Xbox à la croisée des chemins : avenir du jeu vidéo chez Microsoft ?
Le départ de Phil Spencer et de Sarah Bond laisse Xbox et Microsoft à un tournant stratégique. Asha Sharma, arrivée à la tête de Microsoft Gaming en 2026, a déclaré qu’elle ne transformerait pas Xbox en « usine à slop ».
Le départ inattendu de Phil Spencer et de Sarah Bond place Xbox et Microsoft face à des choix cruciaux. Quel avenir pour la console de jeu américaine sous la direction d’Asha Sharma ?
Éternel concurrent de Nintendo et PlayStation, Xbox, depuis son lancement en 2001, a connu des hauts et des bas. Ces dernières années, la société américaine a subi de multiples bouleversements stratégiques.
Le dernier en date : le départ soudain de Phil Spencer, figure emblématique de la marque ayant pris les rênes après le lancement malheureux de la Xbox One, ainsi que celui de Sarah Bond, sa fidèle adjointe.
**Un départ anticipé**
Dans le domaine, le départ de Phil Spencer n’a surpris personne. Après 38 ans chez Microsoft, dont plus de 10 à la tête de Xbox, sa succession était attendue.
Ces dernières années, sa présence s’était estompée lors des événements consacrés à Xbox, au profit de Sarah Bond. Le rachat d’Activision Blizzard par Microsoft a propulsé Spencer à la tête d’un vaste ensemble Xbox-Minecraft-Bethesda-Activision, valorisé à plus de 100 milliards de dollars. Sarah Bond avait été désignée pour diriger les activités Xbox au sein de ce nouvel organigramme. Aux côtés d’eux, Matt Booty, responsable des studios de jeux vidéo, restait le seul membre de l’équipe dans l’appareil de Microsoft après cette réorganisation.
Sarah Bond était progressivement mise en avant et semblait être la candidate logique pour succéder à Phil Spencer. Ayant une solide réputation dans l’industrie pour ses années de collaboration avec les développeurs, elle représentait également la diversité, un aspect cher à Xbox. Cependant, ce motif résonne moins dans le climat politique actuel des États-Unis.
**Un départ soudain**
Bien que le départ de Spencer ait été anticipé, il a tout de même surpris par sa rapidité. L’annonce, faite un vendredi soir pour un départ effectif dès le lundi, montre une certaine urgence. Selon Tom Warren de The Verge, « circulez, il n’y a rien à voir ».
« La décision de Spencer a fait l’objet de plusieurs mois de planification pour établir sa succession. Elle a été annoncée au monde entier vendredi, mais devait initialement être révélée aujourd’hui. Microsoft a dû avancer sa communication en raison de fuites d’informations et d’un article prévu par IGN », rapportent des sources proches du dossier.
On peut néanmoins s’interroger sur la nature de l’annonce concernant le départ d’un dirigeant aussi influent que Phil Spencer avec effet immédiat.
Pour comparaison, les départs de Reggie Fils-Aimé et de Doug Bowser, présidents de Nintendo of America, avaient été annoncés 2 et 3 mois avant leurs départs respectifs. Pour PlayStation, l’annonce du départ de Jim Ryan a été faite 6 mois avant sa sortie réelle.
Un autre indicateur d’un changement de stratégie chez Microsoft se manifeste par les circonstances mystérieuses entourant le départ de Sarah Bond. Cette dernière n’a reçu aucune mention de remerciement dans les messages transmis aux employés par Satya Nadella, Matt Booty et Asha Sharma, la nouvelle dirigeante de Microsoft Gaming. Seul Phil Spencer a pris le soin de la remercier.
Au moment de l’annonce, la page LinkedIn de Sarah Bond cherchait des retours sur les taux d’accessibilité de Xbox, alors que les médias spécialisés évoquaient déjà son départ. Sa lettre de départ n’a été publiée qu’un jour plus tard, durant le week-end.
**L’échec des Xbox Series**
Tout cela arrive alors que la génération Xbox Series commence à tirer sa révérence. Cette génération a été marquée par des ventes décevantes pour Microsoft, avec quelques dizaines de millions d’unités écoulées, alors que PlayStation et Nintendo totalisaient environ 200 millions de ventes cumulées de PS5 et de Nintendo Switch. La stratégie de Microsoft, bien que prometteuse, a été d’offrir une console abordable, la Xbox Series S, et une version plus puissante avec la Xbox Series X, soutenue par le très compétitif Xbox Game Pass et une vaste gamme de studios.
À cela s’ajoute l’essor fulgurant de l’IA, entraînant une transformation de l’ensemble du secteur technologique, Microsoft étant à l’avant-garde grâce à son partenariat avec OpenAI et ChatGPT.
L’organisation de Microsoft a également connu de grands changements. « Tout a changé » en peu de temps, comme l’annonçait Frandroid en juillet 2025. À cette époque, on notait l’absence croissante du CEO Satya Nadella, qui laissait la place à la CFO Amy Hood, soulignant que les choix financiers semblaient guider la ligne stratégique de l’entreprise.
**Xbox en 2024-2025 : nouvelle ère ou intérim ?**
Ceci pourrait expliquer la tendance récente de Xbox. En 2024 et 2025, Microsoft opère des révisions quant à sa stratégie pour Xbox. Pour la première fois en longtemps, l’entreprise met un terme à certaines activités en fermant des studios et en procédant à des licenciements. Plusieurs titres très attendus tels que *Perfect Dark* et *Everwild* sont finalement annulés.
Parallèlement, Microsoft abandonne une partie de sa stratégie historique concernant les consoles de jeu : les exclusivités. Les jeux emblématiques de Xbox sont désormais proposés sur la PlayStation de Sony, ce qui diminue l’attractivité des consoles Xbox. Ce choix a entraîné une chute des ventes de 20 à 40% selon les trimestres, tandis que les revenus de la vente de jeux ont par ailleurs augmenté.
En 2026, Microsoft célébrera les 25 ans de Xbox. Pour l’occasion, l’entreprise prévoit le lancement de jeux tels que *Forza Horizon 6*, *Fable*, *Halo: Campaign Evolved* et *Gears of War: E-Day*.
Elle prépare aussi le lancement d’une nouvelle génération de consoles sous la direction de Sarah Bond. La nouvelle console, attendue pour 2027, devra marquer un véritable bond technologique, mais également un changement de philosophie. Inspirée par les Steam Deck et ROG Ally, elle fonctionnerait sous Windows et inclurait des boutiques alternatives telles qu’Epic Game Store ou Steam.
**Les débuts d’Asha Sharma**
Nous nous dirigons vers 2026 avec l’arrivée d’Asha Sharma à la tête de Microsoft Gaming. Entrée chez Microsoft en 2024 comme présidente de l’activité « Core AI », elle a auparavant travaillé pour d’autres entreprises technologiques telles que Meta, Instacart ou Coupang, sans avoir pourtant occupé de poste dans l’industrie du jeu vidéo.
Elle n’est pas non plus passionnée par le jeu vidéo. Son compte Xbox n’est pas très actif et, selon ses propres dires, « je ne suis pas Phil Spencer ». Ce dernier avait gagné une importante reconnaissance au fil des ans en partageant ses expériences de jeu. Cependant, ceci n’est pas un critère pour évaluer la compétence d’un responsable. Le directeur de Disney doit-il être cinéphile ? Il est rare que l’on s’interroge sur les hobbies des dirigeants de Nintendo ou PlayStation.
Après sa nomination à la direction de Xbox, Asha Sharma s’est engagée dans une opération séduction auprès des joueurs, promettant de ne pas transformer Xbox en une « usine à slop ».
« Alors que la monétisation et l’IA évoluent et influencent notre avenir, nous n’allons pas privilégier l’efficacité à court terme ni submerger notre écosystème d’IA dépourvue d’âme. Les jeux sont, et resteront, des œuvres d’art, créées par des humains avec les technologies les plus innovantes à notre disposition », a-t-elle déclaré.
Elle a également multiplié les publications sur X (anciennement Twitter) tout au long du week-end, suggérant un retour de l’interface emblématique de la Xbox 360, une arrivée de « SUPER jeux », une écoute attentive de la communauté, et même un possible retour des exclusivités consoles. Ses échanges avec Smash JT, une figure controversée du mouvement gamergate, soulèvent également des interrogations, notamment lorsqu’il s’interroge : « les femmes sont-elles en train de tuer le jeu vidéo ? ».
**Un retour aux sources ?**
Microsoft est à un carrefour concernant l’avenir de Xbox.
Pour les plus optimistes, l’arrivée d’Asha Sharma suggérerait une volonté de retour aux fondamentaux. Elle pourrait ainsi contribuer à redonner ses lettres de noblesse à Xbox en développant une console bénéficiant de titres exclusifs de qualité.
Ce qui n’a pas vraiment réussi à Phil Spencer et Matt Booty, ce dernier demeurant le seul du trio en fonction et supervisant toujours la production de jeux au sein des studios Microsoft.
Selon The Verge, la stratégie d’abandon des exclusivités et l’idée que « Tout est une Xbox » auraient été impulssées par Sarah Bond sous la direction de Phil Spencer. Cependant, on peine à croire que ces décisions n’étaient pas influencées par la CFO Amy Hood et le CEO Satya Nadella après le rachat d’Activision et les performances de *Call of Duty*, un jeu multiplateforme emblématique.
**Ou bien l’autoroute vers l’IA slop ?**
Pour les plus pessimistes, la nomination d’Asha Sharma pourrait signifier la fin de l’autonomie de la stratégie de Xbox, avec un retour d’un contrôle plus accru par la direction financière de Microsoft. Cela pourrait entraîner une continuité de la stratégie de 2024-2025, avec encore moins d’exclusivités, une réduction des investissements dans les consoles, ainsi qu’une diminution du nombre de studios. Xbox pourrait se retrouver dans un rôle d’éditeur tiers, semblable à celui de Sega il y a vingt ans.
Dans un tel scénario, l’avenir des petits studios tels qu’Obsidian, InXile, Double Fine, Compulsion Games, Arkane Lyon, Ninja Theory ou Rare semble peu prometteur face aux résultats spectaculaires de franchises telles que *Call of Duty*, *Elder Scrolls*, *Forza*, *Minecraft* ou *World of Warcraft*. Pour un cadre dirigeant de haut niveau dans une grande entreprise technologique, ces petits studios ne seraient qu’une ligne à barrer sur un tableau Excel.
Concernant la promesse de ne pas transformer Xbox en usine à IA slop, il est difficile de lui accorder beaucoup de crédit alors que Microsoft commence déjà à sacrifier certains aspects de ses jeux vidéo, comme le doublage en version française, au profit de l’automatisation. Satya Nadella avait affirmé en 2025 que 30% du code développé par Microsoft était produit par une intelligence artificielle. Comment peut-on admettre qu’il ne rêve pas d’un futur où *Elder Scrolls* serait peuplé de personnages non-joueurs inspirés par une version de Microsoft Copilot ?

