Quatre ans de guerre en Ukraine : le temps et l’usure comme stratégies.
Entre 2014 et 2022, le front se fige à l’est de l’Ukraine dans une guerre dite de « basse intensité », faite de tranchées, de bombardements et de cessez‑le‑feu jamais pleinement respectés. Les historiens évoquent notamment les guerres autour de l’Hetmanat cosaque au XVIIᵉ siècle, lorsque les cosaques tentent de jouer Moscou, Varsovie et d’autres puissances les unes contre les autres afin de préserver leur autonomie.
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Entre 2014 et 2022, le front se fige à l’est de l’Ukraine dans une guerre dite de « basse intensité », faite de tranchées, de bombardements et de cessez‑le‑feu jamais pleinement respectés. L’offensive de grande ampleur de 2022 élargit brutalement le conflit à une grande partie du territoire ukrainien et bascule l’économie en mode guerre, sans rompre la continuité politique et militaire avec la séquence ouverte en Crimée.
Pour Alain De Neve, cette évolution modifie aussi les objectifs possibles des belligérants : « Les effets de surprise ne sont plus possibles dans une guerre de ce type qui dure, qui s’inscrit dans la durée« , explique-t-il, estimant qu’il devient « au minimum éloigné, voire complètement irréaliste » d’espérer un effondrement rapide du camp adverse. Le conflit entre alors dans « une logique d’attrition, d’usure matérielle et psychologique » qui se ressent « des deux côtés de la ligne de front« .
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Une longue histoire de guerres russo‑ukrainiennes
Les affrontements armés entre Russes et Ukrainiens ne commencent pas au XXIᵉ siècle : ils s’inscrivent dans plusieurs siècles de guerres, d’insurrections et de campagnes pour le contrôle des terres ukrainiennes. Les historiens évoquent notamment les guerres autour de l’Hetmanat cosaque au XVIIᵉ siècle, lorsque les cosaques tentent de jouer Moscou, Varsovie et d’autres puissances les unes contre les autres afin de préserver leur autonomie.
Au XVIIIᵉ siècle, les révoltes cosaques et haïdamaks, ainsi que la destruction de la Sitch zaporogue, marquent la volonté de l’Empire russe de briser les structures militaires et politiques autonomes en Ukraine. Les guerres soviéto‑ukrainiennes de 1917‑1921, qui voient la République populaire ukrainienne confrontée à l’Armée rouge avant son intégration à l’URSS, constituent un précédent majeur de lutte pour l’indépendance face à Moscou dans la mémoire politique de Kiev.
L’Europe se réveille timidement et se prépare à la guerre
Alain De Neve insiste sur le décalage entre l’image pacifique du pays et sa réalité historique : « Il n’y a rien de plus faux que l’idée d’une Belgique rétive à l’engagement ou cherchant par tous les moyens à éviter la confrontation militaire« , affirme-t-il. Il souligne aussi que la Belgique a souvent été « au rendez-vous de l’histoire« , tout en étant très active sur le plan multilatéral – à l’ONU ou au niveau européen – pour tenter de prévenir les crises, de les résoudre ou de limiter leur répétition.
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Ce que la durée change pour les sociétés en guerre
En Ukraine, dix ans de guerre – du Donbass de 2014 aux offensives multiples depuis 2022 – ont déjà redessiné la carte démographique du pays, accéléré l’exil d’une partie de la population et contraint l’État à se réorganiser pour fonctionner sous les bombardements. En Russie, la longueur du conflit alourdit le coût humain et financier et pose, à terme, la question de l’acceptabilité sociale d’une « opération spéciale » devenue de fait une guerre de longue durée.
Pour Alain De Neve, cette temporalité longue oblige les acteurs à revoir leurs priorités : « Puisque ce conflit s’inscrit dans la durée, l’idée, c’est vraiment d’employer le temps comme une arme qui mise sur l’usure pour forcer l’autre protagoniste à abandonner le combat« , résume-t-il.
Dans cette configuration, la victoire ne repose plus sur une offensive décisive mais sur la capacité à « régénérer progressivement mais continûment » les forces, sans forcément produire de grandes batailles spectaculaires, mais en tenant, tout simplement, plus longtemps que l’adversaire.
En replaçant les quatre ans de l’invasion à grande échelle dans ces dix années de guerre contemporaine – et dans plusieurs siècles de confrontations russo‑ukrainiennes – le conflit apparaît déjà comme un épisode de la longue durée de l’histoire européenne. C’est aussi ce que rappelle la trajectoire de la Belgique : même les États qui se disent neutres ou pacifiques ne restent pas durablement en dehors des logiques guerrières qui façonnent le continent.
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