Belgique

Chikungunya, dengue, Zika : des virus tropicaux pourraient s’implanter ici.

Les moustiques tigre, présents principalement dans le Sud de l’Europe, ont été signalés dans sept communes de Belgique l’année dernière. Selon une étude en prépublication du laboratoire d’épidémiologie spatiale de l’ULB, les conditions environnementales en Belgique pourraient être deux fois plus propices à la circulation de virus comme le chikungunya d’ici la fin du siècle.


Vous en avez probablement aperçu lors de vos vacances. Petits et discrets, les moustiques tigres piquent même pendant la journée : leur présence en Europe, principalement dans le Sud, est en augmentation. En Belgique, leur présence a été signalée dans sept communes l’année dernière.

Le problème avec ces moustiques est qu’ils sont de redoutables vecteurs de virus tels que la dengue, le chikungunya et le Zika. Avec des hivers de moins en moins froids, les conditions climatiques deviennent favorables à leur installation durable ainsi qu’à celles des maladies qu’ils transmettent. Une étude en prépublication du laboratoire d’épidémiologie spatiale de l’ULB mentionne que, pour la Belgique, « d’ici la fin du siècle, les conditions environnementales pourraient être deux fois plus propices à la circulation de ces virus », souligne Kyla Serres, doctorante dans ce laboratoire.

Actuellement concentrés dans le sud de l’Europe, les moustiques tigres pourraient voir leur aire de répartition s’étendre. « Pour l’instant, les régions à risque se situent surtout dans le bassin méditerranéen, dans le golfe de Gascogne et sur la côte Adriatique. Ces zones risquent de devenir trop chaudes pour le moustique tigre, qui pourrait remonter vers le nord », précise Kyla Serres. Parmi les virus étudiés, « on a tendance à voir que le chikungunya serait plus adapté aux moustiques tigres européens. »

Le chikungunya n’est pas un virus anodin. Ses symptômes, tels que forte fièvre, douleurs musculaires et articulaires intenses, ainsi qu’éruptions cutanées, peuvent varier selon les individus. Les douleurs articulaires peuvent persister durant plusieurs mois, voire des années. Selon l’Institut Pasteur, en langue Makondée (un peuple d’Afrique australe), chikungunya signifie « qui marche courbé en avant », en raison de la posture des malades affectés par des douleurs articulaires.

En Belgique, les cas de chikungunya signalés sont principalement importés. « Pour l’instant, il est uniquement introduit via des voyageurs en provenance de pays où le virus circule toute l’année, des pays tropicaux ou subtropicaux », précise Wim Van Borstel, entomologiste médical à l’Institut de médecine tropicale.

Cependant, les cas de transmission locale via les moustiques tigres, et non importés par des voyageurs, se rapprochent de nos frontières. L’année dernière, des centaines de cas de chikungunya ont été rapportés en France Métropolitaine, un record.

« Les modèles de niche, basés sur les projections climatiques futures, suggèrent que la propagation du moustique tigre dans les régions septentrionales de l’Europe se poursuivra, avec une forte probabilité d’implantation sur la majeure partie du continent, augmentant ainsi le potentiel de transmission du chikungunya », selon une étude britannique sur ce virus.

L’étude a révélé que la transmission du virus chikungunya peut se faire à des températures inférieures à ce qui avait été établi auparavant, « ce qui suggère une transmission possible dans la majeure partie de l’Europe » durant l’été, expliquent les chercheurs. La température seuil de transmission se situe entre 13 et 14°C. La transmission par le moustique tigre serait donc « hautement probable en Europe de mai à octobre, avec un pic en juillet et août ». D’après les chercheurs britanniques, « environ 50% du territoire européen serait propice à la transmission du virus durant cette période ».

Parmi les pays à risque élevé (transmission de mai à novembre) figurent l’Italie, l’Albanie, l’Espagne, le Portugal et Malte. Quant aux pays à risque modéré (transmission de mai à septembre), on retrouve la France, l’Allemagne, les Pays-Bas, le Luxembourg et, sans surprise… la Belgique.

Faut-il s’inquiéter ? Pour l’instant, pas réellement, rassure Wim Van Borstel. « Pour l’instant, en Belgique, le risque pour la transmission de ce virus reste très bas. » Bien que le moustique tigre soit présent, il n’est pas encore largement établi dans le pays.

Néanmoins, le risque demeure pour les décennies à venir. « Des transmissions locales ont déjà eu lieu en France. L’année dernière, il y a même eu un cas local à Paris, donc c’est un risque non négligeable, nous sommes juste à côté », indique Kyla Serres du laboratoire d’épidémiologie spatiale de l’ULB.

Si toutes les conditions ne sont pas encore réunies pour une circulation active du chikungunya en Belgique, ce risque ne doit pas être exclu à l’avenir. La surveillance de la présence du moustique tigre est donc essentielle pour protéger la population.

Sciensano et l’Institut de médecine tropicale ont ainsi développé la plateforme web « Surveillance moustiques ». Les citoyens belges peuvent y signaler la présence d’un moustique tigre. « La détection précoce de nouveaux sites avec des moustiques tigres permettra de mettre en place des actions de contrôle et de prévention afin de retarder son établissement, et par conséquent, de prévenir l’apparition de maladies transmises par les moustiques », peut-on lire sur le site de Sciensano.

« Limiter complètement le risque, c’est impossible, car on vit dans un monde hyperconnecté », souligne Kyla Serres. « Donc une bonne surveillance est nécessaire. Et pour le moment, c’est ce que nous faisons en Europe. »

En Belgique, une surveillance active sur le terrain est gérée par l’Institut de médecine tropicale, qui utilise des pièges à moustiques et effectue des collectes de larves pour surveiller la présence de ce moustique tigre et anticiper l’apparition potentielle de maladies tropicales dans notre pays.