La musique ne perd pas l’un de ses géants : Michel Portal
Michel Portal s’est éteint le 12 février à l’âge de 91 ans. Il était multiinstrumentiste, clarinette, saxophone, bandonéon, et a remporté 3 césars pour ses musiques de films.
La Presse — Les médias ont salué Michel Portal, une personnalité emblématique de la musique classique et du jazz. France Musique lui a dédié une journée entière, incluant des interviews anciennes et récentes, ainsi que des témoignages de collègues et d’amis, dont il avait de nombreux, issus du milieu musical. Ils le considéraient comme l’un des plus grands musiciens de notre époque, reconnu mondialement et admiré par de grands compositeurs tels que Boulez, Berio ou Stockhausen. Multi-instrumentiste, il jouait de la clarinette, du saxophone et du bandonéon. Improvisateur et compositeur, il a remporté trois César pour ses musiques de films, et a accumulé de nombreuses expériences, en brisant les barrières entre le jazz et la musique classique.
Michel Portal est décédé le 12 février à l’âge de 91 ans. Quel a été son parcours ?
On pourrait dire qu’il y a puisé son inspiration dès son enfance ; il n’aimait pas les études, affirmant : « Je jouais et aimais faire danser les gens ». À 12 ans, il intègre l’harmonie bayonnaise, dirigée par son grand-père, tout en poursuivant ses études, obtenant le premier prix du Conservatoire national supérieur de musique de Paris (Cnsmdp).
Attiré par le jazz, il joue dans les clubs nocturnes, influencé par des artistes comme Coltrane, Ornette Coleman ou Delphy. Un concert filmé le montre totalement immergé dans son jeu, silhouette élancée, oreille attentive vers l’invisible. Dans ses mains, la clarinette se mue en une liane souple, le bandonéon devient un poumon ancien exhalant des nostalgies, et le saxophone, une braise vive traçant des éclats d’insolence dans l’air. Portal ne se contentait pas de jouer ; il respirait la musique. Il l’interrogeait, la provoquait, la choyait, parfois la malmenait, pour qu’elle révèle plus que ce qu’elle pensait pouvoir dire.
Il était l’un de ces artistes qui rejettent les frontières : la musique classique ne l’enfermait pas, le jazz ne l’assignait pas à une limitation. Il naviguait d’un rivage à l’autre avec l’aisance d’un funambule, conjuguant l’exigence des partitions savantes et l’imprévisibilité de l’improvisation jazz. Pour lui, Mozart côtoyait Coltrane, et le silence d’une salle d’opéra s’harmonisait avec la rumeur d’un club enfumé.
Dans son souffle coexistaient des éléments à la fois archaïques et nouveaux. Une réminiscence des musiques premières, nées du bois et du souffle humain ; et en même temps, une audace presque enfantine, une manière d’interroger chaque note comme si elle venait d’être créée.
Avec le bandonéon, il évoquait des ports lointains, des quais humides chargés de souvenirs argentins ; avec la clarinette, il sculptait l’air d’arabesques limpides ; avec le saxophone, il ouvrait des brèches, des blessures lumineuses dans le tissu du temps. Chaque instrument devenait une langue, chaque langue une facette de son âme libre et inquiète.
Michel Portal fut un passeur entre les styles, les époques et les mondes. Il nous a rappelé que la musique n’est pas un territoire à défendre, mais un horizon à élargir. Et lorsque la dernière note s’est éteinte, une vibration ténue subsiste dans l’air, comme un fil invisible : la trace d’un artiste qui, sans bruit, a déplacé nos frontières intérieures.

