Belgique

« Face à Naps, la plaignante témoigne : ‘Je ne me suis jamais sentie aussi anéantie’. »

Fanny accuse Naps de l’avoir violée dans la nuit du 30 septembre au 1er octobre 2021, tandis que Naps nie les accusations et évoque une relation consentie. Les deux parties ont présenté des versions opposées des événements lors de l’audience.


Elle accuse Naps de l’avoir violée dans la nuit du 30 septembre au 1er octobre 2021. Celui-ci nie les accusations de viol et affirme qu’il s’agissait d’une relation consentie avec la jeune femme, alors âgée de 20 ans. Lui avait 35 ans.

Interrogé longuement à la barre, il présentera également sa version des faits devant la cour.

**Le moment est venu**

C’est stoïque et le regard fixé devant elle que Fanny se présente à la barre, vêtue de noir, avec un chignon serré, sans maquillage ni fioriture.

« Le moment est venu », lui lance la présidente, Danièle Dionisi. « Si je suis devant vous, c’est pour raconter ma version des faits », commence la jeune femme, dont on entend la voix pour la première fois.

« En sortant de cette chambre, je me suis sentie anéantie, privée de ma dignité. C’est comme si on m’avait retiré toute ma lumière, je me suis sentie vide », témoigne-t-elle.

Aujourd’hui, ce qu’elle souhaite, c’est « retrouver (sa) dignité », dit-elle.

Elle raconte qu’au moment des faits, alors qu’elle n’a qu’à peine 20 ans, sa vie est déjà bien cabossée. Quelques mois plus tôt, à l’été 2021, elle a porté plainte contre son ex-compagnon pour violences conjugales. C’est son premier amour et le seul homme avec qui elle a eu des rapports sexuels, jusqu’à cette soirée au club « The Key » où elle rencontre Naps.

À cette époque, elle vit chez ses parents, avec qui les relations sont compliquées, notamment avec son père. Une situation qui l’a amenée à être placée temporairement à l’aide sociale à l’enfance et en famille d’accueil. Pour fuir son domicile familial, elle sort beaucoup.

Ce soir-là, elle et ses amies sont invitées dans la boîte de nuit par un promoteur. Le principe est simple : des filles sont conviées à remplir le carré VIP, ce qui augmente la présence féminine et, en échange, elles ne paient ni boissons ni entrées.

Dans la soirée, elles se retrouvent invitées à la table du rappeur marseillais. La fête bat son plein, alcools et joints de cannabis circulent. Ce n’est pas vraiment de la drague, mais juste « une bonne ambiance », rapportent de nombreux témoins, dont la plaignante.

À la fermeture du club, Alice propose de se joindre à Naps et ses amis pour un after. « Je ne voulais pas la laisser toute seule », dit Fanny à la barre. « À aucun moment je ne vois une connotation sexuelle dans l’idée d’un after. Pour moi, c’est juste la continuité de la soirée. »

Arrivés à l’hôtel, le cousin et le garde du corps de Naps demandent aux jeunes filles de laisser leurs téléphones. « C’est courant », explique Naps, voulant protéger sa vie privée. « Ce n’est pas une contrainte. Si elles ne veulent pas le donner, elles peuvent repartir. »

Les jeunes filles se retrouvent finalement seules avec le rappeur dans la chambre d’hôtel. Entourée de ses amies, Fanny se sent en confiance. Camille s’endort la première, épuisée par les excès de la soirée.

Dans cette petite chambre d’à peine 10 m², Fanny alterne entre le lit et les genoux de Naps. « Pas malin », souffle-t-elle en balayant toute ambiguïté sexuelle. Elle ne veut pas s’allonger sur ce lit, craignant de s’endormir.

Finalement, « le trou noir », elle a trop de fatigue.

> *Je ne comprends pas à ce moment-là que c’est lui, je ne sens pas le danger.*

Alors endormie, « quelqu’un essaye de soulever ma robe et baisser mon string ». Mais « je ne sens pas le danger », dit-elle.

« Je finis par être réveillée par une douleur due à la pénétration. Je ressens une violente chose entrer en moi. Je vois Alice en train de regarder la scène comme un film, je pensais que c’était mon amie. » Alice, voyant « la détresse » de son amie, se serait alors levée et aurait « tapoté l’épaule » du rappeur. Fanny finit par se dégager et « court aux toilettes. »

Après ?

Après, c’est « la tétanie », raconte la plaignante.

« Dans le taxi, aucun mot ne sort de ma bouche, j’ai le regard vide, je ne comprenais pas ce qu’il se passait », détaille Fanny, vivant l’absence de réaction de son amie Alice comme une trahison. « Avec Camille, c’est différent, elle n’est pas dans la chambre quand je me réveille. » Cette dernière a rapporté qu’elle n’avait pas compris ce qu’il se passait, croyant à des ébats sans vraiment saisir, décrivant « une ambiance sale » qui l’a poussée à quitter la chambre pour récupérer les téléphones auprès du cousin du rappeur.

La veille, Fanny a également appris qu’Alice a menti tout au long de l’instruction. Dans ses premières versions, elle racontait avoir tout fait pour tenter de réveiller Fanny alors que le rappeur était sur elle. Elle a même prétendu avoir proposé de se « sacrifier » et demandé à Naps d’aller sur elle plutôt que sur son amie. Alors qu’elle témoigne à la barre, elle dit « oui, j’ai menti. » « Je me sentais naze. » À ces mots, Fanny s’est effondrée la veille. Elle a culpabilisé pendant cinq ans de ne pas s’être réveillée pendant cette pénétration, explique-t-elle aujourd’hui. « Ça m’a encore plus détruite. »

Ce n’est que lorsqu’elle se retrouve seule avec Camille qu’elle parvient à mettre des mots sur ce qu’elle dit avoir vécu. Camille lui dira : « soit tu vis avec cette douleur, soit tu ne te laves pas pour garder les preuves et nous allons porter plainte. » Elle l’accompagnera alors dans le long processus de déposition et de réunion de preuves auprès des services français d’Unité médico-judiciaire.

**Puis vient le traumatisme**

Au cours des cinq années d’instruction, Fanny raconte ses galères pour remonter la pente. Sans sourciller, elle détaille : « j’ai essayé de mettre un masque mais ça n’a pas duré. » Elle confie avoir eu du mal à retravailler, ne supportant pas les foules, et ses nuits de cauchemars. « Quand je dors, j’ai l’impression que quelqu’un est sur moi en permanence. »

Durant son témoignage, Fanny se montre déterminée. Elle ne laisse rien transparaître aux trois avocats de Naps qui se succèdent pour l’interroger.

> « La chose sur laquelle je reste ferme et constante, c’est que j’ai été réveillée par une pénétration vaginale, d’autres questions ? », lance-t-elle à maître Perderau, l’un des avocats de Naps.

« Peut-être que vous n’êtes pas entrée dans cette chambre dans un état second ? », interroge l’avocat. « Peut-être que je ne suis pas entrée dans cette chambre pour être violée », rétorque la plaignante.

Maître Orane Quennot, seule femme conseil du rappeur, cherche à comprendre pourquoi, dans les jours qui ont suivi, Fanny est sortie en boîte de nuit à plusieurs reprises, tentant de dresser le portrait d’une jeune clubbeuse suivant les rappeurs de showcases en showcases. Fanny répond : « j’avais des périodes où je ne sortais plus de mon lit, et d’autres où je m’hypersexualisais et je sortais en boîte de nuit. »

L’échange entre les deux femmes est musclé. « Oui, elle est sortie en boîte de nuit après les faits », finit par intervenir l’avocat de Fanny, Maître Jean-Baptiste Boué-Diaquenod.

« Je savais qu’ils allaient essayer de me contrer sur des questions débiles », confie-t-elle à la sortie de sa prise de parole.

**Naps parle d’un « plan à trois » et demande « à la justice de faire son travail »**

L’après-midi de cette troisième journée d’audience est consacré à l’interrogatoire de Naps. Le Marseillais se présente sobrement, en veste brune et pantalon noir, calme devant la cour.

S’il a déjà donné plusieurs versions des faits, il est aujourd’hui interrogé par la cour et l’ensemble des parties. Dans le public, plusieurs jeunes sont venus assister au débat. Il faut avoir minimum 15 ans pour entrer dans la salle d’audience.

Face à la cour, Naps présente une version diamétralement opposée à celle de Fanny.

Il raconte une soirée festive, avec quelques jeux de séduction « furtifs » qui commencent dans la boîte de nuit. Dans cette chambre d’hôtel, il décrit plusieurs « rapprochements », comme lorsque Fanny s’est assise sur ses genoux. « Ça s’est fait naturellement », détaille-t-il. Pour lui, « tous les feux étaient au vert ».

Concernant les accusations de viol de la plaignante, il parle d’une « relation charnelle » et consentie.

« Jamais de la vie ça ne me viendrait à l’idée d’avoir un rapport avec une personne endormie, c’est lunaire ce qui se passe autour de moi aujourd’hui, et depuis des années, c’est impossible. C’est morbide », s’insurge le rappeur. « Ce n’est pas moi », dit-il fermement à la barre. « Je sais que ça existe dans certaines sphères mais ce n’est pas moi, je suis catégorique », ajoute-t-il avec ferveur.

Si les versions des trois jeunes femmes divergent en plusieurs points, toutes affirment néanmoins que la plaignante était endormie au moment des faits.

Naps évoque un « plan à trois » qui se serait mis en place dans cette chambre d’hôtel. Il raconte « des gémissements », des baisers et des caresses au moment de l’acte entre lui et la plaignante.

Il dit avoir arrêté son rapport avec Fanny pour changer de partenaire et aller vers Alice avant de perdre son érection. Alors qu’il tente de reprendre, Alice lui aurait fait signe d’arrêter, ce qu’il dit avoir fait. « Je sais reconnaître quand une fille n’est pas consentante comme Alice. Je me suis arrêté quand elle ne voulait plus », lance Naps à la cour.

Interrogé pendant près de trois heures, il revient sur les détails de cette soirée dont les souvenirs sont parfois flous, comme sur la présence de son ADN sur les strings de la plaignante, bien qu’il ait répété au cours de l’instruction ne jamais avoir vu ce sous-vêtement. « Je n’ai pas vu de string, je n’ai pas dit qu’elle n’en avait pas », répond Naps, pressé par le conseil de Fanny.

« Avez-vous déjà invité des filles dans des chambres d’hôtel depuis cette soirée ? », lui demande la présidente.

« C’est déjà arrivé », répond l’intéressé. Brièvement interrogé par l’avocate générale sur sa mise en examen en juillet 2024 dans le Var pour viols et agressions sexuelles après les plaintes de trois jeunes femmes dans un contexte similaire, le rappeur répond : « Je ne vois pas le rapport. »

Deux versions opposées qui seront à nouveau débattues lors d’un dernier jour d’audience ce jeudi avant que la cour ne délibère.

Naps, de son vrai nom Nabil Boukhobza, risque 15 ans de réclusion criminelle.