France

Mort de Quentin Deranque : polémique sur l’autodéfense de la Jeune Garde

La France insoumise est sous pression suite à la mort de Quentin Deranque à Lyon et à l’interpellation de onze personnes, dont trois proches du député LFI Raphaël Arnault. Jean-Luc Mélenchon a maintenu son soutien au mouvement « antifasciste », dissous en juin 2025, tout en signalant des « divergences » dans le mode d’action.

La pression augmente sur La France insoumise. Le mouvement dirigé par Jean-Luc Mélenchon traverse une tempête depuis le décès de Quentin Deranque à Lyon et l’interpellation, mardi, de onze personnes, dont trois proches du député LFI Raphaël Arnault. Sébastien Lecornu a appelé les insoumis à « faire le ménage » dans leurs « idées » et dans leurs « rangs », mettant en évidence leur proximité avec la Jeune Garde.

Jean-Luc Mélenchon a répliqué que le Premier ministre « a pété un câble », tout en affirmant son soutien au mouvement « antifasciste », dissous en juin. Au centre des controverses se trouve la notion d’« autodéfense » défendue par la Jeune Garde et par les insoumis.

Jean-Luc Mélenchon sous le feu des critiques pour son soutien à la Jeune Garde.
Jean-Luc Mélenchon sous le feu des critiques pour son soutien à la Jeune Garde.  - Alain ROBERT/SIPA

Qu’est-ce que l’« autodéfense » ?

Depuis sa fondation à Lyon en 2018, la Jeune Garde prône « l’autodéfense populaire » face à la violence de groupes d’extrême droite historiquement présents à Lyon. Dans un portrait de l’Express publié peu après son élection à l’Assemblée nationale en 2024, Raphaël Arnault évoquait le déclic qui a conduit à la création de la Jeune Garde lors d’une manifestation contre la loi Travail en 2016. « Des militants d’extrême droite nous ont attaqués. Nous étions plus nombreux qu’eux, mais complètement incapables de riposter. C’est à ce moment-là que nous avons compris qu’il fallait nous organiser. »

L’ancien porte-parole de la Jeune Garde revendique le recours à la violence pour faire « reculer » les mouvements d’extrême droite. Il partage à plusieurs reprises des photos d’entraînement au combat sur ses réseaux sociaux, gants de boxe aux mains.

Une centaine de membres au moment de sa dissolution

« Lorsqu’on est directement confronté à la violence imposée par ces milices d’extrême droite, il faut savoir comment y répondre », justifiait-il également lors d’un entretien sur YouTube en décembre 2024. La Jeune Garde, qui comptait environ une centaine de membres avant sa dissolution selon les autorités, a gagné en visibilité lors de la mobilisation contre la réforme des retraites de 2023, en multipliant les actions de terrain, à proximité des universités ou dans des « pré-cortèges » de manifestations.

Raphaël Arnault se réjouit même d’avoir facilité l’organisation de manifestations féministes ou de la Gay Pride dans certains quartiers, comme le Vieux Lyon. La préfecture « nous informait de la présence de l’extrême droite, que nous étions dans des zones de non-droit, et grâce à la prise en charge de notre  »propre sécurité » […] nous avons réussi à rétablir ces manifestations », a-t-il insisté sur BFM Lyon en juillet 2024. Des opérations « d’autodéfense » auxquelles Raphaël Arnault a personnellement pris part : « Nous avons parfois dû nous engager physiquement, ce qui a été mon cas, et je ne m’en suis jamais caché », a-t-il reconnu en octobre 2025 sur LCP.

Condamnations judiciaires

Mais les actions de la Jeune Garde se limitent-elles à une posture défensive face aux groupes d’extrême droite ? Le décret de dissolution, signé par l’ancien ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau en juin 2025, fait état de « membres du groupement régulièrement impliqués dans des actions particulièrement violentes » et évoque même « un mode d’action généralisé ».

Le ministère de l’Intérieur cite plusieurs exemples d’« aggression » envers des individus parfois isolés. Fin juin 2024, huit membres de la Jeune Garde ont été mis en examen, soupçonnés d’avoir agressé un adolescent de 15 ans dans le métro parisien après une conférence de soutien à Gaza de la militante franco-palestinienne Rima Hassan, en le « giflant au visage » et « le traitant de sioniste », selon le ministère. Ces accusations de violence sont contestées par la Jeune Garde, qui a déposé un recours contre sa dissolution devant le Conseil d’État.

Raphaël Arnault, par ailleurs fiché S, a été définitivement condamné pour « violences volontaires en réunion » en mars 2025. Cette semaine encore, le coordinateur de LFI Manuel Bompard a déclaré que son collègue avait « fait le travail de la police » en repoussant des militants néonazis lors d’une mobilisation LGBT à Lyon en 2011. Cependant, le procès-verbal de la condamnation, révélé par Mediapart, mentionne une agression sur un individu isolé en marge de cette manifestation, ayant entraîné un jour d’interruption totale de travail.

Les insoumis soutiennent « l’autodéfense »

Le décès de Quentin Deranque et l’arrestation de trois proches de Raphaël Arnault n’ont pas réduit le soutien des insoumis pour ce mouvement « allié ». « Nous avons côtoyé et délibérément cherché à nous rapprocher de la Jeune Garde. Pourquoi ? Parce qu’elle avait une expérience beaucoup plus avancée que la nôtre en matière de défense face à des agressions fascistes […] Nous approuvons leur résistance », a déclaré Jean-Luc Mélenchon mardi soir lors d’une conférence, tout en mentionnant des « divergences » dans le mode d’action. Il a également redit lors de ce meeting sa condamnation du lynchage à mort du militant nationaliste lyonnais. « Dans la violence, qu’elle soit défensive ou offensive, tous les coups ne sont pas permis », a souligné le chef de file des insoumis.

Malgré les critiques, y compris à gauche, concernant leur proximité avec la Jeune Garde, les insoumis restent unis. « Moi, j’ai soutenu, je soutiens, et je continuerai de soutenir les groupes antifascistes qui pratiquent l’autodéfense populaire », a réaffirmé Manuel Bompard, le coordinateur de La France insoumise, sur France info ce jeudi matin. « L’autodéfense fait partie de l’histoire de la gauche car la gauche a toujours été violée, et il y a une partie de la jeunesse qui ne peut pas faire confiance aux pouvoirs publics », a expliqué à 20 Minutes un député insoumis. « Mais parmi ces jeunes, il y en a quelques-uns qui sont présents simplement à cause de leur rapport à la violence, car ils aiment se battre », a-t-il reconnu.

Le parti, désormais classé à l’extrême gauche par le ministère de l’Intérieur, maintient son soutien à Raphaël Arnault, balayant toute idée de suspension ou d’exclusion du groupe LFI à l’Assemblée nationale. « S’il devait partir à la demande de LFI, cela enverrait le signal à cette jeunesse que rentrer dans une institution est une impasse, reprend l’élu insoumis, et cela légitimerait le recours à la violence. »