Friend, le collier IA qui interroge nos liens sociaux sans devenir un ami
Le collier enregistre l’environnement sonore de l’utilisateur et transmet ces informations à un smartphone par Bluetooth pour être analysées par un modèle d’intelligence artificielle, appelé Gemini, développé par Google. Selon Avi Schiffmann, environ 5000 colliers ont été vendus.
Il se présente comme un ami virtuel. Suspendu autour du cou, l’appareil a l’air banal. Cependant, à l’intérieur, un micro capte les sons du quotidien.
Le fonctionnement est simple : le collier enregistre votre environnement sonore et transmet ces informations à votre smartphone via Bluetooth. Ces données sont stockées sur un serveur auquel vous n’avez pas accès. Elles seront ensuite analysées par un modèle d’intelligence artificielle, nommé Gemini, développé par Google. L’IA génère ensuite une réponse personnalisée, qui est envoyée sous forme de messages sur votre téléphone.
Dans les vidéos promotionnelles de la marque, le collier accompagne un adolescent dans sa chambre ou un homme dans la rue. Il commente, interagit et réagit à l’environnement de l’utilisateur. L’objet est disponible en livraison aux États-Unis, au Canada et dans l’Union européenne, au prix de 113 euros.
Les relations sociales sont essentielles pour bien vieillir. Pour les personnes souffrant de phobie sociale, un ami virtuel peut sembler rassurant, mais cela peut renforcer l’évitement des relations réelles, prévient le Dr Caroline Depuydt, psychiatre et directrice de l’ASBL Epsylon.
Elle met en avant un danger supplémentaire : l’ami virtuel se nourrit des interactions et retranscrit vos propres pensées. « Ces outils n’ont rien d’un ami. On pourrait dire une aide, un assistant. Mais l’intelligence artificielle n’a aucune empathie et est codée pour répondre à nos besoins », souligne-t-elle.
Au-delà de l’impact sur les relations humaines, la question du respect de la vie privée est centrale. Le collier repose sur une captation continue de l’audio, incluant potentiellement des données sensibles. Selon l’AFP, la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) en France exprime des inquiétudes au sujet de ce dispositif.
De son côté, Avi Schiffmann se veut rassurant : « Nous ne formons pas de modèle sur vos données et nous ne regardons pas vos conversations », assure-t-il. Toutefois, le traitement des données sur des serveurs en ligne et la conservation de « souvenirs » numériques soulèvent des interrogations, dans un contexte européen marqué par des réglementations strictes sur la protection des données.
Contactée à ce sujet, l’Autorité de protection des données rappelle plusieurs principes clés concernant la captation des données. « Sans analyse complète du dispositif, l’utilisation d’un système IA qui capterait en continu l’environnement de l’utilisateur pose plusieurs questions, notamment en termes de transparence pour les personnes concernées, et des règles sur l’enregistrement des conversations », explique Aurélie Waeterinckx, porte-parole.
Elle souligne que capter des conversations qui ne nous sont pas destinées peut poser problème au regard du droit pénal. « Nous recommandons de bien réfléchir avant de confier ses données personnelles à une organisation, en particulier s’il s’agit d’une grande quantité d’informations potentiellement sensibles », conclut-elle.
Malgré ces réserves, la marque mise sur une campagne de communication massive pour séduire le public européen. La publicité, notamment dans les métros parisiens, a suscité énormément d’attention. Sur ces affiches, des slogans ambigus, comme « Je prendrai toujours le métro avec toi », provoquent de vives réactions.
La plupart de ces publicités ont été vandalisées. Une réaction que le créateur ne condamne pas, affirmant vouloir provoquer un débat public sur la place de l’intelligence artificielle dans nos vies.
À ce stade, environ 5000 colliers ont été vendus selon Avi Schiffmann. Au-delà des performances commerciales, l’objet ouvre un débat plus large sur la place de l’IA dans nos relations. S’agit-il d’un accessoire technologique de plus, ou est-ce le début d’une transformation des liens sociaux ? Pour le créateur de Friend, cette discussion fait partie intégrante du projet.

