« 30 ans de recherches sur les insultes : un spectacle engagé »
Laurence Rosier, professeure de linguistique à l’Université libre de Bruxelles, aborde dans son spectacle « Anatomie de la riposte » des thèmes liés à la socialisation genrée et à la « vulgarité féminine ». Dans les loges du Théâtre National à Bruxelles, elle exprime sa confiance en affirmant : « Monter sur scène, c’est différent, mais j’ai fait du théâtre dans ma jeunesse. Et j’aime ça. »
Entre danse, chant, extraits littéraires et textes personnels, Laurence Rosier, universitaire, présente une forme hybride alliant conférence, performance artistique et recueil militant. Elle assume ce choix : « L’humour fait mieux passer les choses. Sur scène, je touche des personnes que je n’atteindrais pas avec mon livre », souligne-t-elle.
### Avant l’entrée en scène : un peu de trac, mais surtout l’envie de transmettre
À moins de deux heures du lever de rideau, dans les loges du Théâtre National à Bruxelles, la tension monte doucement. Cependant, Laurence Rosier reste sereine : elle connaît bien le public. En tant que professeure de linguistique à l’Université libre de Bruxelles et spécialiste de l’analyse du discours, elle est habituée à s’adresser à des auditoires depuis trois décennies, notamment sur les insultes envers les femmes et le pouvoir performatif de la langue. « Monter sur scène, c’est différent, mais j’ai fait du théâtre dans ma jeunesse. Et j’aime ça », confie-t-elle, souriante.
### Un spectacle pour redonner de la place aux voix féminines
Dans *L’Anatomie de la Riposte*, Laurence Rosier évoque des figures réelles et fictives telles qu’Adèle Haenel, Greta Thunberg, Gisèle Pelicot, George Sand ou Zazie de Queneau. Elle enfile la veste d’Aya Nakamura, danse et chante sur des titres engagés allant de *SLT* de Suzane à *Un violador en tu camino* du collectif chilien Las Tesis. Chaque geste, chaque morceau transmet une seule idée : la riposte se manifeste de mille façons.
### « Les riposteuses ont commencé petites » : une enfance faite de rappels à l’ordre
L’un des chapitres du spectacle se consacre à l’enfance. Elle s’approprie la cape de « petite riposteuse » pour questionner les injonctions faites aux filles, telles que ne pas faire de vagues, ne pas répondre et ne pas être « impertinente ». « On disait que nous étions impertinentes lorsque nous prenions la parole. Et petit à petit, on nous apprenait à nous taire », explique-t-elle, abordant une réflexion sur la socialisation genrée qui imprègne tout le spectacle.
### La vulgarisation… et la vulgarité : un tabou de genre
Pour éviter que les petites filles ne provoquent trop de vagues, la question de la « vulgarité féminine » est souvent mise de côté. Laurence Rosier traite de ce sujet peu exploré, souvent perçu comme transgressif. « On dit que les femmes deviennent vulgaires, que les féministes sont vulgaires… C’est pourtant une appropriation de codes masculins, comme les rappeuses qui ont repris les codes du rap », analyse-t-elle.
### Une performance pour affirmer : oui, les femmes ripostent
En intitulant son spectacle *Anatomie de la riposte*, Laurence Rosier choisit une métaphore guerrière. La riposte représente une réponse, un mouvement, une attaque verbale ou artistique. Elle rappelle principalement que les femmes et les minorités de genre ont le droit d’être ce qu’elles souhaitent : occuper l’espace, s’exprimer avec force, danser ou être vulgaires parfois. Elles ont le droit d’être dignes, déterminées et surtout libres de riposter, que ce soit individuellement ou collectivement.

