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Cuba : Coupures de courant et pénurie d’essence, vie « compliquée » pour les habitants

Depuis janvier, Cuba fait face à une crise énergétique majeure, avec des coupures de courant prolongées et une vente de diesel suspendue sur une île de 9,6 millions d’habitants. Selon une étude du cabinet de consultant cubain Auge, 96,4 % des petites et moyennes entreprises privées, soit plus de 8.900 entreprises, sont touchées de façon « sévère » à « catastrophique » par la pénurie de carburant.


« Les temps sont compliqués ». À Cuba, la crise énergétique majeure qui sévit dans le pays depuis janvier impacte le quotidien des citoyens. Des coupures de courant prolongées, un transport réduit, des emplois menacés et une hausse des prix… Voici les quatre principales difficultés rencontrées sur l’île, où l’état des réserves de carburant demeure incertain.

Le transport limité
Sur l’île de 9,6 millions d’habitants, la vente de diesel est désormais suspendue et l’essence est fortement rationnée. Les propriétaires de véhicules peuvent accéder à 20 litres d’essence via une application dédiée à la gestion de la distribution, un processus qui peut s’étendre sur plusieurs mois. Pendant ce temps, le transport public a été considérablement réduit, entraînant un doublement des tarifs des quelques taxis privés encore en circulation à La Havane, ainsi que ceux des triporteurs électriques utilisés pour le transport collectif.

« Les temps sont compliqués », déclare Yixander Diaz, chauffeur de taxi devenu maçon, qui vit dans un quartier périphérique de La Havane. Il se rend à vélo au centre-ville pour travailler, transportant ses outils et matériaux sur sa bicyclette. Cet homme de 27 ans a dû « ranger la moto, la voiture et prendre le vélo » afin de revenir à son ancienne profession et « continuer à survivre » pour nourrir ses deux enfants.

Les emplois menacés
Le gouvernement a affirmé qu’il maintiendrait les salaires des employés de l’État à 100 % pendant au moins un mois suite à l’annonce d’un ensemble de mesures destinées à économiser l’électricité et le carburant, incluant le télétravail et la semaine de quatre jours. Cependant, le ralentissement de l’activité économique impacte déjà les entreprises privées, les travailleurs indépendants et les petits emplois informels.

D’après une étude du cabinet de conseil cubain Auge, 96,4 % des petites et moyennes entreprises privées, soit plus de 8 900 sociétés, sont touchées de manière « sévère » à « catastrophique » par la pénurie de carburant.

Des coupures d’électricité
La production de brut à Cuba n’est suffisante que pour assurer le fonctionnement des centrales thermiques chargées de générer de l’électricité. Le manque de diesel paralyse les générateurs qui soutiennent cette production. Entre le 1er janvier et le 15 février, la disponibilité d’électricité a chuté de 20 % par rapport à 2025, une année où Cuba avait à peine comblé la moitié de ses besoins, selon des données officielles compilées et analysées par l’AFP.

Toutefois, cette diminution est atténuée par une hausse significative de la production d’énergie solaire depuis le début de 2026, par rapport à 2025 (+ 42,3 %), selon les mêmes analyses.

Une hausse des prix
L’augmentation du prix du carburant et la pénurie de transports ont fait grimper le coût de produits tels que l’huile dans les commerces privés, ainsi que certaines denrées agricoles, ce qui rend l’offre déjà limitée encore plus onéreuse dans un pays qui importe 80 % de sa nourriture.

Luis Amauri Morales, 52 ans, vendeur ambulant de fruits et légumes, admet que ces produits frais deviennent chaque jour plus coûteux. « La pénurie peut arriver » si la crise du carburant et l’augmentation du prix du pétrole se poursuivent, craint-il, alors qu’un litre d’huile coûte 5 dollars sur le marché noir.

Dans le quartier Centro, Yordan Gonzalez, 20 ans, employé dans un petit kiosque vendant des fruits et légumes ainsi que quelques denrées importées, ressent aussi les conséquences de cette pénurie. « Nous commençons à travailler à neuf heures du matin et à midi nous devons déjà fermer, parce qu’il n’y a pas de marchandise » et « il n’y a pas de carburant » pour en approvisionner davantage. Au port de Mariel, le port commercial de La Havane, les conteneurs s’accumulent en raison du manque de diesel pour distribuer les marchandises, selon une source du secteur rapportée par l’AFP.