Belgique

Des milliers de Belges subissent chaque année une chirurgie hallux valgus.

En 2023, plus de 11.000 personnes en Belgique ont eu recours à une chirurgie pour corriger l’hallux valgus, dont 80% étaient des femmes. Le taux de réussite de ces interventions est de 98%, selon un rapport de l’Inami.


Le gauche l’an dernier, le droit, il y a dix ans… Françoise a fait appel à un chirurgien orthopédique pour traiter les bosses sur ses orteils. C’est la douleur persistante qui a motivé sa décision de subir une opération. En dix ans, elle a remarqué une différence. « La première fois, j’ai passé une nuit à l’hôpital après l’opération. J’ai dû porter une sorte de botte pour maintenir le pied. La seconde fois, je suis sortie le soir même, sans botte rigide, mais avec des chaussures spéciales, comme des baskets très larges », explique-t-elle.

Et la douleur ? « Supportable » dans les deux cas, et résorbée plus rapidement la seconde fois.

« Il y a dix ou quinze ans, certains patients ne se faisaient pas opérer du deuxième côté, car cela leur faisait souvent très mal », constate Thaïs Dengis-Araca, anesthésiste à l’hôpital de la Citadelle à Liège. Ce n’est plus aussi fréquent aujourd’hui, même si le bruit de la scie électrique, semblable à un gros frelon bourdonnant à l’oreille, reste désagréable.

C’est quoi, cet oignon ?
Les Anglais l’appellent « bunion ». Pour les francophones, le terme « oignon » s’est répandu, mais le terme médical précis est hallux (gros orteil) valgus (dévié vers l’extérieur) ou varus (dévié vers l’intérieur).

Le gros orteil penche donc vers les autres orteils, provoquant une bosse, à la fois disgracieuse et parfois douloureuse.

Quand la douleur devient persistante, une intervention chirurgicale s’impose. « On scie, on coupe dans l’os. C’est comme si on faisait une fracture dirigée pour corriger la position », décrit un expert.

Maud Piron pratique cette opération entre dix et vingt fois par mois. Cette chirurgienne orthopédique à l’hôpital de la Citadelle, à Liège, confirme que l’opération est aujourd’hui beaucoup moins douloureuse qu’auparavant.

C’est important, car c’est la première crainte exprimée par les patients : auront-ils très mal ? « On commence à savoir que la douleur est moins intense, qu’on peut poser le pied rapidement et se gérer chez soi. Les chirurgiens sont aussi plus spécialisés qu’auparavant », précise-t-elle. Les techniques ont évolué ces deux dernières décennies, avec ou sans vis, utilisant des petites incisions ou une ouverture plus importante, selon la pathologie et les préférences du chirurgien.

Un autre acteur clé dans ce domaine est l’anesthésie. « Pour moi, la meilleure gestion de la douleur ne dépend pas de la technique chirurgicale, mais des techniques d’anesthésie », assure Maud Piron.

Une gestion primordiale de la douleur
Effectivement, les techniques d’anesthésie ont profondément changé la gestion de la douleur lors de ces interventions. Fini les anesthésies générales. Aujourd’hui, les anesthésies loco-régionales sont privilégiées. « Cela signifie que l’on endort sélectivement, sous contrôle échographique, une partie des nerfs qui transmettent la sensibilité des structures osseuses et cutanées », détaille l’anesthésiste. « C’est le même principe que chez le dentiste, sauf que les anesthésiques locaux utilisés ont une durée de vie prolongée, allant jusqu’à 16 heures, voire 24 heures après l’intervention, selon la sensibilité de la personne. »

Gérer la douleur immédiatement après une intervention comme celle-ci est crucial. « Avoir moins mal réduit aussi l’anxiété », développe l’anesthésiste. Il est ensuite possible de passer à des antidouleurs plus classiques. Cela permet également de favoriser la réhabilitation. « Nous savons que la douleur aiguë dans les premières heures post-opératoires crée le lit de la douleur chronique et des complications comme l’algodystrophie. Ainsi, cela améliore non seulement la douleur directe post-opératoire, mais aussi les douleurs chroniques liées à ce type de chirurgie. »

Oignons et statistiques
En Belgique, selon un rapport de l’Inami, plus de 11 000 personnes ont subi cette chirurgie en 2023 (derniers chiffres disponibles). Ce sont principalement des femmes, dans 80 % des cas, qui font le choix de l’opération. L’Inami alloue un budget annuel de 5,5 millions d’euros à cette intervention. Le coût à la charge du patient se situe entre 400 et 500 euros. Après une chute importante lors de la crise du Covid, les chiffres sont restés relativement stables dans le pays.

La moyenne d’âge des patients lors de cette opération est d’un peu moins de 55 ans. Cela ne signifie pas que les plus jeunes sont épargnés. C’est une des affections du pied les plus courantes dans le monde, même si elle est souvent bénigne et ne nécessite pas de chirurgie. La déformation toucherait environ un quart de la population mondiale.

Ce qui pose la question suivante : mais pourquoi attrape-t-on ce problème ?

L’origine du mal
Selon un article du National Geographic, cette affection est spécifique aux êtres humains, qui en souffrent depuis des millénaires. Nos orteils n’ont visiblement pas suffisamment évolué. « Les empreintes préhistoriques en Angleterre jusqu’aux momies égyptiennes montrent des bosses osseuses », note le magazine. L’apparition des chaussures aurait augmenté la fréquence de cette déformation.

Les médecins d’aujourd’hui soulignent que nos chaussures, souvent trop hautes ou trop étroites, sont un facteur aggravant, notamment chez les femmes. « La chaussure de base n’est pas adaptée au pied humain », commente Maud Piron. « Nous devrions porter des modèles beaucoup plus larges si nous cherchions réellement des chaussures appropriées. Il y a aussi la sédentarité, qui réduit la sollicitation du pied. La musculature intrinsèque du pied finit par s’affaisser. »

Les pieds plats et la génétique sont également incriminés. « Le pied plat aggrave cette condition, car l’affaissement musculaire lié au pied plat favorise la déformation en hallux valgus. »

Enfin, selon le rapport de l’Inami, le taux de réussite de ces interventions est de 98 %.