Tunisie

Capital – risque africain : Les startups africaines ne décollent pas

En janvier 2026, 174 millions de dollars ont été levés par des start-ups africaines, en baisse par rapport aux 276 millions de janvier 2025 et inférieurs à la moyenne mensuelle de 263 millions des douze derniers mois. Les startups fondées uniquement par des femmes ont capté moins de 1 % des montants levés, et les équipes mixtes restent sous-représentées.


Les levées de fonds des start-ups africaines commencent l’année sur un rythme faible. En janvier 2026, seulement 174 millions de dollars ont été collectés, mettant en lumière des déséquilibres persistants et un sous-financement chronique des phases amont, alors que l’écosystème est à un moment charnière.

Traditionnellement, janvier est un mois calme sur les marchés du capital-risque, tant en Afrique qu’ailleurs. Les levées de fonds s’inscrivent souvent dans la continuité des clôtures tardives de l’année précédente et d’une prudence accrue des investisseurs. Cette année, 174 millions de dollars ont été mobilisés, en baisse par rapport aux 276 millions de janvier 2025, et restent inférieurs à la moyenne mensuelle des douze derniers mois, estimée à 263 millions. En comparaison avec les années précédentes, ce niveau est supérieur aux creux de janvier 2023 (106 millions) et 2024 (85 millions). Cependant, le nombre d’opérations est préoccupant : seulement 26 start-ups ont annoncé une levée significative, un chiffre qui représente le plus bas niveau mensuel depuis 2020, signalant un accès au capital de plus en plus restreint pour une grande partie de l’écosystème.

Le marché reste polarisé. Deux opérations à elles seules ont engendré près de la moitié des montants levés : une fintech égyptienne a obtenu 64 millions de dollars en dette bancaire, tandis qu’une start-up nigériane de mobilité a levé 24 millions de dollars combinant fonds propres et dette. Quatre autres entreprises ont franchi la barre des 10 millions, mais le reste des transactions demeure marginal. Cette situation crée un marché à deux vitesses : quelques acteurs matures ont accès au capital, alors que la majorité des start-ups restent exclues. Les « Big Four », soit l’Égypte, le Nigeria, le Kenya et l’Afrique du Sud, continuent de concentrer l’essentiel des financements, représentant plus de 80 % des montants levés. Plus de vingt pays africains n’ont enregistré aucune opération dépassant 100 000 dollars en 2025, témoignant de l’exclusion persistante de nombreux marchés.

Le sous-financement au stade du pré-amorçage demeure critique : seulement 1,5 % des fonds totaux ont été alloués à ce stade, malgré le soutien accordé à 281 entreprises pour un total de 46,5 millions de dollars. Le nombre d’investisseurs actifs dans le pré-seed a également chuté, passant de 200 en 2022 à 135 en 2025, tandis que les subventions constituent désormais 42 % du capital investi à ce stade.

Les femmes entrepreneures sont particulièrement marginalisées. Les start-ups exclusivement fondées par des femmes ont capté moins de 1 % des montants levés, et les équipes mixtes restent sous-représentées. Le manque d’opérations de grande ampleur et la rareté des tickets intermédiaires (1 à 5 millions de dollars) renforcent le cercle vicieux de l’inégalité et accentuent la « vallée de la mort » financière pour de nombreuses entreprises. En janvier 2026, le capital-risque africain montre ses limites : concentration géographique, polarisation par taille d’opération et dépendance accrue aux subventions. Malgré des talents et des initiatives dans l’écosystème, ce dernier souffre d’un modèle financier incomplet. La croissance observée en 2025 n’est pas garantie et dépendra de la capacité des investisseurs, des institutions publiques et des entrepreneurs à renforcer le pipeline de financement, du pré-amorçage aux sorties.