États-Unis : La gauche américaine s’inspire de Trump avec le « dark woke »
Donald Trump a imposé une manière de communiquer directe, remplie de fake news, souvent insultante et largement tournée vers les réseaux sociaux. Selon le baromètre de janvier 2026 du Cevipof, 78 % des Français déclarent ne pas avoir confiance en la politique, un chiffre jamais atteint depuis la création de ce baromètre, en 2009.
Quand Donald Trump est revenu à la Maison-Blanche, il n’a pas seulement redécoré le salon à son goût. Il a imposé sa manière de communiquer : directe, souvent empreinte de fake news, parfois insultante et largement condescendante, moqueuse, et axée sur les réseaux sociaux. En revanche, ses adversaires démocrates ont essayé de s’en tenir à une ligne inspirée par Michelle Obama, disant « quand ils s’abaissent, on s’élève ». Cette résolution, cependant, n’a pas duré plus longtemps que les vœux du Nouvel An, de plus en plus d’opposants à Trump prenant le virage du « dark woke ».
Dans les colonnes du New York Times, Bhavik Lathia, consultant en communication et ancien directeur numérique du Parti démocrate du Wisconsin, a déclaré que « les républicains ont en quelque sorte enfermé les démocrates dans une prison de respectabilité ». Cela fait un peu plus d’un an que les démocrates tentent de s’en échapper. L’idée sous-jacente est que les discours polis et respectables de leurs adversaires, même s’ils sont sincères, n’affrontent pas efficacement les diatribes de Trump. D’après les journalistes, les membres du Parti démocrate ont donc été encouragés à ajuster leur ton.
« C’est le décalque du trumpisme, mais à gauche »
Les critiques que Donald Trump adressait à leurs discours « woke » semblent avoir poussé certains à embrasser un « dark woke ». « On pourrait le définir comme une réponse au trumpisme par la dérision, avec un ton plus affirmé que le discours démocrate traditionnel, utilisant les mêmes registres que le trumpisme : agressivité, second degré, humour piquant, attaques directes », a expliqué Philippe Moreau-Chevrolet, communicateur et professeur à Sciences Po Paris, à 20 Minutes. « C’est vraiment le décalque du trumpisme, mais à gauche », a-t-il ajouté.
Ce phénomène se déroule principalement sur les réseaux sociaux, d’où provient d’ailleurs l’expression « dark woke ». Alexandria Ocasio-Cortez, membre du congrès démocrate, en est une des figures emblématiques. Elle avait posté sur Instagram « je ne célèbre pas les violeurs » pour justifier son absence à l’investiture de Trump. En réponse, la conservatrice Chaya Raichik avait suggéré sur X que Trump porte plainte, ce à quoi la démocrate avait répliqué : « Oh, ça te perturbe ? Pleure encore ».
« Make America Gavin Again »
Gavin Newsom ne reste pas en reste. Se moquant de Donald Trump et de son slogan MAGA, le gouverneur démocrate de Californie a partagé sur X une image d’un drapeau avec le slogan « Make America Gavin Again », promettant que « bientôt, MAGA aura une toute nouvelle signification ! ». Sur le même réseau, il ne craint pas de qualifier Trump de « grand-père », tout en encensant le chanteur Bad Bunny, dont le président est irrité. Son service de presse a également exprimé sur X son incrédulité : « nous ne pouvons vraiment pas croire que cet homme possède les codes nucléaires. Respirez profondément, tout le monde. Encore trois ans ».
Jasmine Crockett, élue démocrate du Texas, n’a pas mâché ses mots en qualifiant Greg Abbott, le gouverneur républicain du Texas, de « Hot Wheels governor », une moquerie concernant son handicap, le républicain se déplaçant en fauteuil roulant. « On peut être audacieux, mesquin, incisif, tout en gardant une conscience morale », avait déploré l’ancienne stratège en communication de… Alexandria Ocasio-Cortez, dans les pages du NY Times. « Cette stratégie de « dark woke » soulève des questions au sein du camp démocrate » a reconnu Philippe Moreau-Chevrolet. Certains se demandent s’il faut combattre le trumpisme avec les mêmes armes ou s’il vaut mieux rester fidèle à ses valeurs.
Aux États-Unis, certains estiment que cela ne serait qu’une mode, semblable à une tendance éphémère sur TikTok. Cependant, cela pourrait également arriver en France, si ce n’est pas déjà le cas. « C’est en train de se développer doucement car notre culture politique est différente, et les réseaux sociaux n’ont pas encore pris le virage populiste radical qu’ils ont aux États-Unis », analyse l’enseignant de Sciences Po. Cependant, il note un début d’« alignement vers le bas » dans le discours politique, qu’il s’agisse d’une communication trumpiste ou de « dark woke ».
Mais l’audience générée sur les réseaux ne traduit pas nécessairement un soutien massif des électeurs. En réalité, selon le baromètre du Cevipof de janvier 2026, 78 % des Français affirment ne pas avoir confiance en la politique, un chiffre sans précédent depuis la création de ce baromètre en 2009.

