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« Vous direz Epstine » : Jean-Luc Mélenchon ravive les tensions à gauche avant les municipales

Jean-Luc Mélenchon a tenu un meeting ce jeudi soir à Lyon en vue des municipales prévues dans deux semaines. Les responsables de La France insoumise ont évoqué une « instrumentalisation politique » de la part de leurs adversaires concernant les accusations d’antisémitisme.

Jean-Luc Mélenchon est à nouveau au centre d’une polémique. Le leader de La France insoumise a organisé un meeting jeudi soir à Lyon en vue des élections municipales qui se tiendront dans deux semaines. Alors que le mouvement fait face aux conséquences de la mort de Quentin Deranque et à l’implication de proches du député Raphaël Arnault, cet événement était particulièrement attendu. Mélenchon n’a cependant pas apaisé les tensions, consacrant près d’une heure à critiquer la presse et « ses croûtons ».

Le triple candidat à la présidentielle a également évoqué l’affaire Epstein, en ironisant sur la prononciation du nom du criminel sexuel new-yorkais. Ses remarques ont de nouveau suscité des accusations « d’antisémitisme ». Pourquoi cette réaction ? Quelles pourraient être les conséquences pour les alliances à gauche lors de ces municipales ? Voici les éléments clés.

« Dégénérescence du mélenchonisme »

Lors de son meeting, Jean-Luc Mélenchon a abordé l’affaire Epstein, plaisantant sur la manière dont les médias prononcent le nom de l’Américain, décédé en prison en 2019. « Je voulais dire  »Epstine » pardon, ça fait plus russe  »Epstine ». Alors maintenant, vous direz Epstine au lieu d’Epstein, Franckenstine au lieu de Frankenstein », a-t-il déclaré, suscitant des rires parmi ses militants.

« Des propos abjects », a réagi Laurent Nuñez. Ces déclarations « ressemblent aux pratiques de monsieur Dieudonné, parfois même d’Alain Soral », a poursuivi le ministre de l’Intérieur. « L’antisémitisme est une monstruosité. En user est une honte. À vomir », a ajouté Gabriel Attal. Les critiques ont jailli de toute la classe politique, même parmi les alliés de gauche comme Marine Tondelier (EELV) ou Olivier Faure. « Est antifasciste celui qui combat le fascisme, pas celui qui en réutilise les ressorts les plus dangereux », a affirmé le dirigeant du PS. « Il surfe sur l’antisémitisme en laissant entendre qu’on nous ment sur l’affaire Epstein avec la piste russe, insinuant qu’il y a un complot derrière, faisant appel aux préjugés antisémites », a dénoncé l’eurodéputé écologiste David Cormand auprès de 20 Minutes. « C’est une nouvelle forme de dégénérescence du mélenchonisme », a soupiré l’ancien dirigeant d’EELV.

« Cabale contre les insoumis »

Avec ces déclarations, Jean-Luc Mélenchon ravive les accusations d’antisémitisme qui pèsent régulièrement sur lui et son mouvement. Cela rappelle lorsqu’il avait déclaré que l’antisémitisme était « résiduel en France », malgré la hausse des actes antisémites après les attaques du 7 octobre 2023 en Israël. De même, il avait critiqué son ancien protégé Jérôme Guedj, d’origine juive, en le qualifiant de « lâche de cette variété humaine que l’on connaît tous, les délateurs ». « Vous n’imaginez pas la violence que c’est pour nous d’être traités d’antisémites. Ça fait mal, car à gauche, il n’y a pas pire insulte. C’est notre histoire, le combat contre l’antisémitisme », a déploré un député insoumis auprès de 20 Minutes.

Les responsables de LFI ont balayé ces accusations ce vendredi, les considérant comme une « instrumentalisation politique » de leurs opposants. « Tout à leur cabale contre les insoumis, les voilà maintenant à nous accuser d’antisémitisme pour avoir dénoncé la façon dont une partie de la classe médiatique cherche à dépeindre Epstein comme un agent russe pour dissimuler les complicités dont il a pu bénéficier en France », a réagi sur X le député Manuel Bompard, bras droit de Jean-Luc Mélenchon.

Un impact sur les municipales ?

Après ces polémiques, quelle en sera l’impact sur les résultats des élections municipales à venir, à deux semaines du premier tour ? Au sein du bloc central et même du Parti socialiste, des voix, notamment celle de François Hollande, demandent de rompre définitivement toute alliance avec les insoumis. Cependant, dans de nombreuses villes, les listes d’union de la gauche auront besoin des voix de l’électorat LFI pour remporter des victoires, comme à Toulouse, Marseille ou Amiens.

Malgré des relations de plus en plus tendues entre les insoumis et leurs anciens alliés du NFP, des rapprochements pourraient se faire entre les deux tours. « Mélenchon a une stratégie de terre brûlée et de conflictualisation, mais nous ne pouvons pas laisser des villes à la droite ou à l’extrême droite à cause de lui », a justifié David Cormand. « Je dirais même qu’il faudra s’allier à LFI malgré Mélenchon ».