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JO 2026 – Biathlon : Les techniciens français du fartage sont-ils les meilleurs ?

L’équipe de France de biathlon a remporté son cinquième titre olympique à Anterselva lors du relais féminin, mercredi. Le camion des techniciens contient 500 paires de skis et est important pour les préparations des courses, avec des tests quotidiens effectués sur 10 à 12 paires par athlète.

De notre envoyé spécial à Anterselva,

« Le secret, c’est la fondue dans le camion. » Suite à la victoire impressionnante de l’équipe de France de biathlon lors du relais féminin à Anterselva, mercredi, l’entraîneur des Bleues, Cyril Burdet, a mentionné une tradition positive. Cette fondue savoyarde, partagée régulièrement le soir pendant ces Jeux de Milan-Cortina 2026, vise à « créer du lien » entre les biathlètes et l’ensemble des membres de l’équipe tricolore.

Le lieu de célébration après les médailles demeure le même : le camion des huit techniciens responsables de l’entretien et du fartage de centaines de skis durant les deux semaines olympiques. Bien que Julia Simon, Quentin Fillon Maillet et les autres les remercient chaleureusement après les courses, leur travail est également salué par les entraîneurs lors de leurs interventions devant les médias.

Ici dans le fameux camion secret des Bleus à Anterselva, Alexandre Josserand est l'un des huit techniciens dévoués à l'équipe de France de biathlon durant toute la saison.
Ici dans le fameux camion secret des Bleus à Anterselva, Alexandre Josserand est l’un des huit techniciens dévoués à l’équipe de France de biathlon durant toute la saison. - J.Laugier / 20 Minutes

« Vraiment des fêlés du boulot ces mecs-là »

Aparté sur l’aspect culinaire, Cyril Burdet a déclaré après le relais féminin : « On a encore bénéficié d’un matériel un peu supérieur aux autres. Ça donne ce petit supplément d’âme, les techniciens transcendent des performances qui sont déjà très bonnes à la base. » Cela a-t-il permis de transformer l’argent en or, comme le jour précédent lors du relais masculin historique ?

Très ému mardi, l’entraîneur du tir Jean-Pierre Amat en était convaincu : « Avec des skis moyens aujourd’hui, on aurait fini 2 ou 3. La victoire n’aurait jamais été possible. Merci à Greg et à toute son équipe de frappadingues, parce que ce sont vraiment des fêlés du boulot ces mecs-là, et ils sont amoureux de ce qu’ils font. » Greg, c’est Grégoire Deschamps, le responsable de la cellule technique du biathlon, qui a vu son équipe se distinguer pendant ces Jeux, comptant déjà dix médailles avant la mass-start masculine de ce vendredi (14h15).

Grégoire Deschamps a accepté de nous faire visiter le camion secret des Bleus, où il passe une grande partie de son temps depuis près de vingt ans. Il résume ainsi la tâche quotidienne de son équipe : « Notre objectif, c’est d’avoir les skis les plus rapides possible au départ. » Cela implique plusieurs étapes cruciales pour les techniciens, qui arrivent six heures avant chaque épreuve pour « bien choisir les skis, les produits de fartage et les structures ».

Grégoire Deschamps (à droite) et ici l'un de ses techniciens, Louis Schwartz, réalisent d'excellents Jeux olympiques, à l'image des biathlètes.
Grégoire Deschamps (à droite) et ici l’un de ses techniciens, Louis Schwartz, réalisent d’excellents Jeux olympiques, à l’image des biathlètes. - J.Laugier / 20 Minutes

Le camion comprend 500 paires de skis

Les « structures », qu’est-ce que c’est ? « Il s’agit du dessin que l’on imprime sur les semelles des skis. Cela permet de gérer le flux d’eau sous les skis, un peu comme la différence entre un pneu neige et un pneu d’été », explique Grégoire Deschamps, qui avait envoyé deux techniciens à Anterselva un an auparavant, afin de « prendre des repères ». Avant chaque course, le spectacle est captivant sur le parking adjacent au stade de biathlon d’Antholz, où les techniciens effectuent de nombreuses allers-retours avec différents modèles de skis, ainsi que des thermomètres et des capteurs d’humidité.

« On a besoin d’avoir des relevés très précis sur la neige, de mesurer la teneur en eau liquide », précise Grégoire Deschamps. « On doit constamment s’adapter à l’évolution de la neige. » L’apparition soudaine du soleil ou des chutes de neige, comme cela a souvent été le cas depuis le 8 février à Anterselva, peut modifier les plans jusqu’à une demi-heure avant le départ, le moment crucial pour apporter les skis fartés dans un box spécifique.

Le camion secret des techniciens est recouvert d’une bâche noire et blanche fournie par l’armée de terre, non pas pour protéger davantage les compétences que le monde du biathlon nous envie, mais pour dissimuler les sponsors, comme stipule le règlement du CIO. À l’intérieur, il y a pas moins de 500 paires de skis.

Et oui, de nombreux adversaires aimeraient bien découvrir les secrets de la réussite du biathlon tricolore, à l'intérieur de ce camion.
Et oui, de nombreux adversaires aimeraient bien découvrir les secrets de la réussite du biathlon tricolore, à l’intérieur de ce camion. - J. Laugier / 20 Minutes

Les Français vraiment dominants sur les skis

« On teste entre 10 et 12 paires par jour pour chaque athlète : on évalue leur vitesse et le patinage afin de trouver les skis les plus performants pour cette journée, selon les conditions », poursuit celui qui est responsable du pôle glisse depuis 2011. Parallèlement, « une vingtaine de formules différentes de fartage » sont mises en œuvre pour établir « la meilleure combinaison », sans fluor, un produit interdit par l’IBU depuis trois ans pour des raisons écologiques. Les biathlètes accordent une totale confiance à cet aspect.

« L’athlète n’a aucun regard sur le choix des skis, précise Grégoire Deschamps. Il a déjà beaucoup de préparation et de réglages au niveau du tir, une grosse partie médiatique, ainsi que de la récupération/du kiné. Le ski est donc entièrement délégué à la partie techniciens dans le camion. Autant on échange avec les biathlètes les soirs pour connaître leur ressenti sur les skis, autant ils nous font confiance à 100 % avant une course. » Les biathlètes ont bien raison de faire confiance à leur équipe, compte tenu des temps de ski qui sont généralement supérieurs à la concurrence. Un véritable fil rouge des Jeux, dans lequel les huit techniciens jouent un rôle essentiel.

Un nouveau camion plus grand dès la saison prochaine

Tous ces chiffres sont marquants, même si l’équipe de Grégoire Deschamps reste dans l’ombre lors de la célébration des dix médailles. « On ne recherche pas la lumière, insiste-t-il. Ce sont des métiers difficiles physiquement. Les personnes dans le camion skient entre 30 et 40 km tous les jours depuis notre arrivée à Anterselva. Il faut savoir qu’un technicien skie plus qu’un athlète durant l’hiver. Mais lorsque des résultats comme ceux-ci se présentent, on en est fiers. Cependant, dans ce métier, on sait que rien n’est acquis d’avance et qu’il ne faut jamais se vanter. On marche constamment sur des œufs. »

Malgré un succès éclatant avant les deux mass-starts finales, les techniciens seront à nouveau présents sur le bord des pistes pour informer les biathlètes des écarts. À partir de la saison prochaine, l’équipe bénéficiera d’un camion flambant neuf, avec une superficie passant de 52 à 85 m². Idéal pour creuser encore plus l’écart avec la concurrence ?

Avant les départs des courses, les techniciens français testent des dizaines de paires de ski, tout en prenant de nombreuses mesures pour connaître au mieux l'évolution de la neige.
Avant les départs des courses, les techniciens français testent des dizaines de paires de ski, tout en prenant de nombreuses mesures pour connaître au mieux l’évolution de la neige. - J. Laugier / 20 Minutes

Le Groenlandais Oystein Slettemark, coach du Danemark durant ces JO, remarque : « La France fait toujours partie des équipes qui excellent dans le choix des skis. On voit là à quel point ils sont plus réguliers et au-dessus par rapport aux Suédois, qui disposent pourtant d’une douzaine de techniciens durant les Jeux. »

La prépa physique intéresse plus la concurrence

Stéphane Bouthiaux, directeur des équipes de France de biathlon, souligne l’importance de ces « hommes de l’ombre » : « Sans tout le travail immense qui est fait chaque jour ici, la performance n’est pas possible. C’est simple : si les skis ne glissent pas, il ne peut pas y avoir la moindre victoire, ce qui montre l’énorme responsabilité des techniciens. »

La biathlète norvégienne Karoline Knotten nuance : « Je ne pense pas que la raison principale de la domination française lors de ces JO soit les skis, car les nôtres sont également excellents. Je suis surtout intéressée à savoir comment les Français se sont préparés physiquement avant les Jeux. C’est impressionnant de les voir si nombreux parmi les plus rapides sur les skis ici. Si les Françaises sont plus fortes que nous sur les skis, cela est selon moi lié à leur préparation physique d’avant-saison et d’avant-Jeux. »

Notre dossier sur les JO d’hiver 2026

Quoi qu’il en soit, l’équipe de France peut affirmer aujourd’hui être la reine du fartage et du choix des skis, n’est-ce pas ? « Je ne le considère pas, j’en suis sûr, sourit Stéphane Bouthiaux. On a des datas qui nous le prouvent. » Et une collection de médailles historique pour la discipline, qui soutient la délégation française lors de ces JO d’hiver 2026.