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Pakistan – Afghanistan : Pourquoi s’affrontent-ils sur le terrorisme et la ligne Durand ?

Ce vendredi, le Pakistan a bombardé plusieurs grandes villes d’Afghanistan. En octobre dernier, des affrontements avaient déjà fait plus de 70 morts.

Islamabad qualifie la situation de « guerre ouverte ». Ce vendredi, le Pakistan a effectué des frappes sur plusieurs grandes villes d’Afghanistan. La veille, Kaboul avait frappé des cibles pakistanaises près de la frontière en réponse aux attaques aériennes menées par le Pakistan. Depuis le retour au pouvoir des talibans à l’été 2021, les tensions entre les deux pays sont fréquentes.

Le Pakistan, qui a longtemps entretenu des liens étroits avec l’Afghanistan, est régulièrement accusé de soutenir les talibans afghans. Quels sont les enjeux de cette escalade ? Quel est le potentiel des deux pays en cas de conflit ouvert ? 20 Minutes dresse un état des lieux de cette situation volatile au cœur de l’Asie.

Pourquoi le Pakistan et l’Afghanistan s’affrontent-ils ?

« C’est avant tout une question sécuritaire », affirme Didier Chaudet, géopolitologue associé à l’Observatoire de la Nouvelle Eurasie et membre du comité de rédaction de la revue Défense Nationale. Le Pakistan fait face depuis de nombreuses années à une violence terroriste chronique. En 2025, le pays a enregistré près de 700 attaques terroristes, selon le Rapport sur la sécurité au Pakistan 2025 de l’Institut pakistanais d’études sur la paix (PIPS). Le gouvernement d’Islamabad considère le Tehrik-e-Taliban Pakistan (TTP) comme le principal responsable de cette situation.

Dans ce contexte, « les autorités pakistanaises espéraient une amélioration après la prise de pouvoir des talibans afghans en août 2021. Au lieu de cela, les attaques terroristes ont augmenté, le TTP a regagné en force et a pu s’armer grâce à l’approvisionnement en armes perdues en Afghanistan », souligne Didier Chaudet.

Islamabad désigne donc Kaboul comme responsable de cette dégradation de la sécurité. « Le TTP utilise l’Afghanistan comme base arrière pour s’entraîner ou se cacher. Le régime afghan nie la présence de ces groupes, mais cela est contredit chaque jour par les faits », insiste Olivier Guillard, chercheur associé à l’Institut d’études de géopolitique appliquée (IEGA).

Bien que les talibans afghans et pakistanais n’appartiennent pas au même mouvement, des liens idéologiques existent entre eux. Ces sympathies ont pu renforcer le TTP depuis 2021. En outre, « les autorités afghanes manquent de moyens pour sécuriser leur frontière, maintenir l’ordre et garantir l’état de droit », ajoute Olivier Guillard. Au fil des ans, Islamabad a tenté d’inciter son voisin à renforcer sa sécurité, sans succès. En raison de l’impasse diplomatique, les affrontements sporadiques se sont multipliés, avec plus de 70 morts lors d’affrontements en octobre dernier.

Quels sont les autres points de tension ?

Un contentieux historique entoure la frontière entre les deux pays. Surnommée la ligne Durand, cette frontière a été établie durant la période coloniale et n’est jamais pleinement reconnue par Kaboul. Le territoire des Pachtouns a été divisé arbitrairement entre l’Afghanistan et le Pakistan. La crise sécuritaire s’ajoute donc à un contexte territorial et historique déjà tendu, exploité par divers acteurs. « D’un côté, les talibans pakistanais souhaitent contrôler les zones pachtounes et renverser le pouvoir à Islamabad. De l’autre, les talibans afghans contestent cette frontière qu’ils jugent injuste et veulent récupérer une partie du territoire », explique Didier Chaudet.

Face aux défis sécuritaires auxquels le Pakistan est confronté, cette démonstration de force lui permet de reprendre l’initiative. « Tirer parti de cette crise permet à l’armée pakistanaise, gênée par la situation sécuritaire, de se trouver un bouc émissaire pour améliorer son image au sein du pays », détaille Olivier Guillard.

Quelle issue peut-on imaginer ?

Avec une armée de 650 000 hommes et des capacités nucléaires, le Pakistan apparaît comme une puissance militaire face à l’Afghanistan. « Dans un conflit de basse intensité, l’Afghanistan peut poser des problèmes au Pakistan, notamment via des attaques terroristes. Cependant, dans une confrontation plus classique, les forces pakistanaises ont clairement l’avantage », analyse Didier Chaudet. Kaboul en est conscient. Le porte-parole du régime, Zabihullah Mujahid, a souligné leur volonté de trouver une « solution pacifique » et de résoudre les tensions par « le dialogue ».

Cependant, du côté pakistanais, le dialogue, qui n’a jamais vraiment cessé depuis cinq ans, n’a pas donné les résultats escomptés. « Le message de ras-le-bol est clair. Normalement, il ne peut pas demeurer sans réponse de la part des autorités afghanes », note Olivier Guillard.

L’avenir dépendra des véritables intentions d’Islamabad, qui peuvent aller d’une simple pression à un désir délibéré de déstabilisation du régime afghan, espérant que la faction plus modérée des talibans prenne le pouvoir pour s’attaquer enfin au TTP. Néanmoins, une guerre totale semble peu probable, car elle n’offrirait aucun avantage stratégique aux deux parties.