Maroc

Départs individuels ou maturité institutionnelle : quel choix faire ?

L’Union socialiste des forces populaires ne repose pas sur des individualités interchangeables, mais sur une architecture institutionnelle consolidée par des congrès réguliers, des instances élues, une implantation territoriale réelle et une culture militante façonnée par des décennies de lutte démocratique. Le douzième Congrès national de l’USFP a marqué une étape de consolidation : renouvellement maîtrisé des instances, articulation entre expérience militante et génération montante, clarification des priorités politiques.


**Derrière le bruit, une bataille de récits**

À chaque départ d’un militant politique, les médias s’emballent. Les termes “fragilité”, “recomposition”, voire “déclin” circulent à une vitesse qui devance toute analyse, comme si la vie d’un parti se résumait au départ d’un individu.

Un parti politique est-il constitué d’itinéraires individuels ou est-il une construction institutionnelle ancrée dans l’histoire ? Pourquoi l’adhésion est-elle souvent passée sous silence, alors que le départ devient immédiatement un indicateur supposé de crise ?

« L’Union socialiste des forces populaires ne repose pas sur des individualités interchangeables. Elle repose sur une architecture institutionnelle consolidée par des congrès réguliers, des instances élues, une implantation territoriale réelle et une culture militante façonnée par des décennies de lutte démocratique. »

Cette asymétrie n’est pas anodine. Elle participe à une bataille narrative où l’émotion prime sur l’analyse et où l’immédiateté surpasse la vision structurelle. C’est cette confusion qu’il convient de lever.

**La liberté politique n’est pas un symptôme institutionnel**

Dans toute démocratie digne de ce nom, le droit d’adhérer ou de quitter un parti est fondamental. Il s’agit d’un choix personnel qui ne devrait être ni diabolisé ni instrumentalisé.

Un militant peut estimer que son parcours doit évoluer, et ce choix lui appartient. Il ne peut être interprété comme un diagnostic collectif ou un signal systémique.

« L’Union socialiste des forces populaires ne repose pas sur des individualités interchangeables. Elle repose sur une architecture institutionnelle consolidée par des congrès réguliers, des instances élues, une implantation territoriale réelle et une culture militante façonnée par des décennies de lutte démocratique. »

La solidité d’un parti ne se mesure pas à ses fluctuations individuelles, mais à la constance de sa direction, à la cohérence de son projet et à sa capacité à intégrer le pluralisme interne sans se diviser. Cette pérennité est liée à une variable essentielle : la maîtrise du temps politique.

**Le temps de la construction face à la tentation de l’accélération**

Toute organisation structurée fonctionne selon une temporalité exigeante. La progression y est cumulative, encadrée, et fondée sur l’expérience et la responsabilité.

À l’approche des élections, les ambitions se tendent et les calculs se multiplient. Certains peuvent être tentés par une accélération stratégique, une quête de visibilité immédiate ou des repositionnements rapides.

Ce phénomène n’est ni exceptionnel ni alarmant. Il est inhérent à la compétition politique. Ce qui serait préoccupant, cependant, serait la perte de cohérence structurelle.

L’histoire de l’Union socialiste montre le contraire. Les phases de tension ont souvent été des moments de clarification idéologique et de renforcement organisationnel. La résilience ne se proclame pas : elle se prouve dans la continuité.

Un parti mature ne se définit pas par l’absence de mouvements internes, mais par sa capacité à les gérer sans dévier de sa trajectoire. Limiter l’analyse à ceux qui partent serait incomplet.

« L’Union socialiste n’est ni une plateforme opportuniste ni une organisation conjoncturelle. Elle est une institution politique structurée, capable d’assumer le débat interne sans céder à la fragmentation. »

**Ce que l’on omet : la dynamique d’adhésion et de renouvellement**

Le regard des médias privilégie le spectaculaire et néglige le travail silencieux. Cependant, les structures locales et sectorielles se renforcent. De jeunes cadres, des femmes engagées et des profils divers rejoignent les instances territoriales. Les débats internes deviennent plus structurés et les réunions se multiplient. La formation politique s’approfondit.

Le douzième Congrès national de l’USFP a marqué une étape de consolidation : un renouvellement maîtrisé des instances, une articulation entre expérience militante et génération montante, et une clarification des priorités politiques. Un parti qui organise sa relève, structure sa transmission et prepare l’avenir ne peut pas être réduit à une lecture conjoncturelle.

Cette dynamique organisationnelle prend tout son sens si elle s’inscrit dans une perspective stratégique claire.

**La véritable ligne de fracture : le projet politique**

La question centrale n’est pas organisationnelle, mais stratégique. Quelle lecture des déséquilibres économiques et sociaux ? Quelle réponse aux inégalités territoriales ? Quelle conception du rôle de l’État face à la concentration du pouvoir ?

Le séminaire consacré au développement équitable a illustré la profondeur du débat interne : réforme fiscale, justice sociale, protection sociale, école publique, investissement productif, régulation économique. La dynamique actuelle vise à structurer une alternative crédible, articulant justice sociale, responsabilité budgétaire et renforcement institutionnel. C’est sur ce terrain que se mesure la maturité d’un parti d’opposition, et non au parcours individuel de ses membres.

**Défendre la cohésion, défendre le pluralisme**

L’Union socialiste n’est ni une plateforme opportuniste ni une organisation conjoncturelle. Elle est une institution politique structurée, capable d’assumer le débat interne sans céder à la fragmentation. Le bruit médiatique engendre des impressions, alors que la continuité génère de la crédibilité.

Réduire un parti d’opposition organisé à quelques mouvements individuels affaiblit le pluralisme démocratique. Dans un contexte de concentration du pouvoir et de marginalisation des contre-pouvoirs, fragiliser l’opposition organisée appauvrit le débat public.

La question décisive n’est donc pas celle de qui part, mais plutôt celle de qui prend la responsabilité de construire, dans la durée, une alternative politique structurée et cohérente pour le pays. C’est à cette exigence que répond la dynamique actuelle.

**Par Mohamed Assouali**
*Membre du Bureau politique
Secrétaire provincial à Tétouan*