JO d’hiver 2026 : Le bilan des médailles françaises est-il exceptionnel malgré le biathlon ?
Le biathlon français a remporté un total de treize médailles lors des JO de Milan-Cortina 2026, presque un score doublé par rapport à la moisson record de Pékin 2022, qui s’élevait à sept médailles. La France s’est classée sixième au classement des nations avec un total de 23 médailles, derrière la Norvège, les États-Unis, les Pays-Bas, l’Italie et l’Allemagne.
De notre envoyé spécial à Milan-Cortina, principalement sur le site victorieux d’Anterselva,
Alors que l’on s’apprête à conclure le bilan des JO de Milan-Cortina 2026, une question demeure sans réponse. Les émotions suscitées par le biathlon français à Anterselva ont-elles été plus fortes que celles engendrées par les morceaux Sweet Caroline et Sara perché ti amo diffusés par le système sonore du site d’Antholz ? Il est difficile de trancher, tant la compétition a été riche. De la remontada de Lou Jeanmonnot dans le relais mixte du 8 février au magnifique doublé d’Océane Michelon et Julia Simon lors de la mass-start de samedi, les athlètes français ont su nous faire vibrer sur le pas de tir (un peu) et sur les skis (surtout).
Treize médailles ont été remportées au total, presque le double par rapport à la moisson record de Pékin 2022 (7), et comparable à la récolte des Mondiaux de Lenzerheide 2025, avec une épreuve en moins. TREIZE MÉDAILLES ! « C’était impossible d’imaginer un tel niveau de réussite avant les Jeux, confiait samedi Cyril Burdet, entraîneur de l’équipe féminine. Pour réaliser ce que nous venons de faire, il faut que toutes les planètes soient alignées. Pendant quinze jours, nous avons vécu comme dans un rêve. Il ne faut pas banaliser cette performance collective. Si cela n’avait pas été fait par le passé, ce n’est pas sans raison. »

Les Pays-Bas sont à 100 % sur le patinage de vitesse
Le biathlon français a été exceptionnel dans son ensemble, des techniciens aux athlètes, permettant à la France d’être la meilleure nation des Jeux dans cette discipline pour la première fois de son histoire (la Norvège n’a remporté « que » 11 médailles). Toutefois, l’hégémonie d’un sport ne va-t-elle pas donner une image trompeuse d’un bilan global, record de médailles pour des JO d’hiver (23, contre 15 à Sotchi 2014 et à Pyeongchang 2018), plaçant la France en 6e position au classement des nations, derrière la Norvège, les États-Unis, les Pays-Bas, l’Italie et l’Allemagne (qui nous écarte du Top 5 à la photo-finish) ?
Petit point sur les pourcentages : le « bibi » représente 56,5 % des médailles tricolores lors de cette quinzaine italienne. Cette dépendance à ce sport n’avait été plus forte qu’une fois, aux JO de Lillehammer 1994 (60 %), mais sur une récolte minimale (3 sur 5 !). En d’autres termes, lors des trois précédents JO avec de belles récoltes (15, 15 et 14), tous les autres sports ont remporté 11, 10 et 7 médailles, contre 10 à Milan-Cortina.
Comment l’Agence nationale du sport, qui visait « 20-21 médailles au global » avant les Jeux, évalue-t-elle donc l’énorme poids du biathlon sur les sports d’hiver français ? « Oui, la France est devenue la nation référente en biathlon, indique à 20 Minutes Yann Cucherat, manager de la haute performance à l’ANS. Mais nous ne sommes pas les seuls dans ce cas, c’est important de le préciser. Les Pays-Bas prennent leurs 20 médailles sur seulement deux disciplines, le patinage de vitesse et le short-track [dont 10 en or]. La Norvège a obtenu 11 médailles en biathlon et 13 en ski de fond [soit 24 sur 41], c’est énorme. »
« Pas de sonnette d’alarme » pour l’alpin
C’est pourquoi l’ANS souhaite s’appuyer sur « le classement des disciplines médaillées », dans lequel la France se place 5e (7 disciplines à médailles, tout comme la Norvège, le Canada et l’Autriche). Seuls les États-Unis (11), l’Italie (10), l’Allemagne (9) et la Suisse (8) sont plus performants que les Bleus. La nouvelle épreuve, le ski alpinisme (3 médailles en 3 épreuves, dont l’or en relais mixte) a montré qu’elle pouvait s’établir comme « un gros bloc » olympique.

« Nous avons échoué en snowboardcross et en skicross, alors que les résultats lors des étapes de Coupe du monde laissaient entrevoir un autre potentiel de médailles, poursuit Yann Cucherat. Il va falloir en tirer des leçons car nous étions capables de faire beaucoup mieux qu’une seule médaille [le bronze en épreuve mixte de snowboardcross]. » Quid du ski alpin, à nouveau décevant, surtout avec l’échec du tenant du titre en slalom, Clément Noël, malgré la belle surprise de Romane Miradoli (argent en Super-G) ?
« Nous avons manqué de réussite en alpin, mais je ne tire pas la sonnette d’alarme de manière trop forte, nuance Yann Cucherat. Nous avons tout de même eu de nombreux podiums durant la saison de Coupe du monde, notamment avec Alban Elezi Cannaferina et Paco Rassat, de jeunes athlètes prometteurs. » Quel sera donc le plan d’action pour les JO 2030 dans les Alpes françaises pour tous ces athlètes durant les mois à venir ?
L’Italie comme source d’inspiration en vue des JO 2030
« Bien sûr qu’il y a un effet biathlon que nous allons renforcer, mais nous avons également plusieurs atouts importants sur lesquels nous pourrons travailler d’ici 2030, afin de ne pas nous reposer uniquement sur le biathlon », résume le manager de la haute performance à l’ANS. En vue d’accueillir ces JO 2030, Yann Cucherat établit un parallèle avec la gestion du camp italien avant les Jeux à domicile.
Médaillée dans 8 disciplines aux JO de Pékin (pour 17 médailles), l’Italie a atteint 10 médailles lors de cette quinzaine. « L’Italie avait 32 athlètes classés entre la 4e et la 8e place aux JO 2022, avec une moyenne d’âge de 28 ans. La France en compte 41, entre 4e et 8e, avec une moyenne d’âge de 25 ans. Par exemple, en snowboard, nous avons obtenu 7 places entre la 4e et la 8e, avec une moyenne d’âge de 21 ans. C’est une génération qui sera présente en 2030, un signe encourageant. »
Comment ne pas évoquer Mathis Desloges, au moment de dresser un bilan de la compétition ? Peu connu du grand public avant de rejoindre Tesero, il en repart avec trois médailles d’argent, dont deux en individuel, derrière l’intouchable Johannes Klaeboe. « Pour nous, Mathis Desloges est la grande révélation de ces Jeux, s’enthousiasme Yann Cucherat. Nous l’avions identifié comme un potentiel finaliste et espérions une médaille en relais, mais de là à le voir monter trois fois sur le podium… »

Au biathlon, les médailles viennent de partout
L’ANS a également noté la 5e place de Valentin Foubert en saut à ski, « une belle promesse ». Bien qu’aucun Top 5 global n’ait été atteint, « la boussole qui nous guide, selon le souhait du président, est de s’y installer », l’objectif de plus de 50 % fixé par l’ANS par rapport à Pékin, qui mène donc à 20-21 médailles (dont 8 en or, comme espéré), a été atteint. Avec, en prime, un cheat code révélé pour le responsable à la fin des Jeux, ce précieux biathlon.
Notre dossier sur les JO d’hiver
« On nous demande souvent quel est notre secret, révèle Simon Fourcade, l’entraîneur du groupe masculin. C’est un travail sur la continuité, et la différence majeure sur cette olympiade est que nous réussissons avec l’ensemble de l’équipe, et pas seulement avec une ou deux individualités. » Les ères de Raphaël Poirée, Martin Fourcade et même de Quentin Fillon Maillet en 2022 sont désormais derrière nous. Et cette dynamique collective profite à tout le sport français.

