Belgique : Un millier de riverains porte plainte contre 3M pour pollution
Un millier de riverains d’une usine chimique 3M réclament des indemnisations pour exposition aux rejets de composants de la famille des PFAS. Le procès, prévu sur trois jours à partir de mardi après-midi à Anvers, se tient devant un juge de paix, qui devra juger 3M responsable de « troubles de voisinage excessifs ».
Un géant américain est confronté à la justice belge. Ce mardi, un procès débute où un millier de résidents d’une usine chimique 3M demandent des indemnisations à l’exploitant après avoir été exposés pendant des années à des rejets de composants issus de la famille des PFAS.
L’usine, située à Zwijndrecht, près du port d’Anvers, est en plein cœur d’un scandale depuis 2021, lorsque des niveaux de pollution anormaux dans les eaux souterraines et les sols ont été révélés lors d’un chantier routier à proximité du site.
Une campagne de prélèvements sanguins a ensuite confirmé que de nombreux habitants étaient exposés à une concentration très élevée de PFOS, l’un des nombreux composants chimiques de cette famille de « polluants éternels ». Le groupe 3M, connu pour ses produits comme le Scotch et les Post-it, affirme ne plus produire de PFAS dans cette usine depuis 2024. Cependant, ces substances chimiques per- et polyfluoroalkylées mettent des milliers d’années à se décomposer dans l’environnement.
Les PFAS sont largement utilisés par l’industrie dans les cosmétiques, les ustensiles de cuisine et les emballages en raison de leurs propriétés antiadhésives, imperméabilisantes et de leur résistance à la chaleur. Ils peuvent avoir des effets néfastes sur la santé, entraînant une augmentation du taux de cholestérol, certains cancers, ainsi que des impacts sur la fertilité et le développement des fœtus.
Le procès, qui se déroulera sur trois jours à partir de mardi après-midi à Anvers, se tiendra devant un juge de paix. Les plaignants demandent que 3M soit jugé responsable de « troubles de voisinage excessifs », et réclament des indemnités compensatoires. Geert Lenssens, l’avocat représentant le collectif, souligne qu’en 2023, une famille considérée comme victime de la pollution a déjà obtenu justice devant ce même juge, entraînant une augmentation du nombre de riverains participant à la procédure.
Représentant environ 1.400 plaignants, Me Lenssens demande pour chacun d’eux 20.000 euros de « compensation provisionnelle » pour anticiper leurs besoins futurs, ce qui représente près de trente millions d’euros au total.
Me Lenssens met en avant l’importance de cette affaire, soulignant qu’une maladie peut mettre des dizaines d’années à se déclarer, comme observé avec l’amiante. Un autre type de préjudice potentiel qu’il identifie est la perte de valeur d’une maison lors de sa revente. Après que les plaignants auront exposé leurs arguments, le juge entendra ceux du groupe américain. La décision ne sera pas attendue avant au moins un mois après la dernière audience, prévue jeudi.
Contacté par l’AFP, le groupe 3M a rappelé qu’il était en train de mener une vaste opération de dépollution des sols à Zwijndrecht, conformément à un accord signé en 2022 avec les autorités flamandes. En juillet 2022, le gouvernement régional avait annoncé un accord amiable avec 3M Belgique, selon lequel l’industriel s’engageait à investir un demi-milliard d’euros dans des mesures de « réparation ».
Cinq mois plus tard, 3M, déjà impliqué dans des procédures judiciaires liées aux PFAS aux États-Unis, a annoncé qu’il cesserait l’utilisation de ces substances chimiques dans tous ses processus de fabrication d’ici fin 2025. À Anvers, la procédure civile devant le juge de paix a été lancée parallèlement à une enquête pénale toujours en cours. Le collectif de plaignants s’est nommé « Darkwater3M », en référence au film « Dark Waters », qui retrace le combat judiciaire mené aux États-Unis contre le groupe DuPont après la contamination d’un réseau d’eau potable par de l’acide perfluorooctanoïque (PFOA).

