JO 2026 – Biathlon : Les Bleues ne sont-elles pas imbattables ?
Les Bleues ont remporté le relais féminin avec un écart de 51,3 secondes sur les Suédoises, établissant ainsi le plus gros écart dans un relais féminin olympique depuis les JO de Lillehammer 1994. Le président de la Fédération française de ski, Fabien Saguez, a déclaré : « La mécanique humaine est la plus compliquée à gérer », soulignant les tensions entre plusieurs biathlètes des Bleues.

De notre envoyé spécial à Anterselva,
Le DJ du site olympique d’Antholz devrait certainement demander aux groupes de supporteurs français leur playlist. Les compétitions se succèdent et ces derniers demeurent les derniers dans l’enceinte de biathlon, ardents à chaque podium, prêts à entonner une Marseillaise en prime, et à apprécier les dédicaces musicales de l’organisation, allant de L’Hymne à l’amour mardi aux Champs Elysées ce mercredi.
Suite au sacre des Bleues dans le relais féminin, une formule a été répétée par le public à de nombreuses reprises : « Et un, et deux, et trois relais ». Pour la première fois dans l’histoire des Jeux Olympiques, une nation a réussi à réaliser un triplé sur les relais. Ceci est inédit du côté masculin, ce titre collectif féminin remontant aux Jeux d’Albertville 1992 pour l’équipe féminine.
Comment ce sacre a-t-il pu apparaître comme une évidence implacable, quatre ans après une 6e place à Pékin, avec Julia Simon comme seule biathlète en commun ? C’est le résultat d’un « travail collectif hallucinant », selon l’entraîneur de l’équipe, Cyril Burdet. Certes, le premier relais ressemblait à celui des garçons la veille, avec Camille Bened prenant le même rôle que Fabien Claude sur l’anneau de pénalité après le tir debout, et un grand retard transmis à Lou Jeanmonnot (16e, 55,8 secondes derrière la Suède).
Cependant, la suite s’est transformée en démonstration, l’affaire étant conclue avec 51,3 secondes d’avance sur les Suédoises, Julia Simon prenant le temps de récupérer le drapeau tricolore pour franchir la ligne d’arrivée. « Plus les choses semblent faciles et plus ça démontre du travail », souligne Cyril Burdet, notant que « Océane Michelon a dominé le troisième relais qui était très relevé ».
La principale confirmation du jour pour les Bleues est qu’elles ne dépendent pas uniquement de Lou Jeanmonnot et de Julia Simon, qui avaient été exceptionnelles sur le relais mixte. « C’est le travail de plusieurs générations, un mélange entre des cadres qui ont gagné en maturité et les jeunes qui arrivent et qui veulent nous pousser dehors avec beaucoup d’envie, estime Julia Simon. Cela crée une émulation incroyable au sein de l’équipe de France. »
Cyril Burdet ajoute : « Il existe une dynamique française qui fonctionne bien, nous pouvons nous appuyer sur de grands talents parmi les titulaires, les remplaçantes ou les filles d’IBU Cup. Aujourd’hui, elles sont quatre sur la piste mais pourraient potentiellement être dix sur ce relais. Cela nous donne des cheveux blancs, à nous les coachs, pour faire des choix parmi ce qui se fait de mieux au niveau international. »
Que dit exactement la concurrence face à cette domination qui est apparue écrasante ce mercredi, avec à la clé le plus gros écart dans un relais féminin olympique depuis les JO de Lillehammer 1994 ? Victorieuse du sprint à Anterselva, Maren Kirkeeide était tout sourire, la médaille de bronze autour du cou : « C’est vraiment impressionnant de voir ce que les Françaises ont accompli. Je leur ai dit que leur tour de pénalité avait été une bonne chose, sinon nous n’aurions à aucun moment pu chercher à nous accrocher à elles. »
Même si c’est dit sur un ton humoristique, cette remarque de la Norvégienne en dit long sur l’habitude presque acquise depuis de longs mois en Coupe du monde de voir les Françaises dominer le relais. « Elles ne sont pas imbattables mais c’est une équipe très forte et inspirante, explique de son côté Linn Gestblom, vice-championne olympique avec la sélection suédoise ce mercredi. Nous sommes extrêmement satisfaites de notre médaille. La France est très difficile à battre mais c’est réalisable. »
Jean-Marc Chabloz, entraîneur de la Suède, s’est aussi senti impuissant lors de ce relais des JO de Milan-Cortina 2026. « Nous ne partons pas avec l’idée de nous battre seulement pour la 2e ou la 3e place. Nous avons quatre filles qui peuvent lutter avec la France, sur le papier… Le problème est qu’aujourd’hui, la France est tout en haut et nous en dessous, c’est comme ça. Je suis impressionné par tout le travail réalisé là-bas. C’est vrai qu’une fois que l’équipe de France a pris la tête, malgré son lourd retard du premier relais, je savais qu’elle serait imbattable. Leur gros travail actuel en France m’impressionne mais cela peut vite changer en biathlon. »
Les nouvelles championnes olympiques en sont conscientes et elles veulent savourer leur éclatante forme en Italie, collectivement matérialisée par 10 médailles dont 5 titres pour le biathlon (soit 59 % du bilan total de la délégation française sur ces Jeux).
Pour creuser un écart devenu décisif, Océane Michelon apprécie aussi ce scénario : « Gagner de cette manière témoigne d’une réalisation collective pleine. Nous avons actuellement une densité qui nous permet de toujours dépasser nos limites. Nous ne ressentons pas d’adversaires résignées et nous ne partons jamais en nous disant que nous avons de l’avance. Le biathlon est un éternel recommencement et nous l’avons bien vu cet hiver en finissant une fois 8es et une fois 4es en relais. Nous ne sommes pas parfaites. »
Certes, mais l’impression de marge sur la concurrence était manifeste lors de ce relais féminin. À tel point que l’incertitude quant à l’identité de la dernière relayeuse de l’équipe, entre Camille Bened et Justine Braisaz-Bouchet, peut être relativisée avec l’actuel trio « cheat code » de médaillées en individuel (Simon-Jeanmonnot-Michelon), comme l’avaient formulé des biathlètes norvégiennes et allemandes après le relais mixte.
Il reste néanmoins un talon d’Achille dans cette équipe de France féminine : la vie de groupe a été délicate depuis le début de l’affaire Julia Simon fin 2022. Présent à Anterselva pour ce sacre des biathlètes féminines, le président de la Fédération française de ski, Fabien Saguez, a abordé ce sujet avec franchise.
« Il y a eu des situations à gérer, à assumer, et tout le monde a pris ses responsabilités, indique-t-il. Le staff a fait un travail extraordinaire pour gérer la situation. Humainement, elle a été extrêmement bien gérée, permettant de conserver une équipe solidaire, comme nous le voyons lors de ces JO. » Cependant, a-t-il lui-même douté de la réussite lors de ces Jeux olympiques au vu des tensions entre plusieurs biathlètes des Bleues ?
« La mécanique humaine est la plus complexe à gérer, reprend Fabien Saguez. Personnellement, j’ai été très inquiet et très attentif à la situation. Nous n’avons jamais abandonné personne et les biathlètes le rendent bien lors de ces Jeux. »

