Fermeture de l’ambassade de Belgique à Cuba : inquiétudes sur l’interventionnisme de Trump
La fermeture de l’ambassade belge à La Havane a été contestée par près de 200 signataires dans une carte blanche adressée aux autorités belges. En novembre dernier, le ministre des Affaires étrangères, Maxime Prévot, avait annoncé la fermeture de plusieurs postes diplomatiques dans le monde, une mesure qui sera appliquée lors des années 2026-2027.

« Dans ce contexte de crise, fermer l’ambassade belge à La Havane enverrait un signal des plus défavorables : celui d’un recul précisément où la diplomatie est devenue vitale« . Dans une carte blanche adressée aux autorités belges, près de 200 signataires ont contesté la fermeture de l’ambassade de Belgique à Cuba.
En novembre dernier, le ministre des Affaires étrangères, Maxime Prévot, avait annoncé la fermeture de plusieurs postes diplomatiques dans le monde. Une mesure qui serait appliquée au cours des années 2026-2027. Mais cette décision est contestée, notamment à la suite du blocus américain sur le pétrole vénézuélien, aggravant la crise économique et humanitaire sur l’île. Les signataires s’inquiètent de cette fermeture, dans un contexte géopolitique fragile.
Cuba dans une situation préoccupante
Depuis des décennies, Cuba subit un embargo économique renforcé, qui affecte directement sa population. « Quand on impose un embargo à un Etat, que ce soit sur le pétrole ou sur les produits de production et de consommation, on punit la population plutôt que le régime« , déclare Réginald Moreels. Le chirurgien humanitaire et ancien ministre belge de la Coopération fait partie des signataires de la carte blanche.
En février dernier, l’ONU alertait sur un risque d’effondrement humanitaire lié à la chute des approvisionnements en pétrole, provoquée par les USA, et la suspension des exportations mexicaines. Rappelons que le Venezuela est le principal fournisseur d’énergie de la Havane, mais les Etats-Unis ont intensifié la pression avec un décret exécutif menaçant d’imposer des droits de douane aux pays qui vendent du pétrole à Cuba.
Pour Réginald Moreels, la situation sur place est préoccupante : « On peut considérer qu’on n’étrangle pas un pays et sa population d’une telle façon et d’une manière aussi brutale« .
Maintenir la diplomatie
Dans ce contexte de tensions et de visions interventionnistes de Donald Trump, le maintien de l’ambassade belge à Cuba est primordial selon Réginald Moreels. « Les présidents précédents sont aussi coupables de l’embargo, mais Trump y ajoute une dimension extrêmement agressive. On risque une invasion de Cuba et je crois qu’il faut maintenir la présence des ambassades des pays qui privilégient le dialogue à la violence« , déclare-t-il.
Il ajoute également qu’en cas de crise majeure « l’ambassade constitue le dernier refuge pour les ressortissants présents sur l’île« .
Contacté à ce propos, Maxime Prévot se veut rassurant : « La Belgique maintiendra pleinement ses relations diplomatiques avec Cuba« , explique-t-il. Lors de l’annonce de la fermeture de l’ambassade, il avait déclaré que « la Belgique sera présente autrement« . « Cela signifie que nos intérêts et ceux de nos ressortissants seront désormais traités depuis une autre ambassade de la région, avec un suivi régulier assuré par nos services à Bruxelles« , indique-t-il.
Mais le maintien d’une diplomatie sous une autre forme a du mal à convaincre. « C’est un affaiblissement de la diplomatie. Dans cette période instable, c’est justement le moment de renforcer le dialogue, et de montrer que la Belgique n’est pas alignée avec les USA« , affirme Marie-Lou Badie, membre de Cubanismo, le mouvement à l’initiative de la carte blanche.
Préserver le partenariat scientifique et culturel
Parmi les signataires, il y a des membres de la société civile, mais également des universitaires, syndicalistes, artistes et chercheurs. Tous s’inquiètent d’une potentielle répercussion sur le partenariat scientifique et culturel, avec une complication des démarches administratives, de la mobilité académique ou encore de la mise en péril des recherches communes.
Ici aussi, Maxime Prévot nuance : « Les nombreuses collaborations académiques et culturelles entre la Belgique et Cuba pourront se poursuivre sans difficulté. La présence ou non d’une ambassade n’est pas déterminante à cet égard, d’autant plus que ces matières relèvent des compétences des Communautés. De telles collaborations existent également avec des pays où nous n’avons pas d’ambassade, sans que cela ne pose problème« , assure-t-il.
Pour Marie-Lou Badie, au contraire : « L’ambassade est un point de référence dans la région. Il est possible que la collaboration continue, mais elle doit être stimulée et soutenue« .
Un potentiel retour en arrière ?
Par cette carte blanche, les signataires demandent la poursuite du dialogue et de la collaboration, dans un contexte d’asphyxie de Cuba. Maxime Prévot rappelle le soutien de la Belgique : « Chaque année nous soutenons la résolution de l’Assemblée générale des Nations Unies, appelant à la levée de l’embargo. Mes services suivent la situation de près« .
Il explique « rester attentif à l’évolution de la situation à Cuba et dans la région« , précisant que « toute décision peut être réévaluée si les circonstances l’exigent« . Mais il ajoute qu’à ce jour, « compte tenu des éléments d’analyse, rien ne semble laisser penser que nous allons revenir sur cette décision de fermeture« .

