Qatargate : Frédéric Van Leeuw exige des explications immédiates
Frédéric Van Leeuw, procureur général près la cour d’appel de Bruxelles, a été procureur fédéral lors de l’éclatement de l’affaire du Qatargate en 2022, où il supervisait une enquête sur des faits présumés de corruption, de blanchiment et d’organisation criminelle au sein du Parlement européen. La chambre des mises en accusation a validé la procédure judiciaire en cours dans ce dossier, estimant que l’instruction pouvait se poursuivre.
Aujourd’hui procureur général près la cour d’appel de Bruxelles, Frédéric Van Leeuw n’est plus impliqué dans l’affaire du Qatargate. Cependant, lors du déclenchement de cette affaire en 2022, il était procureur fédéral et supervisait l’enquête sur des actes présumés de corruption, de blanchiment et d’organisation criminelle au sein du Parlement européen. Cette enquête portait sur des tentatives d’influence de la part du Qatar et du Maroc sur les décisions du Parlement. Plusieurs personnalités, y compris des députés européens, étaient concernées.
À la fin de la semaine dernière, la chambre des mises en accusation a rendu un arrêt significatif concernant ce dossier. Plusieurs prévenus et leurs avocats mettaient en cause la conduite de l’enquête judiciaire, notamment en ce qui concerne le respect de l’immunité parlementaire de certains d’entre eux, des questions de conflit d’intérêts, des fuites dans la presse ainsi que le rôle de la Sûreté de l’État. La chambre des mises en accusation a validé la procédure suivie jusqu’à présent par la justice belge. Dans un arrêt de plus d’une centaine de pages, elle rejette les arguments des prévenus et estime que l’instruction peut se poursuivre.
Bien qu’il ne soit plus en charge de l’affaire Qatargate, Frédéric Van Leeuw a réagi à l’arrêt de la chambre des mises en accusation, étant donné que son travail faisait l’objet de contestations dans ce dossier.
Dans une publication sur LinkedIn, il a déclaré : « Bon ! Maintenant il est plus que temps pour certains de vraiment s’expliquer après avoir essayé de mettre en cause, non seulement dans la procédure, mais aussi via des campagnes de presse, sur les médias sociaux ou des sites internet bidon, la probité des enquêteurs et des magistrats qui ont découvert ces faits scandaleux et très préoccupants pour la démocratie européenne. »
De quoi Frédéric Van Leeuw parle-t-il précisément dans sa réaction sur LinkedIn ? Dans le cadre du dossier du Qatargate, l’ancien procureur fédéral a expliqué au micro de la RTBF qu’il a été confronté à des campagnes sur les nouveaux médias, à une série de campagnes, à des faux sites internet ou des sites peu fiables, ainsi qu’à des campagnes dans d’autres pays, comme en Italie, qui visaient à décrédibiliser complètement la justice belge et, surtout, les enquêteurs et magistrats qui ont mené ce dossier.
Il estime que ce dossier du Qatargate est « un bel exemple où il y a eu toute une série de tentatives, avec des gens qui ont beaucoup d’argent, de financer des campagnes de presse pour décrédibiliser complètement l’enquête et les enquêteurs ». Selon certaines informations qui ont circulé, des magistrats en charge de ce dossier « auraient été un peu évacués du dossier », alors qu’en réalité, il s’agissait de magistrats dont les mandats étaient terminés, comme c’était le cas pour Frédéric Van Leeuw en tant que procureur fédéral. Ce dernier a qualifié ces allégations de « fantasmes complets », bien que ces informations aient largement circulé sur internet pour décrédibiliser l’enquête. « Ceux qui diffusent ça ont intérêt à décrédibiliser le dossier parce qu’il y a un volet politique », a-t-il souligné.
Qui est à l’origine des actions de décrédibilisation ? Le procureur général près la cour d’appel de Bruxelles déclare n’avoir « à viser personne », car il n’a pas de preuves. « C’est probablement des choses qui viennent de l’étranger », ajoute-t-il, car dans ce dossier, « il y a des intérêts étrangers ».
Quant aux informations diffusées dans certains médias, l’ancien procureur fédéral observe que « certains journalistes soutiennent des thèses qui sont complètement diamétralement opposées au dossier ». « C’est normal que des questions soient posées », souligne-t-il, « mais arriver avec une théorie du complot et penser qu’en Belgique, aujourd’hui, on a des gens (des magistrats, ndlr) qui s’amusent à mettre en cause des parlementaires européens qu’on ne connaissait même pas avant le début de l’enquête, je suis désolé, mais c’est du fantasme et c’est la théorie du complot », réagit Frédéric Van Leeuw.
Il ajoute qu' »il n’y a rien de pire pour la justice d’un pays que d’être décrédibilisée comme ça, parce que les gens finissent par croire à ces vérités alternatives ». « Cela décrédibilise et cela délégitime complètement la justice ».
Frédéric Van Leeuw ne vise toutefois pas les avocats concernés par le dossier. « Non, je ne pointe pas les avocats. Les avocats, justement, sont des gens qui doivent défendre leurs clients et certains le font très bien », répond-il. « Il y a parfois certaines méthodes que je trouve assez douteuses, mais c’est au bâtonnier à réagir », précise-t-il.
Le procureur général près la cour d’appel de Bruxelles fait néanmoins remarquer que, dans des dossiers « politico-judiciaires » ou des affaires « avec des gros enjeux, avec des grosses firmes », « on constate que cette arme de l’information, ou plutôt de la désinformation est de plus en plus utilisée ». Ce qui complique les choses, selon lui, car « les gens finissent par croire qu’il n’y a pas de fumée sans feu ». Frédéric Van Leeuw appelle à « rester critique par rapport à ce genre d’informations ».
Pour lui, il n’y a pas à douter du sérieux du travail des enquêteurs. « Je peux vous assurer que les gens qui ont mené cette enquête et ceux qui la mènent encore maintenant sont des gens qui sont totalement passionnés par leur métier et qui font appel à leur connaissance pour instruire à charge et à décharge, et il n’y a aucun doute à avoir là-dessus dans notre démocratie », affirme Frédéric Van Leeuw.
À ses yeux, « il est temps maintenant qu’on se concentre sur l’essentiel dans cette enquête ». « Je suis persuadé que mes collègues du parquet fédéral continueront cette enquête de façon parfaitement objective et juste », estime-t-il. « Il est important dans ce genre d’affaires, de pouvoir avancer, parce que c’est notre démocratie qui est en question », conclut-il.
Cependant, la sortie du procureur Van Leeuw ne suscite pas l’approbation de tous. Notre rédaction a sollicité la réaction de Me Maxime Toller, avocat de Marc Tarabella, ancien député européen inculpé dans cette affaire. Ce dernier a réagi en confirmant qu’il y avait eu des campagnes pour influencer l’enquête, mais pas nécessairement dans le sens implicite de ces campagnes. Me Toller pointe du doigt des fuites orchestrées, expliquant que « les journalistes recevaient avant même la perquisition les informations sur le dossier ». Il appelle à reconnaître « les fautes internes aux autorités judiciaires belges ».
Concernant la déclaration du procureur Van Leeuw, l’avocat critique : « En termes d’ingérence, pardon, mais vous avez là le procureur général de la cour d’appel de Bruxelles qui souhaite prendre la parole concernant un dossier qui concerne exclusivement le parquet fédéral ». « Il y a des gens qui commencent à s’occuper des choses qu’ils ne devraient pas », estime-t-il.
Reste à voir la suite de l’enquête sur ce Qatargate, avec peut-être un procès qui établira une vérité judiciaire dans ce dossier politico-judiciaire très délicat.

