Test du CHU de Liège : vous n’êtes pas allergique à la pénicilline ?
Laurence a conservé un papier dans son portefeuille stipulant qu’il ne fallait en aucun cas lui administrer de la pénicilline. Plus de 90% des patients ne présentent en réalité aucune véritable allergie à cet antibiotique.
Une allergie rarement vérifiée
Laurence se remémore son enfance comme si c’était hier. Alors qu’elle était jeune, elle a reçu du fameux Augmentin en tant qu’antibiotique. « Je me suis mise à gonfler et j’ai vu l’effroi dans les yeux de ma mère. Elle a appelé le médecin généraliste qui m’a fait une piqûre et en a déduit que j’étais allergique à la pénicilline », explique-t-elle. Pendant des années, elle a gardé un document dans son portefeuille précisant qu’il ne fallait en aucun cas lui administrer cette substance. Laurence a à nouveau ressenti une forme de paralysie de sa bouche après avoir mangé du Roquefort. Les moisissures du fromage contenant de la pénicilline renforcent son opinion sur son allergie actuelle.
Plus de 90% des patients ne présentent en réalité aucune véritable allergie à cet antibiotique
Comme Laurence, la plupart des patients qui affirment souffrir d’une telle intolérance n’ont en réalité jamais été testés. « La plupart des patients ne se souviennent pas de la manifestation de leur allergie », s’étonne Frédéric Frippiat, professeur de maladies infectieuses et chef de service au CHU de Liège. « Cela nécessite de prendre rendez-vous en allergologie, en dermatologie ou chez certains pneumologues spécialisés. Les délais dépassent souvent les six mois, voire douze, ce qui décourage beaucoup de personnes de passer ces analyses. Ainsi, les gens conservent l’idée d’une allergie à la pénicilline sans que cela ne soit forcément le cas », souligne le Professeur.
Prescrire le traitement le plus efficace possible
Cette suspicion d’allergie a des conséquences sur les traitements. Que ce soit pour une pneumonie, une méningite ou une infection urinaire, la pénicilline est souvent le choix privilégié. « C’est la classe d’antibiotiques la plus couramment utilisée en Europe, dans le monde, en Belgique », poursuit le Professeur Frédéric Frippiat. « Entre 60 et 80% des antibiotiques sont des dérivés de pénicilline au sens large, donc nous nous privons d’emblée du traitement le plus répandu, celui avec lequel nous avons le plus d’expérience et qui est souvent déterminant. »
En conséquence, cela entraîne le risque d’opter pour un traitement de remplacement qui pourrait être moins efficace, avoir davantage d’effets secondaires et coûter plus cher. C’est pourquoi le CHU de Liège a instauré le Pen-FAST.
Une réponse sûre et fiable en 2h30
Le projet Pen-FAST consiste en une consultation en plusieurs étapes. Le patient doit d’abord remplir un questionnaire spécifique. Ensuite, il reçoit deux doses d’Amoxicilline, espacées de 30 minutes, et il reste pendant deux heures à l’hôpital pour toute éventualité. Ce n’est qu’après validation par une infirmière que le patient peut sortir. Une semaine plus tard, il sera recontacté par téléphone pour confirmer qu’aucune réaction n’est survenue, et il obtiendra sa réponse concernant son allergie au produit.
Ce protocole a été mis en place grâce à une collaboration entre les équipes d’infectiologie, de pharmacie et d’allergologie. « Nous n’avons rien laissé au hasard », précise le Professeur Frédéric Frippiat, « nous avons sécurisé toute l’organisation de la consultation. Cela se passe dans des locaux équipés de tout le matériel spécifique nécessaire. En cas de malaise ou de problème, une équipe de médecins et d’infirmiers formés pour cela est présente. »
Démystifier cette notion d’allergie
Concernant l’éventuelle demande pour ce type de consultation, l’équipe du CHU espère un intérêt certain. « Pas seulement pour le succès de cette nouvelle méthode », sourit le Professeur, « mais surtout pour démystifier cette notion d’allergie et ainsi favoriser une bonne utilisation des antibiotiques. »
Frédéric Frippiat rappelle que la Belgique est souvent critiquée pour sa consommation d’antibiotiques, qui est nettement supérieure à la moyenne européenne. « Je crois que cela représente une opportunité pour rationaliser l’utilisation des antibiotiques en général », conclut le spécialiste.

