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Alerte au Mexique : la mort d’« El Mencho » et la violence du Mondial 2026.

Les images captées par des drones dimanche, au-dessus de Puerto Vallarta, montrent d’immenses colonnes de fumées s’élevant dans le ciel et des véhicules en feu, comme des autobus et des camions. L’ambassade de Belgique au Mexique conseille à ses ressortissants d’éviter tout déplacement non essentiel dans l’État de Jalisco jusqu’à la levée de l’alerte et le retour à la normale du trafic.


Les images prises par des drones dimanche au-dessus de Puerto Vallarta sont saisissantes. Dans cette station balnéaire mexicaine de la côte Pacifique, ciblée par des membres du cartel « El Mencho », d’immenses colonnes de fumée se sont élevées dans le ciel.

Au sol, des véhicules, y compris des autobus et des camions, sont en flames. « Des gens arrivent à moto avec des bidons d’essence, arrêtent les voitures ou les semi-remorques qui bloquent les principaux carrefours, versent de l’essence et mettent le feu pour semer le chaos. Par conséquent, la ville est pratiquement paralysée, » a expliqué hier Patrick, un résident de Puerto Vallarta, à CBS News.

** »Les accès étaient complètement bloqués »**

Jonathan Jallet, un Belge de 38 ans vivant au Mexique, a été pris par surprise par la violence qui a frappé sa ville. Photographe de mariage, il devait aller chercher sa fille chez la tante de sa femme, située à 15 minutes de chez lui. Cependant, il était impossible de faire ce trajet sans risque. « Les accès à l’endroit où vit la tante de ma fille étaient complètement bloqués, » a-t-il relaté.

« Comme je savais que ma fille était bien et en sécurité, enfermée chez elle, je me suis dit qu’il valait mieux ne pas risquer de sortir et attendre, » a-t-il ajouté. « Apparemment ce matin, quand je consulte les groupes WhatsApp des gens qui vivent ici, je vois qu’on peut passer. Donc, je vais pouvoir aller chercher ma fille. »

** »Je n’ai jamais vu un tel événement »**

Jonathan Jallet a précisé : « Depuis 9 ans, je n’ai jamais vu un tel événement. Ça s’est déjà produit du côté de Sinaloa, où les habitants sont plus habitués à ce genre de situations. Mais à Puerto Vallarta, c’est vraiment la première fois. C’est une ville normalement très calme, où il n’y a jamais d’incidents. » Il espère que les choses reviendront à la normale : « On espère qu’il n’y aura pas plus de représailles. »

Il a ajouté : « Quand on vit ici, on sait ce qui se passe dans le pays, on n’est pas aveugle. Je n’ai jamais été confronté à quoi que ce soit de violent ou à des histoires de cartels de la drogue, mais on sait que ça existe et que ça peut arriver. Donc, on est un peu préparé mentalement. »

**La Belgique conseille « d’éviter tout déplacement non essentiel » dans la région**

L’ambassade de Belgique au Mexique appelle ses ressortissants à éviter tout déplacement non essentiel dans l’État de Jalisco. « Il est conseillé aux voyageurs de se tenir informés via les médias officiels et fiables. En cas d’urgence, contactez le 911 et l’ambassade jusqu’à la fin de l’alerte à Jalisco et le retour à la normale du trafic, » souligne l’ambassade. Elle précise également que la prudence est de mise dans les États voisins de Jalisco.

L’AFP rapporte que le Canada, le Royaume-Uni et l’Australie ont également conseillé à leurs ressortissants de renoncer aux « voyages non-essentiels » dans plusieurs États mexicains, dont Chihuahua, Sinaloa et Jalisco. Des compagnies aériennes américaines et canadiennes ont annulé des dizaines de vols vers diverses villes mexicaines depuis dimanche en raison de ces violences.

** »C’est la marque de El Mencho »**

« Ces représailles mafieuses envers le gouvernement, en brûlant des camions avec des explosions pour instaurer un climat de terreur parmi la population, c’est précisément la signature de ‘El Mencho’, » a déclaré Frédéric Saliba, spécialiste du narcotrafic et ancien correspondant du journal Le Monde au Mexique. « Nous avons constaté ces affrontements et ces ‘narcos barrages’ – ces camions incendiés – dans une vingtaine d’États mexicains. Cela représente plus de la moitié du pays affectée par ces représailles mafieuses suite à la mort d’El Mencho. »

Au moins 25 membres des forces de l’ordre ont perdu la vie lors de l’opération de l’armée mexicaine contre « El Mencho ». « L’arrestation ou la mort d’El Mencho peut déstabiliser un pays, » a ajouté Frédéric Saliba.

**Jalisco Nouvelle Génération : une « force paramilitaire »**

Dans son évaluation des menaces liées aux drogues en 2020, la DEA (Drug Enforcement Administration) avait déjà qualifié le cartel de Jalisco Nouvelle Génération de « l’un des cartels à la croissance la plus rapide », caractérisé par sa volonté d’engager des affrontements violents avec les forces de sécurité et les cartels rivaux.

Pour Mike Vigil, ancien chef des opérations internationales de la DEA, « El Mencho » était l’un des plus grands barons de la drogue de l’histoire, son cartel fonctionnant comme une force paramilitaire sur six des sept continents. David Mora, un expert du centre Crisis Group, ajoute que « c’est certainement l’une des organisations les plus puissantes du Mexique en termes de capacité militaire, de recrutement et d’armement. » En 2025, le cartel a été qualifié d' »organisation terroriste » par les États-Unis.

**Coupe du Monde et « pressions américaines »**

La Coupe du monde de football débutera dans moins de quatre mois, organisée conjointement par les États-Unis, le Canada et le Mexique. Frédéric Saliba interprète la mort d’El Mencho comme une réponse aux pressions américaines sur le gouvernement mexicain à l’approche de cet événement sportif, dont plusieurs matchs se dérouleront à Guadalajara, une métropole de plus de 5 millions d’habitants, où des violences ont été également rapportées après la mort d’El Mencho.

Les autorités mexicaines ont confirmé des « échanges d’informations » sur cette affaire entre les États-Unis et le Mexique.

**De la « tolérance » à « l’affrontement »**

Frédéric Saliba déclare que « l’État mexicain n’est pas un narco-État », car la définition d’un narco-État est lorsque toutes les institutions sont consacrées au narcotrafic, ce qui n’est pas le cas au Mexique. Toutefois, le crime organisé et le narcotrafic ont un poids considérable, employant environ 500 000 personnes dans le pays. « C’est une force économique énorme. »

Il décrit une certaine « tolérance » vis-à-vis du crime organisé durant des années, prenant comme exemple la période de la pandémie de Covid-19 où le président a permis aux narcotrafiquants de distribuer des vivres. Saliba évoque un « pacte tacite » pour réguler la société par le crime organisé, mais souligne que le pays est désormais engagé dans un « affrontement frontal avec les cartels de la drogue. »

Il conclut que la mort d’ »El Mencho » « ne mettra pas fin au cartel Jalisco Nueva Generación, car les structures mafieuses survivent à leur fondateur. »

**2500 soldats en plus déployés**

La présidente du Mexique, Claudia Sheinbaum, a annoncé que les barrages routiers ont été levés et que 2500 soldats supplémentaires ont été déployés dans l’ouest du pays, en plus des 7000 militaires déjà présents dans l’État de Jalisco, un bastion du cartel Jalisco Nouvelle Génération. Les cours ont été suspendus dans au moins huit des 32 États du pays, et le pouvoir judiciaire a autorisé les juges à fermer les tribunaux si nécessaire.