Accusée d’arnaque, Donut Lab affiche sa batterie solide « miracle » en 5 minutes : des doutes demeurent.
La start-up finlandaise Donut Lab a présenté ses premiers résultats indépendants concernant sa batterie à état solide. Les tests du centre de recherche VTT en Finlande montrent que la cellule de 26 Ah atteint 80 % de charge en 9,5 minutes à 5C, et en moins de cinq minutes à 11C, mais le temps pour une charge complète dépasse les sept minutes.

Depuis sa présentation au CES de Las Vegas début 2026, Donut Lab a suscité un fort intérêt dans le domaine des batteries. La promesse ? Une batterie à état solide capable de se recharger complètement en cinq minutes, avec une densité énergétique de 400 Wh/kg et une longévité de 100 000 cycles.
Ces chiffres, mis en perspective, pourraient impressionner n’importe quel ingénieur en électrochimie. En effet, aucune technologie commerciale actuelle ne combine ces trois performances simultanément. Les règles tacites du secteur impliquent généralement de compenser une performance par une autre, par exemple la densité contre la longévité, ou la rapidité contre la stabilité.
Une stratégie de buzz maîtrisée
Face aux doutes prévisibles de l’industrie, comprenant notamment le critique Yang Hongxin, directeur du fabricant chinois Svolt, qui a qualifié l’ensemble de « d’arnaque potentielle », Donut Lab a choisi une approche audacieuse : laisser les critiques se manifester avant de présenter ses preuves.
Cette stratégie, assumée par Marko Lehtimäki, CEO et cofondateur de la société, vise à laisser les voix les plus affirmées déclarer que cette technologie est impossible, pour mieux les contredire par la suite face au grand public.

Cette démarche est astucieuse, peut-être même trop. Bien que la stratégie marketing flirte avec la manipulation de l’opinion, elle révèle une réalité inhérente au secteur : la validation d’une batterie innovante peut prendre des mois, voire des années, pendant lesquelles concurrents, investisseurs et médias ne restent pas inactifs. En capitalisant sur l’impatience collective, Donut Lab a réussi à obtenir une visibilité mondiale à moindre coût sans avoir encore fourni de résultats définitifs.
Les résultats des tests finlandais
C’est dans ce contexte tendu que le centre de recherche VTT en Finlande a publié ses premières mesures indépendantes sur une cellule de 26 Ah. Les résultats sont prometteurs, mais pas totalement concluants.
À une intensité de décharge de 5C, la cellule atteint 80 % de charge en 9,5 minutes et 100 % en 12 à 13,5 minutes selon le refroidissement, ce qui correspond aux attentes dans des conditions optimales. Cependant, à 11C, bien que les 80 % soient atteints en moins de cinq minutes, la charge complète dépasse sept minutes. Ainsi, l’objectif de cinq minutes pour une charge totale reste hors d’atteinte dans les conditions testées.
Il convient de noter qu’un moment délicat s’est produit : lors du sixième test, la température de surface de la cellule a atteint 90 °C avec un seul côté refroidi, nécessitant une pause de quatre minutes avant de reprendre. Bien que cela ne remette pas en cause la technologie, cela souligne l’énorme fossé entre un laboratoire et une application industrielle.
Une aventure à suivre de près
Donut Lab promet de publier progressivement ses résultats complets dans le cadre d’une campagne sobrement intitulée « I Donut Believe ». Une touche d’autodérision appréciable.

Mais derrière le jeu de mots se profile une question essentielle : la start-up aura-t-elle la capacité industrielle et financière de transformer ses cellules prometteuses en batteries de série ? C’est ici que se dérouleront les véritables défis de ce secteur, et non pas dans les salles de conférence du CES, ni même dans un laboratoire en Finlande.
En attendant, Donut Lab a atteint son objectif : elle est au centre des discussions. Cela n’est pas négligeable. Cependant, dans l’industrie automobile, les promesses ne suffisent pas à faire avancer les choses.

