Belgique

Mort de Quentin Deranque en France : drame inévitable en Belgique ?

Quentin Deranque, militant nationaliste de 23 ans, est mort la semaine dernière après avoir été roué de coups par plusieurs personnes encagoulées, en marge d’une conférence de l’eurodéputée La France Insoumise (LFI) Rima Hassan à Lyon. Selon l’historien Sylvain Boulouque, la mort de ce militant met surtout « en lumière aujourd’hui des groupuscules extrêmes de plus en plus violents et cela à droite comme à gauche. »


Quentin Deranque, militant nationaliste de 23 ans, a perdu la vie la semaine dernière après avoir été agressé par plusieurs individus masqués lors d’une conférence de l’eurodéputée de La France Insoumise (LFI), Rima Hassan, à Lyon. Onze personnes ont été interpellées, y compris plusieurs collaborateurs du député LFI, Raphaël Arnault. Comment en est-on arrivé à cette tragédie ?

Sylvain Boulouque, historien spécialisé dans les radicalités politiques et les mouvements sociaux en France, souligne que Lyon est « devenu depuis une vingtaine d’années un lieu d’affrontements réguliers entre l’extrême gauche et l’extrême droite ». Il met en avant le fait que « l’extrême droite a cherché dans cette municipalité à empêcher toute expression politique autre que la sienne », entraînant la formation de plusieurs groupes antifascistes en réponse.

Selon Boulouque, ces confrontations sont fréquentes et ce décès aurait pu être évité il y a quelques années, rappelant qu’il y a deux ans, « un militant de la CGT (syndicat français) avait déjà été laissé quasiment pour mort dans les rues de Lyon ». Il considère ce drame comme prévisible et presque « inévitable » au vu « du degré de violence qui a été atteint depuis quelques années dans cette ville ».

Néanmoins, cette violence n’est pas confinée à Lyon. « Ça aurait pu se produire dans d’autres villes de France puisqu’on a des affrontements similaires à Paris et dans plusieurs autres villes », note-t-il. La mort de Quentin Deranque met en lumière des « groupuscules extrêmes de plus en plus violents, tant à droite qu’à gauche », souligne l’historien. Il constate que « la société française est vraiment traversée par une polarisation – pas autour du centre ou des partis démocratiques – mais autour des partis extrêmes ».

L’historien remarque également que l’extrême droite dispose d’une caisse de résonance significative. Il rappelle qu’il y a deux ans, « un ancien joueur international de rugby a été tué par des militants d’extrême droite » sans susciter une grande couverture médiatique. Dans le cas de la mort de Quentin Deranque, il observe une « instrumentalisation parce que l’extrême droite possède un réseau d’influence assez important, avec des médias et des chaînes d’information qui amplifient cette situation. Cette caisse de résonance est beaucoup plus importante qu’il y a une dizaine d’années ».

En ce qui concerne la Belgique, bien qu’aucun décès n’ait été déploré, les tensions sont en hausse. Que ce soit en rapport avec Gaza, les événements à l’Arizona, ou la venue de Georges-Louis Bouchez à Liège, le politologue de l’ULiège, François Debras, confirme que la situation est également « de plus en plus tendue ».

Debras évoque le concept d’antifascisme, qui se rapporte à un collectif, indiquant que « c’est une pluralité d’acteurs indépendants les uns des autres, tels que des enseignants, des journalistes, des membres du milieu associatif ou même des villes se déclarant antifascistes ». Il précise qu’il existe une diversité d’actions allant des conférences et de la rédaction de livres à des rassemblements ou manifestations contre certaines personnalités.

Concernant les distinctions entre les militants d’extrême droite et d’extrême gauche, il souligne qu’elles proviennent de visions du monde fondamentalement différentes. L’extrême droite se concentre sur « l’inégalitarisme, le nationalisme et le sécuritarisme, tandis que l’extrême gauche embrasse l’anticapitalisme et l’égalitarisme ». Malgré les différences, Debras s’interroge sur l’égalité de la violence entre ces deux extrêmes.

Il remarque que les actions d’extrême gauche se traduisent souvent par des dégradations matérielles, alors que celles d’extrême droite visent l’intégrité physique et psychologique de certaines personnes, selon leur origine nationale ou leur identité sexuelle. Il précise que les actions violentes de l’extrême droite en Belgique « atteignent vraiment physiquement des personnes » en fonction de leur origine nationale et de leur identité de genre, contrairement à l’extrême gauche qui se contenterait d’incidents mineurs.

Parallèlement, l’OCAM a fourni une distinction quantitative, signalant que « selon ses chiffres actualisés, à l’extrême droite on est passé de 5 à 13% en 2025, alors qu’à l’extrême gauche, on est passé de 1 à 4% ». Les ordres de grandeur diffèrent donc.

En conclusion, François Debras souligne que le point commun entre la situation en France et en Belgique est une « brutalisation de la scène politique », où l’habituation à une forme de violence pourrait avoir des répercussions sur la société.