Belgique

La RTBF condamne les propos injurieux de Georges-Louis Bouchez.

Le président du MR, Georges-Louis Bouchez, a relayé le tweet d’un compte anonyme pointant « ces fonctionnaires-militants-gestapistes » en parlant du personnel de la RTBF. La RTBF a réagi en qualifiant ces propos d' »injure grave et totalement inadmissible » dans un communiqué diffusé ce lundi matin.


Le président du MR, Georges-Louis Bouchez, a partagé ce samedi un tweet d’un compte anonyme désignant « ces fonctionnaires-militants-gestapistes » en référence au personnel de la RTBF. Ce retweet, en ligne pendant plusieurs heures avant d’être supprimé, établissait une analogie entre les journalistes du média public et la police politique du régime nazi, qui était responsable de l’arrestation des Juifs pour leur extermination.

« Assimiler l’ensemble de son personnel à la Gestapo constitue une injure grave et totalement inadmissible. De tels propos écrits, diffusés et rediffusés sur les réseaux sociaux sont inacceptables pour la RTBF, sa direction et son personnel », a déclaré la RTBF dans un communiqué ce lundi matin, sans mentionner Georges-Louis Bouchez.

« Ces propos insultent les équipes actuelles mais aussi celles et ceux qui ont fait au cours de l’histoire ce que nous sommes : un média de service public au service de son public et de la démocratie. Tenir et propager de telles comparaisons franchissent une limite incompatible avec les principes fondamentaux d’un État de droit », a-t-elle ajouté.

La direction de la RTBF a affirmé que la confrontation d’idées, « même radicalement opposée », est « légitime et nécessaire » dans une démocratie, car elle « nourrit le pluralisme et renforce le débat public ». « Mais lorsque les mots mobilisent des références historiques liées aux crimes du régime nazi pour banaliser la haine et la violence, il ne s’agit plus d’un désaccord : il s’agit d’une attaque contre les valeurs démocratiques mêmes qui fondent notre société », a-t-elle précisé.

 » toutes les mesures nécessaires, tant sur le plan éditorial que juridique, seront prises afin de garantir le respect de ses équipes, de ses missions et du cadre démocratique », a-t-elle ajouté.

« Dans un climat où les repères sont parfois fragilisés, un média public indépendant demeure un pilier essentiel de la vie démocratique. Cette responsabilité, la RTBF l’assume avec détermination. Cela suppose également une responsabilité particulière de la part des responsables politiques, précisément en raison de leur position et de l’impact de leur propos », a souligné la RTBF.

Un tweet initialement publié lundi 16 février par Hugo Poliart, un communicant proche du MR, cherchait à démontrer la ligne éditoriale de gauche de la RTBF, en interrogeant l’intelligence artificielle à son sujet. Un autre compte, « Aziz Lumière », relayant de nombreux contenus d’extrême droite, a repris ce tweet en affirmant que « La RTBF Info est donc bien là pour changer notre société vers un gauchisme communiste en décroissance, et non pour informer. Ces 400 M€/an doivent être rendus aux citoyens. Ces fonctionnaires-militants-gestapistes doivent pointer au chômage. »

Le tweet d’Aziz Lumière a été réalisé mercredi 18 février et a ensuite été retweeté sans commentaire par Georges-Louis Bouchez samedi matin, provoquant de nombreuses captures d’écran du retweet.

Les propos relayés par le président du principal parti francophone ont suscité une vive émotion au sein de la rédaction de la RTBF. Le bureau de la Société des Journalistes (SDJ) de la RTBF a exprimé dans un message interne sa « consternation par la nature des mots utilisés et par cette énième charge ».

Dans un communiqué publié ce lundi, la SDJ et l’Association des Journalistes Professionnels (AJP) ont décrit ces commentaires comme « indécents et inacceptables, constituant une attaque outrancière de plus à l’égard des équipes de la RTBF ». Ils ont également été jugés indignes d’un parti démocratique.

L’AJP et la SDJ-RTBF ont demandé à la Fédération européenne des Journalistes (FEJ) de signaler « ces faits graves » à la plateforme de sécurité des journalistes du Conseil de l’Europe.

Plusieurs personnalités ont également condamné ces propos. L’écrivain et chroniqueur Thomas Gunzig a par exemple partagé une photo de son grand-père, Jacques Gunzig, « arrêté par la Gestapo, transféré au quartier général du 453 avenue Louise avant d’être déporté dans le camp de Mauthausen sous le numéro 11552 pour y être assassiné le 28 juillet 1942 ». La politologue Caroline Sägesser a aussi publié une photo de son grand-oncle, « abattu par la Geheime Feldpolizei, la ‘Gestapo de la Wehrmacht’, le 19 novembre 1942. Il avait 26 ans. »

Interrogé par la Dernière Heure, Georges-Louis Bouchez a nié être l’auteur du retweet. « Je n’ai pas retweeté le gars qui cite Hugo Poliart, j’ai partagé l’analyse d’Hugo Poliart faite avec l’intelligence artificielle. Après, je ne sais pas comment le truc est parti, mais moi, de toute façon, je ne change jamais ce que je tweete et retweete », a-t-il déclaré.

Cette explication est factuellement fausse, car le retweet effectué par le compte personnel de Georges-Louis Bouchez a été vérifié par nos soins et confirmé par de nombreux témoins et captures d’écran.

Georges-Louis Bouchez a toutefois reconnu avoir partagé à plusieurs reprises des tweets du compte d’extrême droite Aziz Lumière, en affirmant que « C’est un compte avec lequel je suis assez régulièrement en accord sur les propos déployés. Je ne fais pas semblant. J’assume mes positions. »

Le porte-parole de Georges-Louis Bouchez n’a pas encore répondu à nos sollicitations ce matin.