France

Dissolution des groupuscules violents : une bonne ou une mauvaise idée ?

Depuis 2017, près de 50 groupes ont fait l’objet de décrets de dissolution en Conseil des ministres, dont la Jeune garde et Lyon populaire en 2025. La dissolution du groupuscule catholique intégriste Alvarium en 2023 pour « manifestations armées » n’a pas empêché ce dernier de poursuivre ses activités et d’occuper le même local.


Face aux violences des groupuscules, il est essentiel d’agir. Pourtant, la marge de manœuvre des politiques est limitée. C’est pourquoi la dissolution de certaines organisations est souvent privilégiée. Cette mesure a été de plus en plus utilisée par les différents gouvernements depuis 2017. Près de 50 groupes, dont les derniers en date, la Jeune garde – antifasciste – et Lyon populaire – nationaliste révolutionnaire – ont été dissous par décret en Conseil des ministres.

Cependant, depuis mercredi, la Jeune garde est sous le coup d’une enquête ouverte par le parquet de Paris pour reconstitution de groupement dissous, suite à la mort du militant néofasciste Quentin Deranque à Lyon le 14 février. Parallèlement, Lyon populaire, issu du groupe dissous Bastion Social, continue ses activités, selon le média spécialisé StreetPress. Cela soulève la question de l’efficacité de ces mesures prises par les autorités.

Un outil pour casser la dynamique

Concrètement, la dissolution d’une organisation « permet de supprimer son existence officielle, ce qui interdit sa promotion dans l’espace public, l’utilisation d’un lieu et les rassemblements de ses membres », explique Tristan Boursier, docteur en sciences politiques au Cevipof. La dissolution peut également servir les services de sécurité, car elle facilite la « récupération des données sur les personnes impliquées », ajoute Fiammetta Venner, politologue spécialisée dans l’extrême droite. Les groupes dissous voient aussi leurs comptes bancaires suspendus et peuvent être poursuivis par la justice. « Les dissolutions restent un frein avec des pertes financières et organisationnelles », soutient la politologue.

Une dizaine de groupes locaux née de la dissolution de Génération identitaire

Néanmoins, cette mesure ne stoppe pas l’idéologie ni la réorganisation des membres. Plusieurs groupes dissous ont émergé sous d’autres noms. Un exemple notoire est celui de Génération identitaire, un groupuscule d’extrême droite qui a été interdit en 2021, mais qui a ressurgi à travers des dizaines de groupes locaux tels que Les Remparts à Lyon, Argos France, les Natifs à Paris, la Nouvelle droite à Lille ou les Normaux à Rouen.

Il en va de même pour le Groupe union défense (GUD), d’obédience néonazie. Après avoir été mis en sommeil en 2017, il a repris sous les appellations de Bastion social à Lyon et des Zouaves à Paris, deux groupes également dissous qui se sont réorganisés sous Les Lyonnais populaires et GUD Paris. En 2023, la dissolution du groupuscule catholique intégriste Alvarium, pour « manifestations armées », « agissements violents », et provocation « à la discrimination, à la haine ou à la violence », n’a pas empêché la poursuite de ses activités, indique StreetPress.

« Il existera toujours des individus, à l’extrémité gauche comme à l’extrémité droite, qui refusent la démocratie libérale », affirme le politologue Jean-Yves Camus, interrogé par l’AFP, soulignant que les autorités peuvent « contenir leur propension à la violence lorsqu’elle est présente, mais ne peuvent pas les supprimer définitivement ».

« Recrudescence des violences » après les dissolutions

La dissolution envoie un signal : « le gouvernement, l’État vous surveillent », interprète Jean-Yves Camus. Cependant, cela ressemble davantage à une communication politique qu’à un outil efficace pour lutter durablement contre les violences politiques. Car la dissolution ne suffit pas à elle-même. « Elle n’est efficace que si elle fait partie d’une politique plus globale », insiste Fiammetta Venner.

De plus, elle peut parfois avoir des effets contraires. Les membres, une fois dispersés, peuvent passer inaperçus pour les services de renseignement. Lorsque Génération identitaire était exposée au public par des actions souvent spectaculaires, il était plus aisé de surveiller ses membres. La fragmentation territoriale de ce que les autorités appellent « l’ultradroite » peut également « renforcer le sentiment d’appartenance », avertit Jean-Yves Camus.

En outre, « plus un groupe est structuré, plus il cherchera à se prémunir des dissolutions, ce qui le rendra moins enclin à recourir à la violence », estime la chercheuse Marion Jacquet-Vaillant auprès de l’AFP. Les dissolutions peuvent entraîner une recrudescence des violences, ainsi qu’une interconnexion croissante des extrêmes droites entre elles.