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Guerre en Ukraine : quatre ans après, pertes massives et issue incertaine

Selon une étude du Center for Strategic and International Studies (CSIS), près de deux millions de soldats auraient été tués, blessés ou portés disparus depuis le début de la guerre en Ukraine, avec 600 000 victimes du côté ukrainien et 1,2 million du côté russe. Le CSIS estime qu’entre 275 000 et 325 000 soldats russes ont été tués sur le champ de bataille entre février 2022 et décembre 2025.


Près de deux millions de soldats auraient été tués, blessés ou portés disparus depuis le début de la guerre en Ukraine, selon une étude du Center for Strategic and International Studies (CSIS), un think tank basé à Washington. Ce dernier estime les victimes à 600 000 du côté ukrainien et 1,2 million chez les Russes.

« Aucune grande puissance n’a connu, et de loin, un tel nombre de blessés ou de morts depuis la Seconde Guerre mondiale, » souligne l’étude. Ces chiffres impressionnants interviennent alors que les deux camps verrouillent leurs communications et ne diffusent que peu d’informations.

### Entre 55.000 et 140.000 soldats morts pour l’Ukraine

Le 4 février dernier, Volodymyr Zelensky a déclaré sur France 2 qu’environ 55 000 militaires ukrainiens étaient tués sur le front. Un bilan officiel qui doit être pris avec précaution. En réalité, le chiffre serait bien plus élevé. Fin janvier, le CSIS a évalué entre 100 000 et 140 000 soldats ukrainiens décédés depuis le début du conflit.

Pourquoi une telle différence ? Le gouvernement ukrainien publie principalement les morts « confirmés » sur le champ de bataille. Les estimations indépendantes incluent également les soldats disparus ou ceux morts après évacuation médicale. « Un certain nombre de morts sont aussi tout simplement abandonnés, notamment lorsqu’il y a une offensive. Tant que le corps n’a pas été trouvé, il n’est pas comptabilisé, » explique le général Dominique Trinquand. Cette divergente reflète également une stratégie de communication : pour des raisons de sécurité, de morale et diplomatiques, les autorités ukrainiennes ne diffusent pas toujours les données complètes ou en temps réel.

### Jusqu’à 325.000 morts côté russe

La Russie n’a pas publié de bilan régulier de ses pertes militaires depuis les premiers mois de l’invasion. Les dernières données officielles dataient de septembre 2022, lorsque le ministère de la Défense russe annonçait moins de 6 000 morts, un chiffre jugé largement sous-estimé par les analystes internationaux.

Selon le ministère britannique de la Défense, les forces russes auraient subi environ 415 000 pertes (morts et blessés) en 2025, soit une moyenne quotidienne de 1 130 pertes. Ces chiffres proviennent d’estimations de renseignement et non de décomptes nominaux.

De plus, le CSIS estime qu’entre 275 000 et 325 000 soldats russes ont été tués au combat entre février 2022 et décembre 2025.

### Recrutement de forces en Russie

Pour alimenter ses forces, la Russie combine plusieurs méthodes. Le pays s’appuie d’abord sur la conscription obligatoire, qui concerne chaque année les hommes âgés de 18 à 30 ans. Ces derniers peuvent être envoyés sur le front à tout moment. « Au début, l’appel se faisait tous les six mois, à présent c’est tous les mois. » Entre le 1er octobre et le 31 décembre, 135 000 jeunes hommes ont été appelés pour effectuer leur service militaire, un record depuis plusieurs années.

Le Kremlin propose aussi des incitations financières croissantes pour recruter des volontaires, avec des primes importantes à l’engagement et des salaires supérieurs à la moyenne nationale. Un volontaire peut recevoir jusqu’à 52 000 euros durant sa première année. En cas de décès, l’État paierait jusqu’à 12 millions de roubles, soit 120 000 euros, à la famille du décedé.

Moscou a également recours à des mobilisations partielles, ciblant des régions et des catégories sociales éloignées des grands centres urbains, notamment des réservistes plus âgés avec une expérience militaire. Le général Trinquand ajoute : « Au début de la guerre, cela concernait principalement les territoires proches des frontières orientales, ensuite cela s’est aussi passé dans les prisons. Les résultats ont été considérables mais dévastateurs, car les prisonniers étaient littéralement utilisés comme de la chair à canon sur le front. »

Enfin, la Russie utilise des groupes paramilitaires et mercenaires pour soutenir l’armée régulière. Pour compenser les pertes sur le champ de bataille, Vladimir Poutine a signé un décret élargissant ces recrutements. « Ce sont généralement des personnes venant d’Asie ou d’Afrique, où la Russie a une plus grande influence. Elles sont intégrées assez rapidement sur le terrain. » Moscou est critiqué pour avoir recours à des méthodes déloyales, certains hommes d’Inde et du Kenya ayant rapporté avoir été attirés en Russie par de fausses promesses d’emploi.

### Perspectives à venir

Les ambitions militaires des deux camps divergent considérablement. La Russie privilégie une guerre d’usure, allant bien au-delà des combats sur le terrain. Moscou intensifie les frappes de drones et de missiles contre des cibles civiles et stratégiques en Ukraine : réseaux électriques, infrastructures énergétiques, centres logistiques et axes d’approvisionnement.

L’objectif est clair : affaiblir durablement l’arrière, provoquer des pénuries, installer la fatigue et éroder le moral de la population. Le Kremlin espère que la pression viendra non seulement du front, mais aussi de la société ukrainienne elle-même, poussant les civils à exiger des concessions, voire une capitulation, de leurs dirigeants. Cette stratégie vise moins une percée décisive qu’un épuisement progressif sur le long terme.

Kiev, pour sa part, cherche à défendre sa position et à contenir les offensives russes tout en infligeant un maximum de pertes à l’ennemi. L’armée ukrainienne est principalement en position défensive, ce qui permet de limiter ses pertes face à une armée russe contrainte à des assauts coûteux.

« Celui qui attaque est, par définition, plus exposé que celui qui défend, » résume Dominique Trinquand. Cette réalité tactique explique en partie l’écart de pertes humaines : la Russie, engagée dans une offensive, paie un prix élevé en effectifs.

La Russie dispose encore de ressources humaines significatives, mais cela implique un effort de recrutement de plus en plus contraint et un coût social croissant. L’Ukraine, quant à elle, dépend étroitement du soutien militaire occidental pour maintenir ses capacités défensives et frapper en profondeur les infrastructures russes. « On sait que les Ukrainiens veulent un arrêt des combats, mais un arrêt sur la situation actuelle alors que les Russes demandent à céder les territoires qu’ils n’ont pas réussi à conquérir, » conclut le général. La priorité de la Russie demeure l’obtention du contrôle total des régions de Donetsk et de Louhansk.