Une tempête de neige « hautement improbable » à Paris et en France ?
Paris, en janvier dans un futur lointain, est recouvert d’un épais manteau blanc avec 237 marches de la Basilique du Sacré-Cœur et plus de 70 cm de neige au pied de la tour Eiffel, rendant la circulation impraticable. Le 22 février, l’état d’urgence a été décrété à New York en prévision d’une vague de froid extrême et de chutes de neige record, confinant sa population d’environ huit millions d’habitants.

À Paris, en janvier, dans un avenir lointain (et très improbable). Une épaisse couche de neige recouvre les 237 marches de la Basilique du Sacré-Cœur, tandis qu’au pied de la tour Eiffel, plus de 70 cm de neige s’accumulent. Les routes sont impraticables. Aucun véhicule n’a visiblement osé s’aventurer sur les voies verglacées de la capitale. Avec des températures très largement en dessous de zéro, certaines parties de la chaussée ressemblent à une patinoire. Les piétons sont également absents. La population a reçu l’ordre de rester chez elle pour éviter tout accident.
Cet scénario catastrophe, totalement fictif, s’inspire largement des événements climatiques qui ont touché New York ces dernières jours. Le 22 février, en prévision d’une vague de froid intense et de chutes de neige exceptionnelles, un état d’urgence a été décrété dans toute la ville, et ses huit millions d’habitants ont été confinés. Seuls quelques déplacements jugés essentiels ont été permis.
En France, des niveaux de neige aussi élevés n’ont été enregistrés que très rarement et il y a longtemps. Le record historique dans l’Hexagone remonte à… soixante-dix ans !
Des tempêtes de neige de plus en plus rares
En février 1956, jusqu’à 80 cm de neige avaient été mesurés entre Saint-Tropez et Bordeaux, après une tempête importante et un froid glacial. À Paris, les plus fortes chutes de neige – environ 40 cm – ont été observées en 1946. Cependant, ces dernières années, les chutes de neige sont devenues presque inexistantes. On a à peine relevé 15 cm à Paris en janvier dernier. Fait exceptionnel, jusqu’à 30 cm ont été mesurés en Charente-Maritime.
« Après 1956, il n’y a pas eu, en France, de phénomènes météorologiques aussi remarquables », déclare Corentin Perrot, météorologue chez Météo-France. « Au-delà du réchauffement climatique, qui raréfie les tempêtes de neige sur notre territoire, la France, contrairement à New York – et plus généralement à la côte est des États-Unis, est beaucoup moins exposée aux vagues d’air arctique », précise le spécialiste.
Un air polaire venu du Canada
Géographiquement située entre les 42,7e et 41e parallèles nord, New York se trouve bien plus « haut » que la France. Dans l’Hexagone, les tempêtes de neige, de plus en plus rares ces dernières années, concernent souvent les zones montagneuses, comme les Alpes ou les Pyrénées, par exemple. Ce fut le cas la semaine dernière avec le passage de la tempête Nils.
De manière plus générale, bordée par l’Atlantique, la Manche et la Méditerranée, la France bénéficie d’un air plus doux que les villes situées à l’est des États-Unis, qui sont exposées à un air polaire en provenance du Canada. « Nous sommes influencés par des courants atlantiques plus modérés, ce qui limite l’influence de cet air polaire sur le pays », précise-t-il. Il semble donc « hautement improbable » qu’un événement aussi intense que celui qui touche actuellement New York se produise en France maintenant ou dans les prochaines années.
Une nouvelle plutôt positive pour la France et pour Paris. En effet, si la capitale devait être touchée par une tempête semblable à celle qui a frappé New York, elle aurait beaucoup de mal à faire face.
Une gestion des situations neigeuses complexe
À Paris, ce sont les services de propreté (STPP) de la ville qui interviennent lorsque la mairie émet une alerte lors d’épisodes neigeux intenses. Ces services, sollicités sur décision exceptionnelle, sont chargés de déneiger et de sécuriser les voies de circulation. Dans la plupart des cas, un salage préventif est réalisé la veille ou l’avant-veille. Parallèlement, la préfecture de police de Paris (PPP) active le plan neige-verglas, qui comporte trois niveaux d’urgence, dont le plus haut degré d’alerte a été déclenché en janvier dernier.
« Le préfet de police dispose d’un arsenal de mesures pour faire face à ce type de situation. De plus, comme dans le cadre d’une crue de la Seine, des renforts militaires pourraient être mobilisés en Île-de-France, en complément des moyens civils », explique la PPP à 20 Minutes.
Une autre série de mesures exceptionnelles pourraient être envisagées, comme « la suspension des vols aériens, le recours massif au télétravail, un appel à la population à limiter ses déplacements, la fermeture de certains services publics, ou encore celle de certains axes routiers ». Toutefois, contrairement à New York, « l’état d’urgence n’a jamais été déclaré en France pour faire face à une catastrophe naturelle », affirme-t-elle.
15 cm de neige, « c’est le maximum que l’on aura »
La plus grande difficulté à laquelle Paris serait confrontée si elle devait être submergée par la neige serait probablement « un ralentissement général de l’activité, principalement dû aux restrictions de circulation des véhicules », explique la PPP. Des problèmes d’approvisionnement pourraient également apparaître si cette situation se prolongeait.
D’autant plus que « le matériel dont nous disposons n’est pas conçu pour des événements comme celui qui a lieu à New York, car c’est tout simplement improbable », précise à 20 Minutes Antoine Guillou, adjoint à la Maire de Paris en charge de la propreté de l’espace public, de la réduction des déchets, du réemploi, du recyclage et de l’assainissement.
La Ville, comme les autres communes de France, possède un équipement destiné à être utilisé dans un contexte de « probabilité raisonnable. Nous évaluons donc les épisodes neigeux chroniques et les phénomènes météorologiques les plus susceptibles de se produire. Les 15 cm que nous avons eus en janvier, c’est le maximum que nous atteindrons », précise l’adjoint. L’objectif est également de « ne pas surinvestir dans du matériel qui ne servirait jamais », ajoute-t-il.
Pour Antoine Guillou, le risque le plus inquiétant à Paris (et le plus probable) demeure les inondations. « Il s’agit de la crue de la Seine. Nous avons développé une stratégie de résilience, en collaboration avec l’État et d’autres acteurs institutionnels, pour anticiper ces risques et être en mesure d’y faire face ».

