Téhéran, Qom, Ispahan, Kermanshah : frappes visant leur pouvoir
Les tensions entre le régime iranien, Israël et les États-Unis ne cessaient de s’intensifier depuis plusieurs semaines, avec de nombreuses explosions retentissant dans différentes villes iraniennes dans la nuit de vendredi à samedi. Lors de cette offensive, plusieurs sites majeurs tels que Téhéran, Ispahan, Kermanshah et Qom ont été ciblés, le régime iranien ayant également coupé les communications, laissant les Iraniens dans l’incertitude.
Les tensions entre le régime iranien, Israël et les États-Unis se sont intensifiées ces dernières semaines. Dans la nuit de vendredi à samedi, de nombreuses explosions ont été entendues dans plusieurs villes iraniennes. Selon Firouzeh Nahavandi, cette escalade conduit inévitablement à une confrontation ouverte. « C’était ce que les Iraniens redoutaient, et le régime s’était préparé à cette éventualité depuis plusieurs semaines », déclare-t-elle.
Dès le premier jour des bombardements, plusieurs sites importants ont été ciblés, notamment Téhéran, ainsi que des villes culturellement et religieusement significatives comme Ispahan, Kermanshah et Qom.
Pour la professeure de l’ULB, il ne s’agit pas d’une volonté de détruire l’héritage culturel iranien. « Les Juifs ont une longue histoire en Iran. Benyamin Netanyahou a rappelé à plusieurs reprises le lien millénaire entre Israël et l’Iran, notamment à travers la figure de Cyrus le Grand, fondateur de l’Empire perse achéménide, qui avait permis la libération du peuple juif. Il existe des relations historiques fortes entre ces deux peuples. Il n’y a donc pas de volonté de destruction de la culture iranienne. » Selon elle, les frappes visent principalement des infrastructures stratégiques : « Ce sont des villes où se trouvent des installations militaires et nucléaires. L’armée israélienne cible des objectifs précis. » Cette analyse est partagée par le professeur de sciences politiques à Sciences Po, Joseph Bahout : « Ce sont essentiellement les élites politiques et militaires iraniennes qui sont visées. »
L’agence de presse iranienne Isna a rapporté que le quartier Pasteur, où se trouvent la résidence du guide suprême Ali Khamenei ainsi que la présidence, au centre de Téhéran, a été touché. Toujours selon l’agence iranienne, le président Massoud Pezeshkian serait « sain et sauf ».
Cette offensive s’inscrit dans la ligne dure affichée par le président américain Donald Trump, qui a réaffirmé son intention de « détruire les capacités balistiques iraniennes et de « réduire à néant » sa marine. Selon lui, l’objectif est d’ »éliminer des menaces imminentes », accusant Téhéran de vouloir reconstruire son programme nucléaire et de développer des missiles longue portée susceptibles, à terme, d’atteindre le territoire américain.
Selon Firouzeh Nahavandi, le régime joue désormais sa survie : « La riposte du régime islamique est forte. Il a décidé d’attaquer tous azimuts les pays voisins abritant des bases américaines. Il joue le tout pour le tout : il n’a plus rien à perdre. » Joseph Bahout partage ce point de vue : « Si le régime iranien estime qu’il s’agit de la bataille finale, il ne reculera devant rien. »
Ces avis font écho à ceux d’Abdollah Ganji, idéologue proche des Gardiens de la Révolution, qui déclarait récemment : « Si les Iraniens doivent choisir entre la mort et l’humiliation, ils ne choisiront jamais l’humiliation ». Une rhétorique qui renvoie à un épisode fondateur du chiisme : la bataille de Kerbala, en 680, où Hussein ibn Ali, petit-fils du prophète Mahomet et fils d’Ali, fut tué avec ses proches pour avoir refusé de se soumettre au calife omeyyade.
Une inconnue majeure demeure : l’activation des groupes alliés de Téhéran à travers le Moyen-Orient. Depuis des années, la République islamique a structuré un réseau d’organisations armées, souvent qualifié « d’axe de la résistance », destiné à étendre son influence et à dissuader ses adversaires.
« Ces groupes peuvent s’activer à tout moment », prévient Firouzeh Nahavandi. « Le Hezbollah au Liban et les Houthis au Yémen, bien qu’affaiblis, conservent des capacités de nuisance importantes. Nous sommes dans une incertitude totale. »
Pour Joseph Bahout, la logique actuelle est celle d’une montée aux extrêmes : « Si le régime iranien estime que sa survie est directement menacée, il cherchera à élargir le théâtre des opérations afin de multiplier les fronts et de contraindre ses adversaires à disperser leurs forces. » Un chaos orchestré visant à rendre « le coût politique et militaire d’une offensive prolongée sur le régime iranien insoutenable pour les politiques à Washington et à Jérusalem », estime le professeur de Sciences-Po Paris.
L’Iran a d’ores et déjà réagi en lançant l’opération « Truth Promise 4 », ciblant de nombreux pays de la région. Le Golfe est ainsi redevenu le théâtre d’un conflit mondial.

