France

Municipales 2026 à Nantes : la gratuité des transports le week-end est-elle vraiment « gratuite » ?

Les Françaises et Français éliront leurs maires les 15 et 22 mars prochains pour les six prochaines années. Johanna Rolland compte maintenir la gratuité des transports en commun le week-end et étendre la tarification solidaire à 15.000 personnes supplémentaires.


Les 15 et 22 mars prochains, les électeurs français voteront pour élire leurs maires pour une durée de six ans. Ce scrutin crucial pour la vie politique nationale a déjà suscité des tensions à travers tout le pays, en attendant le lancement de la campagne officielle fixé au 2 mars.

Au cours des semaines à venir, la rédaction de « 20 Minutes » s’engage à traquer les fake news autour de ces élections municipales, afin d’éclairer au mieux les électeurs au moment de leur vote.

Promesse de campagne de Johanna Rolland, la gratuité des transports en commun le week-end à Nantes, en vigueur depuis 2021, est largement applaudie par les habitants. Toutefois, le principal candidat d’opposition à la maire socialiste souhaite revenir sur cette mesure.

Lors de son premier meeting de campagne en janvier, Foulques Chombart de Lauwe, candidat de la droite et du centre, a évoqué la possibilité d’un référendum sur la gratuité des transports. Il a déclaré que « rien n’est gratuit » et a avancé que ce système entraînait une « hausse de la taxe foncière ». Ses propos se démarquent des autres candidats, soulevant une question importante : Qui finance la gratuité des transports ?

Foulques Chombart de Lauwe a précisé que la prétendue « gratuité » du week-end coûtait entre 15 et 20 millions d’euros par an. Il a cité trois conséquences : « une hausse de la taxe foncière », et « une baisse de la fréquence des bus et des trams ».

Cependant, il convient de nuancer ses propos. Le coût estimé de cette gratuité se chiffre entre « 15 et 20 millions d’euros » par an pour la métropole, d’après Pascal Bolo, vice-président des finances de Nantes métropole et président de la Semitan (société des transports en commun de l’agglomération nantaise).

La Cour des comptes, dans un rapport de septembre 2025, souligne que « l’organisation des transports collectifs urbains (TCU) est sous la responsabilité des collectivités locales qui en fixent le prix ». Étant donné que les recettes tarifaires ne suffisent pas à couvrir l’ensemble des coûts, les collectivités locales recourent à d’autres moyens de financement. Ainsi, « les communes regroupées au sein d’intercommunalités peuvent percevoir une taxe sur la masse salariale des employeurs locaux, appelée versement mobilité, et/ou utiliser leur budget général, financé par les contribuables locaux. »

À Nantes, le financement des transports publics provient d’un budget annexe de Nantes métropole, alimenté par le versement mobilité versé par tous les employeurs de plus de onze salariés et les recettes d’exploitation du réseau. Chaque année, Nantes métropole reverse environ 220 millions d’euros à la Semitan pour financer les transports publics, dont seulement 60 millions proviennent des tarifs.

Pascal Bolo rappelle que depuis l’instauration de la gratuité partielle, il y a eu « une réelle augmentation de la fréquentation les week-ends ». Il précise que cette mesure ne doit pas mettre en péril d’autres projets de développement. Pour Nantes, il serait « inimaginable » que cette gratuité soit appliquée tous les jours, car cela impliquerait de renoncer à l’expansion et à l’entretien du réseau. La Semitan prévoit l’ajout de deux nouvelles lignes de tramway d’ici 2027. Tant que « le budget principal ne vient pas subventionner le budget annexe, il n’y a pas un centime d’impôt de ménage qui paye les transports publics », conclut-il. Les Nantais ne financent donc pas la gratuité par la taxe foncière, mais de manière indirecte, en achetant des titres de transport ou en travaillant pour des employeurs locaux de plus de onze salariés.

À travers la France, la gratuité totale ou partielle des transports en commun est proposée par de nombreux candidats aux élections municipales et est déjà mise en œuvre dans une quarantaine de collectivités, comme à Montpellier, où elle est appliquée pour les 500 000 habitants de la métropole. Cependant, cette mesure semble plus aisément réalisable dans les villes de taille moyenne sans tramways, telles que Châteauroux, Castres, Niort, Dunkerque ou Bourges, qui ont déjà adopté ce modèle.

Le débat se concentre également sur la possibilité d’étendre la gratuité à certaines catégories de la population. À Clermont-Ferrand, le maire sortant Olivier Bianchi (PS) souhaite élargir la gratuité déjà effective le week-end aux moins de 26 ans et aux plus de 60 ans. « On ne peut pas se permettre la gratuité totale, car il faut également développer le réseau », a-t-il argumenté. Son adversaire Julien Bony (LR) a répliqué : « On sort l’artillerie lourde pour aller à la pêche aux voix, mais si ce n’est pas l’usager qui paye, ce sera le contribuable. »

À Nantes, si elle est réélue, Johanna Rolland prévoit de maintenir la gratuité des transports en commun le week-end et d’étendre la tarification solidaire aux 15 000 personnes supplémentaires, en plus de celle déjà en place pour les revenus les plus faibles depuis 2016. Si Foulques Chombart de Lauwe l’emporte, les Nantais pourront décider de la suppression de cette gratuité.