Au European Film Market, le Maroc ne ferme pas la porte au cinéma africain.
Le Maroc a été sacré premier pays africain « Country in Focus » de l’European Film Market (EFM) 2026. Lors de l’événement, le directeur du CCM, Reda Benjelloun, a mentionné la présentation de 35 projets couvrant une grande diversité de genres, de thématiques et de langues, portés par dix producteurs marocains.
Le Royaume du Maroc a fait du cinéma un levier stratégique dans sa vision africaine, servant de vitrine à un continent dont les récits sont souvent négligés ou réduits à des stéréotypes dans l’industrie mondiale du 7e art. Devenu le premier pays africain à être désigné “Country in Focus” de l’European Film Market (EFM) en 2026, le Maroc a su s’affirmer en tant que principale figure dans un domaine longtemps dominé par les grandes puissances cinématographiques, où il a mis en avant une voix africaine jeune, audacieuse et sans complexe.
Lors de cet événement, qualifié par les organisateurs de “forte et exceptionnelle”, le Maroc a démontré l’importance du cinéma comme outil stratégique de sa vision africaine, attirant l’attention sur des récits souvent ignorés dans l’industrie mondiale. Sa présence à l’EFM, qui est le volet professionnel de la Berlinale, a également permis de faire briller le génie créatif du Royaume et le potentiel cinématographique africain.
Cette dimension panafricaine ne se limite pas à l’EFM, puisque le Maroc est également représenté dans les instances décisionnelles de la 76e Berlinale, avec la réalisatrice Sofia Alaoui, choisie pour faire partie du jury du prix “Perspectives” du meilleur premier long-métrage, soulignant ainsi l’expertise créative marocaine.
En parallèle, la Berlinale 2026 a ravivé la mémoire cinématographique du Maroc grâce à la sélection du film Mirage (Assarab, 1979) d’Ahmed Bouanani, le premier chef-d’œuvre africain intégralement restauré sur le continent, reconnu parmi les classiques du patrimoine mondial.
Cette montée en puissance du Maroc dans le domaine cinématographique a engendré des déclarations élogieuses de la part de responsables et de professionnels étrangers. Tanja Meissner, directrice de l’EFM, a ainsi qualifié le Maroc de “pont dynamique entre l’Afrique, le monde arabe et l’Europe”, saluant sa capacité industrielle, son ouverture à la coopération internationale et son attractivité croissante pour les productions mondiales.
La responsable de Berlinale Pro a également souligné son attachement au Maroc et noté que le pays avait attiré en 2025 plus de 60 productions étrangères majeures, y compris “Odyssée” de Christopher Nolan.
À travers divers événements consacrés aux longs-métrages, documentaires et séries, animés par la délégation marocaine conduite par le Centre cinématographique marocain (CCM), de nombreux professionnels européens ont soutenu cette dynamique.
Pour Thomas Kaske, producteur allemand de documentaires se spécialisant dans la région MENA, le Maroc est perçu comme une “plateforme créative d’échanges entre l’Europe, le monde arabe et le continent africain”. Le Commissaire du film des Pays-Bas, Roeland Oude Nijhuis, a évoqué un “boom incroyable” de l’industrie marocaine, contribuant à “repositionner le continent dans la cartographie cinématographique mondiale”.
Au-delà de sa reconnaissance en tant que destination pour des blockbusters internationaux, le Maroc a prouvé à Berlin qu’il dispose d’un écosystème structuré capable de produire, coproduire et exporter ses propres œuvres. Michael Dreher, producteur allemand, a ainsi décrit le Royaume comme une “terre de storytelling”, mettant en avant la culture du récit qui y demeure vivante, malgré les défis rencontrés par d’autres nations pour préserver leur force narrative.
Sur le plan opérationnel, Reda Benjelloun, directeur du CCM, a dressé un bilan positif de la participation marocaine, marquée par un dynamisme et un enthousiasme notables de la part des professionnels du secteur. Selon lui, l’intérêt initial des participants à l’EFM pour le Maroc s’est rapidement transformé en un intérêt concret pour les 35 projets variés présentés par dix producteurs marocains sélectionnés.
Un intérêt institutionnel soutenu s’est également manifesté, avec des représentants de divers pays, dont l’Italie, le Sénégal et le Brésil, exprimant leur volonté de renforcer leurs partenariats avec le Maroc. Le Sénégal a notamment souhaité s’inspirer de l’expérience marocaine pour structurer un organisme similaire au CCM.
L’attractivité de l’incitation financière “cash rebate”, l’un des plus compétitifs au monde avec un remboursement de 30 % des dépenses des productions étrangères, a également suscité un intérêt soutenu, avec de nombreux professionnels demandant des informations sur les dispositifs proposés.
Proximité géographique, stabilité, savoir-faire technique, diversité des paysages et infrastructures de qualité ont été fréquemment évoquées, montrant ainsi que le Maroc est désormais clairement intégré dans la cartographie internationale du cinéma, en tant que destination visible et attractive.
Si le statut de pays à l’honneur est une fierté, il engendre également une responsabilité, selon M. Benjelloun, qui souligne la nécessité de valoriser une identité marocaine plurielle, riche et variée, à travers les projets présentés à Berlin.
Une autre priorité pour lui est d’accompagner la nouvelle génération de cinéastes et de producteurs, tout en positionnant davantage d’œuvres marocaines dans des festivals et marchés de référence, en ligne avec la maturation de l’industrie cinématographique marocaine.
L’objectif est clair : projeter les nouvelles voix marocaines sur les plus grandes scènes internationales et utiliser le cinéma comme vecteur pour raconter le Maroc et, plus largement, faire entendre les récits africains au niveau mondial.
À Berlin, le Maroc semble donc dessiner les contours d’un nouveau récit pour le cinéma africain, agissant comme un pionnier à l’EFM et contribuant à mettre en lumière le cinéma africain, désormais appelé à narrer ses propres histoires, exporter ses imaginaires et s’affirmer en tant qu’interlocuteur crédible dans le 7e art.
Par Zin El Abidine Taimouri (MAP)

