rapidement le terme « dépendance » pour décrire sa relation à la drogue, elle ne réussit pas à s’en distancier. Elle ressent une grande fatigue, a des difficultés à respirer. « En trois mois, j’avais la cloison nasale perforée, se désole-t-elle. Mais je n’avais aucune limite, même physique. » Moins de trois mois après sa première consommation, elle affronte les examens de fin d’année. Incapable de rester plus de vingt minutes sans sniff, elle quitte la salle d’examen et passe le reste du temps à se droguer dans les toilettes de la faculté. « J’avais travaillé toute ma vie pour ces études, en un claquement de doigts, je n’en avais plus rien à faire ».
De brillante étudiante, Charlotte devient l’image de la droguée. Elle perd son emploi étudiant et ses amis s’éloignent. À juste titre, selon ses propres mots, elle se décrit alors comme manipulatrice, menteuse, méchante, atteinte d’un complexe de supériorité. Endettée à hauteur de plusieurs milliers d’euros, elle est parfois contrainte de se prostituer pour financer ses doses toujours plus grandes.
En avril 2025, elle fait une nouvelle tentative de suicide, qu’elle associe directement à son addiction. C’est à ce moment que ses parents, restés dans le sud de la France, découvrent qu’elle a non seulement arrêté ses études de médecine, mais qu’elle a également sombré dans la drogue. Une prise de sang révèle la présence d’héroïne, qu’elle consomme occasionnellement, ainsi que de morphine et de xanax, ingérés pour mettre fin à ses jours.
En cure de désintoxication, qu’elle suivra à deux reprises en quatre mois, Charlotte rencontre plusieurs patients experts en addictologie. Ces échanges, qu’elle trouve plus enrichissants que ceux avec les médecins, éveillent en elle un déclic. « Ils me parlaient de leurs expériences, de la sobriété, de la vraie vie… Nos échanges étaient très différents de ce que pouvait m’apporter un addictologue ». Déchirée entre son désir de guérison et son envie insatiable d’appeler son dealer, elle connaît trois rechutes.
Son dernier rail date du 1er décembre 2025. Ce jour-là, elle décide de ne plus être le « monstre » qu’elle décrit. Depuis, elle se considère « en rémission ». À cette période, elle s’inscrit à l’université de Nantes dans un cursus de « partenariat patient » pour devenir patiente-experte en addictologie. « Pour la première fois, j’ai l’impression d’avoir trouvé ma voie, je n’ai jamais été aussi heureuse depuis que ce projet est dans ma tête. » Même si techniquement, elle pourrait reprendre ses études de médecine, elle a mis de côté cette vocation.
En parallèle de ce cursus, elle travaille à la création de son association, où elle souhaite accueillir d’autres patients à travers des groupes de parole et mener des actions de prévention. Une manière de reprendre le contrôle sur sa propre vie tout en aidant les autres. « Ce qui m’a aidé à guérir c’est de me rendre compte que je n’étais pas seule, que j’étais victime et non coupable, partage-t-elle. Quand tu consommes, tu as honte. J’ai brisé ce cycle en créant des liens avec des personnes qui connaissent cette réalité et aujourd’hui, je veux faire de même. »
Si son combat contre la cocaïne est loin d’être terminé, Charlotte se consacre à ce nouveau projet. Active sur les réseaux sociaux sur le compte [email protected], elle partage son histoire dans l’espoir d’atteindre ceux qui en ont besoin. Entre Nantes et Narbonne, où vit sa famille, l’étudiante fourmille d’idées. Mais chaque chose en son temps, « la sobriété, c’est une décision à prendre à chaque minute. »

