Températures printanières en février : une mauvaise nouvelle pour les vergers
La période de dormance hivernale des arbres fruitiers est » vraiment raccourcie « , ce qui devient » source de stress » pour eux, selon Guillaume Mahieu. Il est possible de protéger un verger contre le gel pendant trois à quatre nuits, mais au-delà, les agriculteurs doivent se résoudre à perdre leur récolte.
Des températures printanières en plein mois de février apportent une douceur bienvenue pour le moral, mais soulèvent de vives inquiétudes pour les agriculteurs, notamment pour les producteurs de pommes et de poires tel que Guillaume Mahieu, qui déclare : « Les cycles sont chamboulés. » Selon le propriétaire des Vergers de Barry, la période de dormance hivernale, cruciale pour le repos des arbres, est « vraiment raccourcie », devenant ainsi une « source de stress » pour les arbres fruitiers. Ce phénomène climatique s’ajoute aux sécheresses, aux inondations et aux épisodes de grand froid, perturbant un peu plus les récoltes habituelles, avec une récolte de pommes qui commence désormais à mi-août au lieu de fin août comme il y a quelques années.
Concernant ce redoux, le principal risque réside dans une reprise végétative précoce. « La reprise végétative est beaucoup trop rapide, les bourgeons risquent d’apparaître beaucoup trop tôt alors que l’hiver est loin d’être terminé. Nous ne sommes qu’en février, il y a des risques de gelées jusqu’au mois de mai. » En cas de gel après la reprise de la végétation, les conséquences peuvent être graves : « Qui dit gelée sur une végétation qui a repris dit perte de rendement et perte de production. » Quand la floraison est avancée, le nombre potentiel de nuits à risque augmente, et protéger un verger contre le gel pendant plusieurs nuits consécutives peut coûter jusqu’à 600 euros par hectare. Bien que la protection soit envisageable sur quelques nuits, trois ou quatre, il devient impossible de le faire sur une période prolongée, obligeant ainsi les agriculteurs à se préparer à perdre leur récolte.
Cette douceur inhabituelle entraîne également un bouleversement dans l’organisation du travail. « Ça nous met dans un rush, en fin d’hiver, qui n’est pas habituel, » explique Guillaume Mahieu. Les opérations de taille, qui sont d’ordinaire étalées, doivent être accélérées : « Là où normalement on a encore un mois pour les finir, ici on va devoir s’adapter : on était cinq normalement et là on va passer à dix pour ces prochains jours. » Les cycles se compressent, les récoltes s’avancent et toute la logistique doit s’ajuster. « Tout notre travail est condensé sur des périodes plus courtes et plus intenses, » avec des problèmes de recrutement pendant l’été, puisque tout se concentre désormais entre juin et mi-septembre.
Pour les professionnels du secteur, il ne s’agit plus d’un phénomène isolé mais d’une tendance profonde. « C’est le changement climatique dans la vie de tous les jours, » soutient le fruiticulteur. Entre chaleurs précoces, gels tardifs, sécheresses et orages violents, « tout est tellement extrême que les végétaux ont beaucoup de mal à s’adapter à la nouvelle donne. »
Ainsi, derrière cette parenthèse printanière de quelques jours se profile une réalité plus préoccupante et de longs mois d’angoisse pour les producteurs de fruits.

