Philippe Ledent : « Les 10% de la taxe douanière de Trump ne sont qu’une étape »
Donald Trump a réintroduit un tarif de 10% sur toutes les importations, limité à 150 jours, après l’annulation des tarifs précédents par la Cour suprême. Les tarifs sur l’acier et l’aluminium ne sont pas concernés par cette annulation, car ils reposaient sur une autre base légale.
Quelle est votre interprétation de la décision de Donald Trump de rétablir un tarif de 10 % ?
« Cela remplace clairement les tarifs annulés par la Cour suprême. En avril 2025, lors des « Jours de Libération », le président avait instauré un système de tarifs réciproques : 10 % sur toutes les importations, plus un surcroît variable selon les pays, en invoquant une loi d’urgence économique nationale. Cette justification a été annulée. Il a donc choisi de réintroduire les 10 %, mais sous une autre forme juridique. La différence majeure est que cette nouvelle mesure est limitée à 150 jours. Au-delà, elle devra être validée par le Congrès. On se retrouve donc dans un cadre plus contraint.«
Tous les droits de douane sont-ils concernés par l’annulation ?
« Non. Les tarifs sur l’acier et l’aluminium ne sont pas affectés, car ils reposent sur une autre base légale. En revanche, les États-Unis devront rembourser les montants perçus via la loi annulée par la Cour suprême. C’est un élément important, car cela représente des sommes considérables et envoie un signal fort sur la solidité juridique des mesures commerciales.«
Pour les partenaires commerciaux des États-Unis, est-ce une bonne nouvelle ?
« D’un pays à l’autre, la réponse peut varier. En général, si l’on combine l’annulation des surtaxes spécifiques et l’instauration d’un tarif uniforme de 10 %, cela peut être perçu comme une amélioration relative. Certaines économies étaient particulièrement ciblées auparavant. Mais il faut rester prudent. Cela montre surtout que le dossier des droits de douane est loin d’être clos. Les exportateurs demeurent dans une période d’incertitude. »
Qu’en est-il des accords commerciaux récents, notamment avec l’Union européenne ?
« C’est une véritable question. Ces accords avaient été présentés comme des exceptions au régime de tarifs réciproques. Mais si le cadre juridique change, quelles seront ces exceptions ? Seront-elles maintenues, renégociées, intégrées dans le nouveau dispositif ? Pour l’instant, la situation reste floue.«
Au-delà des questions économiques, que révèle cette situation sur le plan institutionnel ?
« C’est un signal très clair de la justice américaine. La Cour suprême souligne que le président ne peut pas invoquer n’importe quel argument pour justifier des mesures de cette ampleur. En matière fiscale et douanière, c’est le Congrès qui a le pouvoir. Le président peut agir en cas d’urgence, de façon temporaire. Mais si des mesures doivent devenir pérennes, un vote du Congrès est nécessaire. Les 10 % annoncés aujourd’hui ne sont donc qu’une étape. Ce n’est pas la fin de l’histoire. Tout dépendra de la volonté du Congrès de reprendre ou non le contrôle de la politique commerciale américaine. Nous sommes dans une phase transitoire. Il y a un certain soulagement lié à l’annulation des mesures précédentes, mais aussi une grande incertitude. Tant que le cadre légal définitif ne sera pas clarifié, les entreprises devront faire face à une instabilité persistante dans la politique commerciale des États-Unis.«
Cour suprême des USA / Une grande partie des droits de douane de Trump jugés illégaux
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