La Belgique intercepte un navire lié à la flotte fantôme russe et l’Iran.
La Belgique a arraisonné durant la nuit le pétrolier Ethera, battant pavillon guinéen, qui faisait 180 mètres de long et était construit en 2008. Le navire figure depuis octobre 2025 sur la liste européenne des bâtiments devant avoir leur activité « restreinte » en raison de liens avec la Russie.
La Belgique a arraisonné, durant la nuit, le pétrolier Ethera, selon des informations recueillies par la RTBF auprès de plusieurs sources. Naviguant sous pavillon guinéen, ce navire de 180 mètres, construit en 2008, arrivait de La Manche. Il a été intercepté au large d’Ostende.
« Ces dernières heures, nos forces armées, avec le soutien des Forces de défense françaises, ont procédé à l’arraisonnement d’un pétrolier appartenant à la flotte clandestine russe. Le navire est actuellement escorté vers le port de Zeebrugge, où il sera placé sous saisie », a déclaré Theo Francken sur le réseau social X peu après 1h30 ce dimanche.
Le ministre belge de la Défense a ajouté : « L’opération Blue Intruder a été menée par une équipe de militaires d’un courage exemplaire. Un travail remarquable. »
La Belgique veille à respecter le droit maritime international et répondra fermement à toute violation de la sécurité de ses eaux territoriales.
« Mes félicitations à nos forces armées pour leur action professionnelle et déterminée lors de l’opération réussie de cette nuit, ainsi que mes remerciements à nos partenaires français pour leur soutien précieux. La Belgique veillera toujours au respect du droit maritime international et répondra avec fermeté à toute violation de la sécurité de ses eaux territoriales », a partagé le Premier ministre, Bart De Wever.
Le pétrolier arraisonné figure depuis octobre 2025 sur la liste européenne des bâtiments dont l’activité doit être « restreinte », car ils « font partie de la flotte fantôme de pétroliers ou contribuent aux recettes énergétiques de la Russie », qui est « tributaire des recettes énergétiques pour financer sa guerre d’agression illégale contre l’Ukraine ».
L’Ethera est décrit comme transportant « du pétrole brut, des produits pétroliers ou des matières minérales originaires de Russie ou exportés depuis la Russie, tout en s’adonnant à des pratiques de transport maritime irrégulières et à haut risque […] ». Parmi les restrictions, l’accès aux ports des pays européens lui est interdit.
Le navire est aussi mentionné sur la liste des entités sanctionnées par le département du Trésor des États-Unis. Dans un communiqué de presse de juillet 2025, les États-Unis lient l’Ethera « au vaste empire maritime contrôlé par Mohammad Hossein Shamkhani ».
Hossein Shamkhani est le fils d’Ali Shamkhani, un conseiller de premier plan du Guide suprême iranien, tué lors des frappes de ce samedi, selon l’armée israélienne. D’après le département du Trésor américain, « Hossein tire profit de la corruption et de l’influence politique de son père au plus haut niveau du régime iranien pour construire et exploiter une immense flotte de pétroliers et de porte-conteneurs ».
Le département du Trésor précise que ce réseau transporte du pétrole et des produits pétroliers d’Iran et de Russie, ainsi que d’autres marchandises, vers des acheteurs du monde entier, générant des dizaines de milliards de dollars de profits. L’Europe a, de son côté, dépeint Hossein Shamkhani comme « un acteur central de la flotte parallèle russe », « impliqué dans un secteur économique qui fournit une source de revenus substantielle au gouvernement de la Fédération de Russie ». Cependant, elle ne détaille pas quels navires il exploiterait.
L’opération menée en mer du Nord cette nuit a été préparée longtemps à l’avance et ne semble pas liée aux récentes frappes américaines et israéliennes sur l’Iran.
La « flotte fantôme » est une nébuleuse de navires, principalement des pétroliers, qui opèrent en marge des règles internationales pour contourner les sanctions économiques, surtout celles concernant les exportations de pétrole russe. Ces bâtiments emploient diverses stratégies de dissimulation, comme la navigation sous faux pavillon, des montages juridiques opaques, des documents falsifiés, des transferts de cargaison en haute mer, et la manipulation du système de localisation.
L’opération de la Belgique ne revêt pas un caractère militaire, bien que la Défense soit intervenue avec les moyens de la Marine et des forces spéciales. Plusieurs partenaires civils, tels que la DG Navigation et la justice, participent à cette mission qui s’inscrit dans le cadre de l’application de la législation maritime.
Le cadre juridique applicable repose sur la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM), qui est la référence en matière de droit maritime. Cette convention autorise le contrôle et, le cas échéant, l’arraisonnement de navires présentant un risque pour l’environnement ou naviguant sans pavillon, voire sous faux pavillon. Cependant, certaines dispositions de la convention donnent lieu à des divergences d’interprétation. La Belgique œuvre à renforcer son propre cadre juridique pour assurer la pleine effectivité des règles.
Pour les autorités, les enjeux sont multiples. Économiquement, la « flotte fantôme » permet à des États sous sanctions de continuer à exporter leurs hydrocarbures, échappant aux plafonds de prix et aux restrictions commerciales. Elle engendre également une concurrence déloyale : opérant hors des normes internationales, ces navires réduisent drastiquement leurs coûts en négligeant obligations d’assurance, contrôles techniques et standards de sécurité.
Les préoccupations sont aussi environnementales. De nombreux navires sont anciens et parfois en fin de vie. Ils peuvent transférer du pétrole d’un bateau à l’autre, le mélangeant ainsi avec du pétrole d’origine légale, et, mal entretenus, présentent un risque accru d’avarie ou de marée noire.
La nébuleuse est également suspectée de participer à la menace hybride. Son opacité favorise des opérations de sabotage ou de déstabilisation. Dans un contexte de tensions accrues, la mer est devenue un espace stratégique sensible, avec un réseau extrêmement dense de routes commerciales, d’infrastructures énergétiques et de câbles sous-marins. Dans une récente interview, Nicolas Vaujour, chef d’état-major de la Marine française, a estimé à un millier le nombre de bateaux qui « essayent de contourner l’ensemble des sanctions européennes sur l’export de pétrole russe ».
Dans un entretien publié par L’Écho ce samedi, Maxime Prévot, vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères, a indiqué que la Belgique était « disposée » à exercer un contrôle accru des navires de la « flotte fantôme » russe qui passent près de ses côtes. Alors que la Belgique n’avait jusqu’ici procédé à aucune interception, la France a déjà franchi le pas l’an dernier. En septembre, un pétrolier, le Boracay, a été intercepté au large des côtes françaises, transportant du pétrole russe sans pavillon apparent.
Le parquet français a requis une peine d’un an de prison et 150 000 euros d’amende pour refus d’obtempérer à l’encontre de son commandant. Deux employés d’une société de sécurité privée russe se trouvaient également à bord, chargés de surveiller l’équipage et de collecter des renseignements.
Un autre navire, le Grinch, a été arraisonné le 22 janvier par la marine française dans les eaux internationales entre l’Espagne et l’Afrique du Nord. « Voilà précisément la détermination qu’il faut pour que le pétrole russe ne finance plus la guerre de la Russie », avait alors salué sur X le président ukrainien Volodymyr Zelensky. Immobilisé plusieurs semaines près du terminal pétrolier de Marseille-Fos dans le cadre d’une enquête pour défaut de pavillon, le navire a pu reprendre la mer après le paiement d’une amende de plusieurs millions d’euros.

