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Guerre en Ukraine : Kiev et Moscou tiennent après quatre ans malgré des pertes humaines effroyables

Quatre ans après l’invasion des troupes russes le 24 février 2022, la fin de la guerre n’a pas encore sonné. Selon les dernières estimations du Center for strategic and international studies (CSIS) de janvier 2026, pour l’Ukraine, on compte entre 100.000 et 140.000 morts entre février 2022 et décembre 2025.


D’un côté comme de l’autre de la ligne de front, les armées continuent de résister. L’Ukraine et la Russie ont des raisons solides de ne pas abandonner le moindre terrain, tant sur le plan militaire que diplomatique. Quatre ans après l’invasion des troupes russes le 24 février 2022, la fin de la guerre ne semble pas imminente. Bien qu’il soit impossible de prédire l’avenir, les experts estiment que les deux armées pourraient maintenir leur position encore au moins deux ans.

Grâce au soutien de l’Europe, « l’Ukraine devrait être en mesure de poursuivre sa lutte défensive jusqu’en 2027, voire plus longtemps », avance Rafael Loss, chargé de mission défense, sécurité et technologie au Conseil européen des relations étrangères (ECFR). Pour sa part, « Vladimir Poutine semble penser la même chose de la Russie », ajoute-t-il. Cependant, des difficultés des deux côtés risquent de compromettre les opérations de terrain sur le long terme, et « l’une des deux parties va craquer dans les deux ans qui viennent », analyse Stéphane Audrand, consultant en risques internationaux et historien.

### Des ressources qui se tarissent

Pour l’heure, les belligérants peuvent encore soutenir l’effort sur le plan matériel. La Russie bénéficie de l’aide de son allié chinois, qui lui fournit une grande partie de son stock de drones et de missiles. De son côté, l’Ukraine s’appuie sur ses alliés européens, qui lui ont accordé un prêt de 90 milliards d’euros, « même s’il lui manque des missiles antiaériens », signale Yohann Michel, chercheur à l’Institut d’études de stratégie et de défense (IESD).

Néanmoins, les armées des deux côtés subissent des « pertes humaines effroyables », selon le chercheur. Pour l’Ukraine, les pertes sont estimées entre 100.000 et 140.000 morts entre février 2022 et décembre 2025, selon les dernières évaluations du Center for Strategic and International Studies (CSIS) de janvier 2026. On dénombre plus du double de blessés et disparus, soit entre 500.000 et 600.000 victimes. La même source indique que la guerre a entraîné 1,2 million de victimes militaires russes (tués, blessés et disparus), dont jusqu’à 325.000 morts sur cette même période.

Une difficulté supplémentaire émerge depuis quelques mois : Moscou n’arrive plus à reconstituer ses effectifs aussi rapidement qu’auparavant, perdant ainsi des hommes mobilisables sur le front. L’Ukraine fait également face à un problème d’effectifs, aggravé par une population jeune (18-25 ans) trop peu nombreuse. « C’est surtout les plus de 40 ans qui vont faire la guerre et forcément, ce ne sont pas les mêmes performances en première ligne », souligne Stéphane Audrand.

### Blocage diplomatique

Pour appréhender l’impasse des négociations, il est essentiel de rappeler que la guerre en Ukraine n’a pas commencé en février 2022. En 2014, la Russie a déjà annexé la Crimée, et cela fait longtemps que « Moscou cherche à inféoder l’Ukraine par des manœuvres de manipulation, de corruption ou d’empoisonnements », martèle Yohann Michel. Actuellement, la Russie n’a donc aucun intérêt à abandonner les territoires qu’elle a réussi à conquérir (47.000 km², soit 13 % de l’Ukraine, selon l’Institute for the Study of War) en quatre ans.

C’est pourquoi Moscou effectue systématiquement des démonstrations de force au début des pourparlers, bombardant violemment les villes ukrainiennes. La dernière en date : une centaine de drones et plusieurs dizaines de missiles lancés lors de l’ouverture des négociations à Genève la semaine dernière. De son côté, Kiev joue son existence même en tant qu’État indépendant. Les autorités ukrainiennes craignent une reprise des combats après un éventuel cessez-le-feu et exigent une présence européenne pour garantir leur sécurité future, ce qui est inacceptable pour la Russie.

### Pas un jour, sans assauts

C’est pourquoi les deux camps continuent de tenter de gagner du terrain sur le front, malgré des avancées qui paraissent presque symboliques de loin. « Il ne se passe pas un jour sans des combats, des assauts, des offensives », souligne Stéphane Audrand. « Ces dernières semaines ont peut-être été les plus dynamiques sur le front depuis un an ou deux », confirme Rafael Loss.

Face à la détermination russe, l’Ukraine prouve qu’elle a encore des atouts à jouer. Ces dernières semaines, elle a réussi à mener des contre-offensives systématiques pour libérer les territoires contestés. L’avenir pourrait encore réserver quelques surprises.