Belgique

Le goût amer du gaspillage alimentaire en 2023

Le 26 juillet 2015, en pleine Foire de Libramont, les ministres wallons Di Antonio, Collin et Prévot annoncent le lancement du plan REGAL, qui comporte 17 mesures pour la réduction du gaspillage alimentaire, avec un objectif de diminuer de 30% les pertes de nourriture d’ici 2025. Selon les dernières données d’Eurostat (2023), la moyenne du gaspillage alimentaire dans l’Union européenne est restée stable à 130 kilos par an et par habitant, tandis que le Belge jeterait 146 kilos de nourriture chaque année.

Un vaste plan, pas de bilan

Le 26 juillet 2015, lors de la Foire de Libramont, les ministres wallons Di Antonio, Collin et Prévot annoncent le lancement du plan REGAL. Ce plan comprend 17 mesures visant à réduire le gaspillage alimentaire, avec pour objectif de diminuer de 30% les pertes alimentaires à chaque étape de la chaîne, du producteur au consommateur ou restaurateur. La date limite pour atteindre cet objectif est fixée à 2025.

Pour évaluer l’efficacité de ce plan, nous avons contacté le cabinet du ministre Yves Coppieters (Les Engagés), qui est désormais responsable de la lutte contre le gaspillage alimentaire. Cependant, il apparaît qu’aucun bilan n’est encore disponible, rendant impossible toute évaluation des avancées en Wallonie.

« Si un jour vous trouvez ces résultats, n’hésitez pas à me les communiquer. C’est vrai qu’à mon sens, un certain nombre de réglementations sont mises en place, mais les éléments de suivi ne sont pas présents ou implémentés tels qu’ils devraient l’être », explique Isabelle Charry, professeure de marketing à l’UCLouvain, régulièrement consultée pour ce genre de plan.

À défaut de données wallonnes, nous avons recherché des statistiques au niveau européen. Selon les dernières données d’Eurostat (2023), aucun pays membre de l’Union n’a réussi à réduire son gaspillage alimentaire au cours des dix dernières années. La moyenne est restée stable à 130 kilos par an et par habitant, tandis que le Belge jette en moyenne 146 kilos de nourriture par an, faisant de notre pays l’un des moins performants en la matière.

Cette estimation inclut l’ensemble des pertes alimentaires provenant de divers secteurs : agriculture, industrie, distribution et ménages. Chacun est responsable du gaspillage à sa façon, mais les responsabilités sont souvent renvoyées d’un acteur à l’autre, les supermarchés et les consommateurs étant généralement blâmés.

Alors nous sommes allés faire les courses avec Sylvie Mattart, mère de deux enfants et home organizer à Andenne. Elle a pour habitude de planifier ses repas hebdomadaires et de dresser sa liste de courses en fonction de ce qu’il reste dans son réfrigérateur.

« Au départ, je ne le faisais pas spécialement pour limiter le gaspillage. C’était surtout pour gérer mon budget, pour éviter de jeter de la nourriture qu’on a payée », confie-t-elle.

Cette approche lui permet de respecter ses décisions d’achat tout en évitant les tentations liées aux promotions du rayon. Les slogans tels que « Achetez en promo », « Profitez de nos offres exceptionnelles » ou « Nos petits prix » sont autant de techniques marketing qui peuvent inciter au gaspillage chez les consommateurs.

Nouvelles pistes pour les invendus

La grande distribution se heurte également à la problématique du gaspillage alimentaire. En effet, il est souvent difficile d’estimer la demande des clients en termes de quantités. Pour éviter des rayons trop vides, les supermarchés doivent gérer leurs excédents et invendus, tant que ceux-ci restent consommables.

Autrefois, le don aux associations caritatives était la solution privilégiée. Actuellement, de nouvelles options antigaspi sont disponibles pour les magasins d’alimentation, épiceries et boulangeries. Des applications comme Happy Hours Market récupèrent les invendus pour les revendre à prix réduit, tandis que Too Good To Go met en relation consommateurs et magasins.

Bien que chaque acteur affirme prendre des mesures pour lutter contre le gaspillage, les résultats demeurent mitigés. Des montagnes de déchets alimentaires continuent d’être produites chaque seconde. Une nouvelle directive européenne impose dorénavant à chaque État membre de réduire le gaspillage alimentaire de 30% d’ici 2030.