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Corée du Sud : quel avenir pour l’ex-président Yoon Suk-yeol, déclaré coupable ?

L’ex-président sud-coréen Yoon Suk-yeol a été condamné ce jeudi à la prison à vie pour avoir mené une insurrection en suspendant le régime civil dans la nuit du 3 au 4 décembre 2024. Le tribunal du district central de Séoul a également déclaré coupable l’ex-ministre de la Défense Kim Yong-hyun, et l’a condamné à trente ans de prison.


L’avenir de l’ex-président sud-coréen Yoon Suk-yeol se teinte de plus en plus de noir. Reconnu coupable d’avoir orchestré une insurrection en suspendant le régime civil dans la nuit du 3 au 4 décembre 2024, l’ancien chef de l’État conservateur a échappé à la peine de mort, que le parquet avait sollicitée, même si aucune exécution n’a eu lieu en Corée du Sud depuis 1997.

Bien qu’il n’ait pas été condamné à la peine capitale, il n’en reste pas moins que sa situation demeure grave. Ce jeudi, l’ex-président a été condamné à la réclusion à perpétuité pour son coup de force, rapide mais avorté. Le juge principal Ji Gwi-yeon, du tribunal du district central de Séoul, a déclaré, en énonçant son verdict : « Concernant l’accusé Yoon Suk-yeol, le crime de direction d’une insurrection est établi. » Il a ajouté que « la Cour estime que l’intention était de paralyser l’Assemblée pendant une période considérable ». Selon lui, « la proclamation de la loi martiale a entraîné des coûts sociaux énormes, et il est difficile de trouver des indices montrant que l’accusé a exprimé des remords à ce sujet ».

En invoquant la menace de « forces hostiles à l’État », Yoon avait annoncé cette décision choc à la télévision, surprenant tout le monde et ordonnant à l’armée de se rendre au Parlement pour le faire taire. Cependant, son coup de force n’a duré que six heures, car des députés ont réussi à franchir les grilles pour pénétrer en nombre suffisant dans l’hémicycle et contrecarrer ses plans.

Cette tentative a ravivé des souvenirs douloureux des dictatures dans une société habituée à la démocratie, secouant les marchés, étonnant les observateurs étrangers et provoquant une profonde crise politique intérieure. Le pays a connu la suspension de Yoon par l’Assemblée nationale, son arrestation (au deuxième essai des autorités), sa destitution en avril, puis la victoire de son concurrent Lee Jae-myung lors de l’élection présidentielle anticipée de juin.

Les Sud-Coréens, qui ont manifesté à la fois contre et en faveur de Yoon Suk-yeol pendant des mois après cette nuit fatidique, ont pu suivre en direct à la télévision la lecture du jugement.

Des milliers de partisans s’étaient rassemblés devant le tribunal, appelant à l’abandon des poursuites. Certains ont éclaté en larmes à l’annonce du verdict, tandis que d’autres ont réagi avec colère. Les avocats de l’ancien président, âgé de 65 ans, ont estimé que cette sentence marquait « l’effondrement de l’État de droit ». Me Yoon Gap-geun a questionné devant les journalistes : « Pourquoi avons-nous eu des procès si c’était juste pour suivre la conclusion prédéterminée par les procureurs ? » Il a également mentionné qu’il pourrait envisager de faire appel après avoir consulté son client.

Dans le camp des opposants à Yoon, le mécontentement était également palpable dans les rues, certains exprimant leur déception face à la décision. « Bien sûr, nous espérions la peine de mort, donc nous sommes très déçus qu’une peine de prison à vie ait été infligée », a déclaré Lim Choon-hee, 60 ans, à l’AFP.

Quant à Yoon, qui comparait détenu, il est bien connu des tribunaux, étant au cœur de plusieurs autres affaires criminelles et ayant déjà écopé de cinq ans d’emprisonnement pour des faits moins graves liés à son coup de force. De précédents collaborateurs, en poste à ce moment-là, ont également reçu des peines de prison ou attendent leur jugement. Ce jeudi, le tribunal du district central de Séoul a déclaré coupable l’ex-ministre de la Défense Kim Yong-hyun, le condamnant à trente ans de réclusion. L’ancien Premier ministre Han Duck-soo a été condamné à 23 ans d’incarcération fin janvier, tandis que l’ancien ministre de l’Intérieur Lee Sang-min a écopé de sept ans de prison la semaine dernière pour leurs rôles respectifs dans ce scandale.