Belgique

Bernard Delvaux d’Etex : « Réduire nos coûts pour ne pas perdre la souveraineté »

Selon Bernard Delvaux, « les ventes évoluent en fonction du tarif et cette imprévisibilité totale est ce qu’on déteste dans l’industrie. » Il estime également que « la compétitivité est mise à mal à cause du coût de l’énergie et de la main-d’œuvre » et cela s’est « accéléré avec la guerre en Ukraine. »


Avec des tarifs douaniers en constante évolution aux États-Unis, l’incertitude pèse sur les entreprises du monde entier. Bernard Delvaux, CEO d’Etex, souligne : « Même si on est peu présent aux États-Unis, indirectement, ça nous influence. »

Il précise que « les ventes évoluent en fonction du tarif et cette imprévisibilité totale est ce qu’on déteste dans l’industrie. On aime planifier, prévoir et s’organiser. Nos clients n’aiment pas voir nos prix changer. Ça a une influence sur nos décisions d’investissements si on sait qu’on va devoir produire aux États-Unis et moins en Europe. »

La situation devient urgente. Selon Delvaux, « la compétitivité est mise à mal à cause du coût de l’énergie et de la main-d’œuvre. Et cela s’est accéléré avec la guerre en Ukraine, car le gaz russe bon marché a disparu du marché européen et les tarifs en Europe ont explosé. »

Il souligne également : « Il y a un nombre de désavantages compétitifs de l’Europe qui sont de plus en plus apparents. Et qui sont les mêmes. Le coût du travail reste élevé en Europe. Mais aussi le coût de l’énergie. »

Produire en Europe s’avère plus coûteux. Delvaux explique que « cela est renforcé par le coût du CO2. C’est une belle ambition de diminuer l’énergie fossile, mais ça devient un frein si on additionne le tout. La tentation des industriels, c’est de ne plus investir en Europe. »

Certaines entreprises européennes prennent déjà des mesures : « Parfois, on va aller produire pas très loin pour exporter vers l’Europe car ça devient trop cher d’investir chez nous. »

### La problématique chinoise

L’économie chinoise pose également un problème. Delvaux déclare : « L’économie chinoise est en grosse difficulté même si elle annonce des taux de croissance importants. Les chiffres sont douteux. Elle a des capacités de production gigantesques avec des usines modernes et ces usines doivent tourner. Il y a une surcapacité très importante. Politiquement, on doit montrer que ces usines tournent et on va dumper, c’est-à-dire vendre à des prix qui n’ont rien à voir avec les coûts. Et comme une grosse partie ne va plus aux États-Unis, il faut les envoyer ailleurs. »

Malgré des restrictions en Australie, les importations chinoises en Europe sont en augmentation, ce qui pourrait nuire à certaines activités. « Ça devient un problème de souveraineté. Sur certains produits, la Chine a tellement cassé les prix que certains de nos producteurs habituels en Europe ont cessé de les produire. On est donc obligé de se tourner vers la Chine. Ça devient une dépendance pour les prix et la disponibilité. »

### Quelles solutions pour y remédier ?

Bernard Delvaux estime qu’une solution simple serait déjà en place. Il appelle à un « sursaut » : « Il faut réduire nos coûts et en particulier nos coûts de l’énergie. On doit réfléchir au niveau européen sur le coût du carbone. Aujourd’hui, on paie pour ce carbone. Pourquoi ne pas geler ce prix ? Ce serait un premier pas dans la bonne direction. On doit aussi éviter de mettre des coûts supplémentaires. »

Néanmoins, il reconnaît que changer les règles pourrait risquer d’abandonner des objectifs climatiques : « Il faut reconnaître que les mesures mises en place pour le CO2 ne résolvent pas le problème du climat et ne diminuent pas le CO2. Elles poussent l’industrie à produire en dehors de l’Europe dans des conditions qui ne sont pas contrôlées. »

Delvaux prévient que cela résulterait en une perte de valeur, d’emplois et de souveraineté. « Il faut garder ces ambitions, mais constater que ce qu’on a mis en place ne fonctionne pas. On doit peut-être geler ça un moment et mettre en place d’autres choses pour arriver à ces ambitions avec des incitants plutôt qu’avec des contraintes. »

### Une nouvelle feuille de route de la Commission européenne ?

Au-delà de ses préoccupations, Delvaux prône une Europe forte, tout en soulignant la nécessité de changements. « On doit constater que le monde a changé. On doit pouvoir se dire, ‘est-ce que ce que nous avons décidé de faire est en phase avec les besoins ?’ De mon point de vue, non, ça ne fonctionne plus. »

Il appelle à une vision tournée vers l’avenir : « Il faut se tourner vers le futur et changer cette direction. J’espère que cette prise de conscience de la Commission va suivre. Chaque pays a des industries spécifiques avec leurs intérêts, mais il faut différencier les intérêts des industriels et des territoires. En se concentrant sur l’intérêt des territoires, des points communs peuvent être trouvés entre les pays européens. »

Delvaux conclut : « On a l’occasion de revoir le logiciel européen. Passer d’un mode de régulation à une Europe qui gouverne, peut-être pas avec 27 pays, mais avec un nombre limité de pays qui fonctionnent ensemble avec cette coopération renforcée. »